samedi, novembre 29, 2014

ALADDIN : Entretien avec le compositeur Alan Menken



Si LA BELLE ET LA BÊTE constitue un sommet encore inégalé en matière de dessin-animé classique basé sur un conte de fée, ALADDIN a marqué son temps par son audace visuelle, scénaristique et humoristique. Comment êtes-vous parvenu à reprendre musicalement cette audace tout en conservant l'esprit Disney?
L'histoire de Disney a toujours été marqué par une alternance entre des classiques comme BLANCHE-NEIGE, PINOCCHIO ou CENDRILLON et d'autres films plus contemporains ou plus décalés comme LA BELLE ET LE CLOCHARD ou même PETER PAN dans une certaine mesure, avec des styles d'animation et de musique différents. De fait, je ne pense pas qu'ALADDIN soit si éloigné de l'esprit Disney. Je dirais plutôt qu'il lui a permis de se développer, et ce de façon très sensible. Car on y retrouve la plupart des ingrédients des classiques comme un héros opprimé, une histoire classique prenant place dans un pays lointain dans le temps et l'espace, le tout traité de façon inédite. Pour moi, le contraste est plus important avec POCAHONTAS, qui fut vraiment un nouveau départ dans la mesure où il s'agit d'une histoire basée sur des faits réels.

Quelles sont les origines d'ALADDIN?
Howard et moi avons abordé à ce film peu de temps après avoir commencé à travailler sur LA PETITE SIRENE. C'était à peu près à la fin de 1987. Ce devait être le film qui devait suivre immédiatement les aventures d'Ariel, mais son développement a été repris plusieurs fois en raison de problèmes liés à l'histoire et au côté très sarcastique des paroles originales d'Arabian Nights, qui pouvaient paraître anti-arabes. Disney avait peur que des paroles comme " They cut out your ear if they don't like your face" ou encore "they hack out your lips if they don't like your smile" ne soient prises au pied de la lettre et suscitent des problèmes avec la communauté arabe, et nous avons dû nous remettre à l'ouvrage pour finalement aboutir à la version que vous connaissez maintenant.

Danny Troob nous a d'ailleurs confié qu'à l'origine cette chanson comptait également un grand nombre de reprises.Les reprises font partie de la grande tradition du théâtre musical. Par exemple, pour Home On The Range (La Ferme Se Rebelle), j'avais envisagé jusqu'à cinq à six reprises! Or, elles ne sont que rarement gardées, que ce soit pour des raisons budgétaires ou pour des raisons créatives, et aussi frustrant que cela peut être, il faut savoir accepter le fait qu'on ne peut toujours être en parfait accord avec les gens avec qui vous collaborez. Il n'en reste pas moins les reprises de Partir Là-Bas dans LA PETITE SIRENE, de Belle dans LA BELLE ET LA BÊTE, de Je Vole ainsi que celle de Prince Ali, chantée par Jafar, dans ALADDIN. Il y a des reprises dans tous les films Disney auxquels j'ai participé. Mais la particularité de Nuits D'Arabie, c'est qu'elle constituait un élément narratif fort et c'était un choix totalement délibéré de la part d'Howard et de moi-même de retrouver cette chanson tout au long du film jusqu'à la toute fin. Un peu comme Le Gospel Pur dans HERCULE, bien qu'elle n'ait jamais été conçue pour revenir pendant la totalité du film. A mon grand regret, cela n'a pas pu être réalisé sur ALADDIN.

Ce thème est aussi souvent repris instrumentalement, comme dans la caverne aux merveilles. Que symbolise-t-il?C'est en fait le thème de la lampe et de l'Orient mystérieux. Je l'ai utilisé en général lorsqu'il y a du danger, du mystère ou quelque élément exotique.

Vous avez également écrit avec Howard Ashman une chanson, High Adventure, comportant deux génies!
C'est parce que, dans l'histoire originale, il devait y avoir deux génies : le génie de la lampe et le génie de l'anneau. De plus, Aladdin avait trois amis, Babkak, Omar et Kassim, et une maman. Comme vous le voyez, l'histoire a pas mal évolué au cours du temps! Il fut décidé de se consacrer davantage à l'histoire d'amour entre Jasmine et Aladdin plutôt que d'en faire un film sur l'amitié.


Justement, pour Je Vole, John Musker et Ron Clements vous ont demandé une chanson dans le style de Babkak, Omar, Aladdin, Kassim, une chanson célébrant l'amitié entre Aladdin et ses trois acolytes.
Même si les réalisateurs voulaient une chanson dans la même veine, il faut bien dire que, du point de vue musical, Babkak, Omar, Aladdin, Kassim n'avait pas exactement la même énergie que Je Vole. C'était plutôt un vaudeville assez rapide, une chanson pas nécessairement comique, mais pleine d'esprit. Cependant, nous avons tenu à conserver le ton des paroles d'Howard Ashman, ce côté irrévérencieux. J'ai donc d'abord écrit une musique s'approchant de Babkak, Omar, Aladdin, Kassim que j'ai donnée à Tim Rice avec les anciennes paroles, et il a su brillamment s'adapter à cet univers.

Que représente pour vous Proud Of Your Boy ?A l'époque où Howard et moi l'avons écrite, ce devait être la grande ballade d'Aladdin. Je pense que c'est l'une des meilleures chansons que nous ayons écrites, à la fois simple et belle, et pourtant cela fait près de 17 ans que personne ne l'a entendue. Je suis d'autant plus reconnaissant aux producteur de l'édition spéciale d'avoir eu l'idée et le désir de l'enregistrer.


Jafar a fait l'objet de multiples tentatives pour lui trouver une chanson, que ce soit avec Howard Ashman (Humiliate The Boy, votre dernière collaboration) ou avec Tim Rice (Master Of The Lamp ; Why Me?), sans jamais y parvenir.
Quand les animateurs ont essayé de mettre en place ces numéros pour Jafar, cela n'a jamais vraiment fonctionné. C'est alors qu'ils ont suggéré de faire appel à une reprise, et c'est ainsi que nous en sommes venus à faire chanter Prince Ali par Jafar. Je pense malgré tout que cela aurait formidable d'avoir une séquence consacrée à ce Vilain, notamment autour de la chanson Why Me?, mais la question qui s'est posée était de savoir si ce personnage était suffisamment intéressant par lui-même pour soutenir trois à quatre minutes à le regarder et l'écouter chanter à propos de ses frustrations? Et compte-tenu du fait que ce genre de film est monté de telle sorte qu'on obtienne l'histoire la plus efficace et la plus courte, la réponse était évidente. On dit souvent : "si vous pouvez couper quelque chose sans altérer l'histoire, alors coupez-le!". On ne garde que ce qui est indispensable, et Why Me? en a été la victime.

D'où vous est venue l'idée de ce jazz à la Fats Waller pour Je Suis Ton Meilleur Ami?
A l'origine, la vision qu'Howard avait du Génie était la suivante : il porte une boucle d'oreille, il est noir, c'est un gars branché. L'esprit de la musique du film se situait déjà dans le jazz des années 30-40 et nous avons tout naturellement songé à quelque chose dans le style de Fats Waller ou de Cab Calloway. J'ai grandi en écoutant ce type de musique que mon père jouait au piano. J'ai donc saisi l'opportunité que me proposait ce film en essayant d'y incorporer ce style de jazz. Nous avons fait des essais, et cela a fonctionné comme vous le savez.


A l'inverse de cette chanson endiablée, le thème instrumental du Génie, Être Libre, est plutôt classique et plus profond. N'est-ce pas là la véritable personnalité de ce personnage?
En effet, je pense que c'est là où se trouve le coeur du Génie : ce concept de liberté. D'un côté, il rêve de travailler en dehors de toute servitude, mais en même temps, il veut qu'Aladdin soit libre. Cette quête de la liberté, c'est vraiment ce que représente le Génie.

Dans Aladdin – A Musical Spectacular à Disney's California Adventure, ce thème est combiné à celui de Jasmine pour former la chanson To Be Free, chanté par la princesse.
Au moment de la production de ce spectacle, la vice-présidente exécutive du département "Creative Entertainment", Anne Hamburger, et le metteur en scène Francesca Zambello, m'ont demandé si je pouvais écrire une chanson pour Jasmine. Elles m'ont d'abord demandé si je pouvais adapter Proud Of Your Boy pour représenter le fait que Jasmine est fière d'Aladdin, mais je ne voulais pas dénaturer ainsi cette chanson. Je leur ai dit que je préférais écrire quelque chose de nouveau, mais toujours directement issu du film. Elles ont accepté, et il ne m'a pas fallu longtemps pour me dire que j'adorais les thèmes respectifs du Génie et de Jasmine et que je pourrais les associer dans une chanson totalement nouvelle.

Au début de la production d'ALADDIN, le thème de Jasmine était plutôt "ragtime" si l'on en juge par la chanson Call Me A Princess.
L'idée était d'avoir une chanson à la "Betty Boop", un jazz des années vingt. C'était en accord avec le style que nous envisagions au départ pour le film dans sa totalité, c'est-à-dire une musique jazzy. De plus, dans la toute première version du film, Jasmine devait être un personnage à la fois comique et superficiel. C'était une princesse de par le sang, mais également de par le fait que c'était une enfant gâtée par son père. Mais cette chanson n'est pas restée très longtemps.


On s'aperçoit des différences considérables entre les premières versions du film et la version définitive, après la disparition d'Howard Ashman. Comment s'est passée la transition, le passage à Tim Rice?
Je regrette profondément qu'Howard n'ait pas vécu assez longtemps pour aller jusqu'au bout d'ALADDIN, et sa disparition fut très triste et très difficile à vivre. C'est à cette époque que j'ai appris que les trois compères d'Aladdin et sa mère avaient été supprimés et que l'histoire avait été profondément modifiée. Nuits D'Arabie devait être partiellement conservée, et Je Suis Ton Meilleur Ami et Prince Ali restaient également. J'espérais beaucoup qu'Humiliate The Boy pourrait être gardée, mais ce ne fut pas le cas. Entre ce moment et l'arrivée de Tim Rice, je me suis essayé à l'écriture de mes propres paroles. Ce fut Count On Me, ma première tentative pour remplacer Proud Of Your Boy. C'était une très jolie chanson, mais elle ne s'intégrait tout simplement pas suffisamment dans le déroulement de l'histoire. Finalement, lorsque Tim est arrivé, nous avons écrit la reprise de Je Vole pour ce moment, et je dois dire que c'est maintenant mon passage préféré. J'adore son atmosphère. Nous avons également écrit ensemble la reprise de Prince Ali pour Jafar. Mais notre principale mission à Tim et à moi fut d'écrire la grand ballade du film. Avant de mourir, Howard avait eu l'idée d'une chanson pour un voyage en tapis volant. Comme c'était Proud Of Your Boy qui devait tenir cette place dans la version originale, la chanson du tapis volant devait être plutôt une beguine, quelque chose de très léger. Avec les dernières modifications, c'est cette dernière qui devait être "la" chanson du film.

A propos de Ce Rêve Bleu, vous déclariez dans le livret The Music Behind The Magic : "J'ai écrit cette musique avec le style de Tim à l'esprit." Que vouliez-vous dire par là?
Notez le large mouvement mélodique de cette chanson. J'ai cherché à retrouver le style des ballades que Tim a écrites avec Andrew [Lloyd Webber, CF] comme Don't Cry For Me, Argentina. L'influence d'EVITA est très nette dans ce titre, mais aussi de I Don't Know How To Love Him de JESUS CHRIST SUPERSTAR. Ce Rêve Bleu est donc un petit peu en marge de mon style habituel, mais je l'ai vraiment conçue comme un hommage à ces deux artistes.

ALADDIN possède un humour très particulier fait de multiples références et autres caméos. Quelle fut votre attitude en la matière en tant que compositeur?
J'ai simplement essayé de m'amuser avec toutes ces références. De plus, John Musker et Ron Clements me demandaient d'en rajouter dans le style Disney ici et là, ou bien encore de faire quelque chose dans la veine de la MARSEILLAISE ou autre. Plus largement, toutes mes musiques de film comportent de petites citations d'œuvres extérieures, de quoi s'amuser avec la palette musicale.

Le personnage du Tapis est très intéressant, dans la mesure où il n'a ni visage ni dialogues.C'est là tout l'art de la musique d'animation! Au lieu de faire appel à des effets sonores, on utilise la musique pour représenter ou expliciter le vol du Tapis ou encore ses attitudes. Dans la mesure où il ne parle pas, c'est à la musique de souligner et de montrer de ce qui passe et ce qu'il pense, par exemple lorsqu'il "parle" avec le Génie : l'enthousiasme, la déception ou juste un mouvement physique. L'une des raisons de mon choix de faire de la musique d'animation réside dans lien très fort et très étroit que l'on peut créer entre la musique, l'action et l'émotion.


Pouvez-vous nous parler du fameux thème de Place Du Marché?Il s'agit d'un thème original modal inspiré des musiques de charmeurs de serpents. Il est également un tantinet espiègle, mais surtout typique, lui-aussi, de la musique d'animation dans la mesure où il incarne à la fois la fantasie, le danger et l'action. Ce fut un morceau particulièrement agréable à écrire.

Mais ses origines remontent bien avant ALADDIN, je crois….Oh, mon Dieu! C'est vrai! Un jour, quand j'étais enfant, je suis parti en voyage avec ma famille. Nous avons dormi dans un motel, et la salle de bain avait énormément d'écho. A cette époque, je lisais un livre d'histoire dans laquelle se trouvait une phrase en français. Je ne sais toujours pas ce que cela voulais dire, mais je trouvais sa sonorité intéressante et je me suis mis à la chanter d'une façon orientale dans la salle de bain! C'est ce souvenir d'enfance qui s'est transformé en ce thème pour ALADDIN.

Comment avez-vous choisi les interprètes principaux de vos chansons, Lea Salonga (Jasmine) et Brad Kane (Aladdin)?
Avant de faire ALADDIN, j'ai découvert Lea dans MISS SAÏGON et je l'ai trouvée absolument magnifique. C'est une chanteuse formidable ; il fallait absolument que je travaille avec elle. Quant à Brad Kane, il avait ce côté naturel, avec un charme juvénile : il était vraiment parfait pour le rôle. Avec eux, nous avons eu de merveilleuses sessions à New York, aux studios RCA.

Quel est votre sentiment à l'évocation d'ALADDIN et de son retour en DVD?De tous les films que j'ai fait, c'est sans doute le film dont j'attendais le plus la toute première re-sortie. Son succès a certes été dépassé ensuite par celui du ROI LION, mais j'en suis tout particulièrement fier. Sur ce film, je n'ai pas eu un mais deux collaborateurs. Et nous sommes passés par tant de versions de l'histoire. Quand on pense à cela et que l'on considère le succès considérable qu'il a remporté, je crois que cela a constitué une belle reconnaissance de notre créativité et de l'art de la collaboration en général.

vendredi, octobre 03, 2014

"BLANCHE NEIGE ET LES SEPT NAINS - LA CREATION DU CHEF-D'OEUVRE DE WALT DISNEY : Entretien avec l'auteur du livre, Karl Derisson


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Alors, par où commencer ? Je m’appelle Karl Derisson. J’ai 31 ans. Originaire de Saumur, j’ai fait mes études d’historien à l’Université François Rabelais de Tours. Après un DEUG et une Licence d’Histoire, je me lance dans les concours de l’enseignement secondaire en me présentant au CAPES, diplôme obtenu dès la première tentative en 2005. Ma carrière de professeur d’Histoire-Géographie-Education civique commence alors au collège de Beaugency dans le Loiret. L’année suivante, je suis titularisé et suis muté au Lycée Rotrou de Dreux pendant trois ans, après quoi je reviens au collège, à Artenay, au Nord d’Orléans, où j’enseigne encore aujourd’hui. L’an dernier, je me suis lancé un nouveau défi, passer l’agrégation. Et le pari est réussi. Je suis donc actuellement professeur agrégé dans le Loiret. Côté passion, je nourris depuis des lustres maintenant mon amour pour l’animation en général et Disney en particulier. Depuis plusieurs années, je collectionne les livres d’art ainsi que les celluloïds originaux et les maquettes d’animation. Je suis assez fier d’avoir rassemblé des centaines d’ouvrages sur l’histoire de Disney dans ma bibliothèque et d’avoir dans mon salon des morceaux d’histoire des studios, en particulier des cels de Madame Médusa, du Prince Jean ou encore de Basil trônant à côté de maquettes de Big-Ben et de Frollo notamment.  

Vous êtes historien et fan Disney. Comment faites-vous cohabiter ces deux facettes de votre personnalité ? 
En fait, l’Histoire et Disney sont mes deux passions de toujours. Et j’ai la chance d’en avoir fait mon métier. L’histoire, c’est ma vie de tous les jours, devant mes élèves, celle que tout le monde connaît. Il s’agit bien entendu d’une Histoire « académique », scientifique bien que vulgarisée pour mes classes de 6ème, 4ème et 3ème. J’adore, chaque jour, apprendre à ce public les grands moments de notre passé. Et je dois dire que nos discussions sont ce que j’aime le plus dans mon travail. Même si parfois, je tente de faire un lien avec Disney, les programmes ne permettent pas vraiment de mêler ces deux passions. Aussi, c’est en privé, avec mon pseudonyme de Professeur Ratigan, que je me consacre à l’Histoire des studios Disney en écrivant beaucoup, en particulier pour Chronique Disney, les deux créateurs du site, Timon et Zuzu, m’ayant fait le plaisir de me nommer rédacteur en chef. En plus de quelques critiques, j’anime surtout la nouvelle partie Cast Members dans laquelle je rends hommage aux grandes figures des studios de Mickey, que ce soient les personnalités ou les personnages. Ce travail occupe mes moments de repos et j’aime livrer ces portraits et autres petites histoires des studios. Mais cela reste mon jardin secret, mes collègues et mes élèves ignorant qui je suis sur la toile. Ou en tout cas, si certains le savent, ils ne m’en ont jamais parlé. C’est une situation un peu schizophrène, en fait, d’être professeur dans la vraie et Ratigan sur la toile ! 

 Comment avez-vous eu l'idée d'écrire un livre sur Blanche Neige ? 
Cette idée est très ancienne en fait. Elle remonte presque quinze ans en arrière. A l’époque, je me passionne pour l’animation en assistant stupéfait à une projection du Bossu de Notre-Dame. C’est une vraie claque ! Pour la première fois, je me dis qu’il fait absolument que j’en sache plus sur ce film d’animation. Aussi, je commence à acheter mes premiers beaux livres. Lectures après lectures, je me familiarise avec des légendes telles que Frank Thomas ou Ollie Johnston, Glen Keane ou Andreas Deja. Et ces lectures successives m’incitent à prendre des notes, chercher des informations plus précises, compiler des interviews, regarder des reportages et acheter plus de livres encore. Et puis un jour, je me suis dit que mes notes pouvaient certainement intéresser d’autres personnes. N’étant pas, à l’époque, habile sur un internet encore balbutiant, l’idée est venue d’en passer par un livre. Mais pas nécessairement un livre sur Blanche Neige précisément. Un livre sur les grands classiques de Disney en général. Ce projet vivote pendant presque dix ans. Il s’interrompt avec l’arrivée de l’Université, des examens et puis ensuite avec mon entrée dans le métier de professeur. Je le reprends de temps en temps. Les chapitres s’accumulent. Les pages se comptent par centaines et finalement l’idée vient de séparer les chapitres et de les présenter indépendamment les uns des autres. Le choix de Blanche Neige est alors simplement dicté par le fait que c’était à l’époque mon chapitre 1, le plus abouti. Après, j’ai une affection particulière pour ce film. C’est le premier long-métrage de Walt Disney. Et il a presque 80 ans ! Il possède encore le charme des courts-métrages tout en bénéficiant d’une qualité visuelle incomparable. Et l’histoire, très complexe finalement, continue de me fasciner. Contrairement à Pinocchio, par exemple, qui est artistiquement supérieur, Blanche Neige et les sept nains est un film que j’aime pour sa fraicheur, sa candeur.  

La littérature sur le sujet est abondante, notamment les livres de Pierre Lambert ou encore JB Kaufman. Comment se situe votre ouvrage par rapport à ceux-là ? 
J’ai beaucoup de respect pour ces deux auteurs. Et plusieurs fois, je me suis demandé ce que je pouvais apporter de plus qu’eux. Mais en y regardant de plus près, je crois que mon livre est en fait très complémentaire de ceux de Pierre Lambert et J.B. Kaufman. Le livre de Lambert – un superbe ouvrage au passage – est assez avare en texte. Ce n’est d’ailleurs pas son but, il me semble. Il est centré sur l’image et les reproductions de celluloïds, de concept arts et autres décors sont magnifiques. Mais l’historien que je suis ne trouve pas les informations suffisantes sur les coulisses de la production. En le lisant, on est visuellement stupéfait, mais historiquement, les plus passionnés peuvent ne pas être rassasiés. Je crois que mon livre, qui ne possède aucune image, peut très bien être lu tout en feuilletant l’ouvrage de Pierre Lambert. Quant aux livres de J.B. Kaufman, ils sont, pour ainsi dire, la Bible sur Blanche Neige et les sept nains. Mais à l’époque où j’ai commencé mon projet, ils n’existaient pas encore. Kaufman ne travaillait pas encore sur le classique de 1937 à l’époque où moi j’écrivais. Et lorsque son ouvrage est sorti, je me suis demandé si je devais encore continuer. Mais là encore, j’ai pensé que mon travail serait complémentaire à ces deux livres. Déjà, tout le monde n’a pas les moyens de lire en Anglais. Or, aucun livre en Français n’est centré sur l’histoire de la production de Blanche Neige et les sept nains. Par ailleurs, Kaufman s’intéresse aux adaptations de Blanche Neige au début de son livre, ce qui n’est pas mon cas. De plus, j’évoque des parties franco-françaises que Kaufman n’évoque pas car ce n’est pas le cœur de son livre. Sur ces parties, la toile francophone m’a fournit nombre d’informations complémentaires. Et j’ai souvent indiqué les sites sur lesquelles d’autres précisions sont disponibles. Enfin, mon livre dispose d’une longue partie biographique rendant hommage aux artistes ayant travaillé sur le film. Aucun des livres précédents ne retrace précisément leur parcours. J’ai pensé que c’était rendre justice aux équipes de production. Les livres sur Blanche Neige sortis précédemment sont très complémentaires du mien ou vice-versa. Et je cite précisément mes sources, rendant à César ce qui est à César. J’espère que mon livre donnera l’envie aux lecteurs de poursuivre leur exploration en se plongeant dans les livres de Lambert et Kaufman qui figurent tous dans ma bibliographie.  

Quelles découvertes sur Blanche-Neige vous ont le plus ému ou surpris ? 
Difficile à dire, en fait. Cela fait tellement longtemps que cette histoire occupe mon esprit. J’en suis presque un familier. Plus rien ne me surprend. Disons que quelques anecdotes sont vraiment très drôles. Imaginer Marjorie Belcher, le modèle de Blanche Neige, jouer avec un costume et un casque de football américain figurant la tête de la princesse, plus grosse qu’une tête normale, est somme toute assez insolite. L’ « Orgie de Blanche Neige », c’est-à-dire la fête donnée par Walt après la sortie du film pour remercier ses collaborateurs, est certainement l’un des moments les plus surprenants du livre. Une telle débauche de la part des artistes reste encore assez inimaginable pour beaucoup ! Et la surprise vient aussi des premières versions du scénario. Une princesse blonde, une grosse reine ridicule, etc… Tous ces éléments sont tellement éloignés de la version finale qu’ils en sont surprenants eux-aussi. Côté émotion, j’ai beaucoup aimé remonter à l’enfance de Walt. J’ai essayé de faire revivre un passé révolu. J’ai tenté d’humaniser cette histoire finalement assez ancienne maintenant. Et quand on sait que l’animation traditionnelle est désormais enterrée par Disney, c’est émouvant de revenir aux fondamentaux.  


Quelles furent les principales difficultés de votre entreprise ? 
 La difficulté était principalement de garder ce projet vivace malgré les contraintes de mes études et de mon travail. Pour le reste, c’est un travail de patience et de passionné. Je ne me suis jamais infligé de contrainte réelle. Je n’écrivais pas, au départ, pour être publié, par passion. Je n’avais aucun délais à respecter. Je ne devais aucun compte. Donc aucune pression. Quant au contenu, entre les ouvrages généraux, les interviews, les émissions de télévision, etc… Les informations ne manquent pas. Et mes sources, nombreuses, sont citées afin d’en retrouver l’origine pour quiconque souhaite aller encore plus loin.  

Quelles furent les satisfactions que vous a procuré ce travail ? 
La satisfaction de l’avoir mené à terme tout d’abord. Jamais je n’aurais imaginé il y a dix ans, produire presque 300 pages de textes. Et le plaisir, maintenant, de partager ce travail avec d’autres. Et personnellement, j’ai la satisfaction de bien connaître Blanche Neige et les sept nains et de regarder le film avec un autre regard, celui de l’historien qui sait quels moments, quelles difficultés, quelles anecdotes se cachent derrière telle ou telle séquence, telle ou telle partie du film. J’ai vécu avec ce classique et je me suis souvent senti proche des artistes qui l’ont créé.  

Avez-vous d'autres projets de livres ? 
L’idée étant au départ d’écrire un livre passionné sur l’ensemble des classiques de Disney, les projets ne manquent pas. Les chapitres sur Pinocchio, Fantasia ou Bambi sont déjà bien avancés. Reste à en faire quelque chose de plus consistant encore, afin de produire de nouveaux livres d’Histoire. Je ne me fixe aucun délais et je ne sais pas encore si je respecterais précisément la chronologie des différentes productions. Poursuivre avec Pinocchio ou bien choisir un autre film, je ne sais pas encore. Mais j’espère que ce livre sur Blanche Neige et les sept nains sera le premier d’une série. Et j’espère qu’il ne me faudra pas dix ans pour terminer un nouveau projet !

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mercredi, septembre 03, 2014

35e ANNIVERSAIRE DE BIG THUNDER MOUNTAIN : Entretien avec Jeff Burke, concepteur de Frontierland


M. Burke, quelles furent les premières étapes de la conception de Frontierland Paris ?
Comme il était évident que chaque land du parc allait évoluer en une sorte de variation de l’original américain, je me suis dit qu’il serait bon de définir les grandes lignes de l’esprit de Frontierland Paris. Après en avoir discuté avec Tony et Pat Burke, un Imagineer qui avait travaillé à la création des Big Thunder Mountain de Disneyland, Walt Disney World et Tokyo Disneyland, nous avons développé le coeur de l’histoire de notre Frontierland. Nous voulions que tous les visiteurs qui passent les portes de Fort Comstock découvrent la trépidante petite ville de Thunder Mesa où l’excitation de la ruée vers l’or et la grandeur de l’Ouest américain les plongeraient dans l’atmosphère du Vieil Ouest.
Pour nous aider à retrouver des informations et de la documentation photographique sur cette période, j’étais assisté par Aileen Kutaka de l’Information Resource Center de Walt Disney Imagineering. Je lui ai donc demandé de nous fournir toutes les données possibles sur l’explosion des petites villes liées à la ruée vers l’or ainsi que sur les paysages de l’ouest des Montagnes Rocheuses. Car même si Frontierland est un lieu imaginaire, il est basé sur des faits et des lieux authentiques. Big Thunder Mountain est inspiré de Monument Valley tandis que Rivers of the Far West est inspiré du Colorado qui circule en bas du Grand Canyon (d’où la couleur verte de l’eau, que nous avons mis une journée entière à élaborer avec un ingénieur spécialisé). Toutes ces informations authentiques nous ont fourni un guide précieux pour concevoir le land.
En plus, des membres de mon équipe comme Pat Burke ont apporté des livres et des photos personnels de l’Ouest américain pour nous aider à visualiser ce que serait Thunder Mesa. Tandis que le projet avançait, cette bibliothèque dévolue à Frontierland grandissait sur tous les plans, dans toutes les disciplines et nous a grandement aidés à faire de Frontierland une réalité.

A partir de là, l’environnement, l’atmosphère et l’architecture de Frontierland ont été conçus par un groupe d’artistes remarquables parmi lesquels Tom Gilleon, Dan Gooze, John Horny, Christian Hope, Ahmad Jafari, Fernando Tenedora, Frank et Karen Armitage. Très souvent, leurs illustrations ont inspiré les dessins des architectes ou encore fixé les formes des formations rocheuses. Ces dessins ont également fourni des détails visuels qui ont guidé les costumiers, décorateurs et accessoiristes du land. Mais plus que tout, ils ont trouvé le ton juste, l’apparence, l’ambiance et le sentiment liés à cette petite communauté bigarrée et pleine de vie de l’Ouest sauvage.
Ensuite, beaucoup d’autres illustrateurs et artistes graphiques ont rejoint notre équipe pour s’occuper plus spécifiquement de chaque attraction, restaurant ou boutique.
Enfin, pour organiser l’espace de Frontierland, des membres de l’équipe spécialisés ont commencé à interagir pour mettre toutes les pièces du puzzle de Frontierland en place et déterminer comment les formations rocheuses, les cours d’eau et les chemins allaient se répartir à travers l’espace du land. Pat Burke, Christian Hope, Bob Baranick, Ahmad Jafari, Karen Armitage, Pam Schirmer, Paul Comstock et moi-même nous sommes beaucoup concertés pour développer et organiser l’espace et les paysages pour un maximum d’impact et un flux de visiteurs fluide. Si nos discutions étaient plutôt d’ordre pratique, nous n’avons jamais perdu de vue l’histoire de Frontierland afin de faire vivre le passé historique agité de Thunder Mesa sur fond de grandeur et de majesté du Sud-ouest des Etats-Unis.
Je ne cite pas tous ces gens comme un générique de film, mais parce que ce fut le plus incroyable travail d’équipe auquel j’ai participé. Chacun a donné le meilleur de lui-même et je n’ai été que le chef d’orchestre.
Comment avez-vous trouvé l'équilibre entre la tradition des différents Frontierland déjà réalisés et celui-ci ?
Nous avons tenu à prendre en compte à la fois la tradition Disney et notre désir de créer un endroit unique. Vous savez, nous, les Show Producers, avions à peu près tous le même âge et avons grandi près de Disneyland Californie. Nous avions donc une idée assez précise de ce qu’est Disneyland. Ceci dit, nous avons fait un voyage d’étude au printemps 1987 avec Tony Baxter, les Show Producers et les principaux designers d’EuroDisneyland et à travers l’Europe non pas pour voir ce que faisait la concurrence, mais bien pour comprendre l’esprit européen et quelle était la vision européenne des parcs d’attraction. Nous avons visité bon nombre de parcs comme Tivoli ou Alton Towers pour finir par la ville de Paris et les champs de Marne-la-Vallée. Nous avons remarqué, notamment à Tivoli, combien les Européens appréciaient un environnement de qualité, ainsi qu’un repas de qualité. Par conséquent, en ce qui concerne les restaurants, chaque land de Disneyland Paris a reçu les conseils de deux spécialistes de Walt Disney World et Disneyland Californie avec lesquels nous avons eu d’intéressantes conversations. C’est ainsi que chaque land ou presque de Disneyland Paris possède maintenant un restaurant avec service à table de qualité proposant du vin ou de la bière, au grand dam de Michael Eisner. L’idée était de ne pas appliquer une formule toute faite. Même siThunder Mesa est inspiré de lieux réels, il s’agit plus d’une représentation de ce que les gens imaginent comme étant le Vieil Ouest. Prenez par exemple Rivers of the Far West. Les autres parcs Disney ont, eux, les Rivers of America. Nous avons repris cette tradition, mais nous l’avons adaptée pour en faire un mélange du Colorado, du Rio Grande, du Sacramento et du Columbia, autant de cours d’eau que l’on trouve à l’Ouest des Rocky Mountains et qui ont tenu un rôle dans la ruée vers l’or. A partir de là, nous avons eu la chance de profiter de l’expérience de deux personnes ayant travaillé sur le Columbia, le bateau de Disneyland, pour nous aider non seulement à construire le Mark Twain, mais également le Molly Brown, car les responsables opérationnels du parc nous avaient donné le feu vert pour construire deux bateaux d’une capacité de 400 personnes par croisière. Cela permettait de compléter magnifiquement le tableau, et d’offrir à nos visiteurs de multiples points de vue sur la rivière.
L'attraction-phare de Frontierland est sans nul doute Big Thunder Mountain, le petit train de la mine, dont nous fêtons aujourd'hui l'anniversaire.
C’est un peu notre château à nous. Comme vous le savez, sa particularité est d’être une île. En fait, il y avait déjà trois BTM dans le monde et Tony Baxter voulait que cette nouvelle version soit unique. Il nous a dit qu’il voulait un grand « Wow ! ». A Disneyland, le point d’attraction de Frontierland est Tom Sawyer Island. Or, nous n’étions pas sûrs que le public européen connaisse aussi bien ce personnage de la littérature américaine que nous. C’est à ce moment que Chris Tietz, le Show Producer d’Adventureland a proposé de faire une sorte de Tom Sawyer Island à Adventureland, mais basée cette fois sur l’aventure et la chasse au trésor. Il semblait donc que la question était résolue. A partir de là, l’idée a surgi de créer une île qui serait en fait Big Thunder Mountain. C’est alors que la question de l’accès des visiteurs à cette île, c’est-à-dire la liaison entre le bâtiment d’embarquement et l’île, s’est posée. WDI avait engagé pour cela des ingénieurs de Lehrer McGovern Bovis Inc. (LMB) de Londres comme consultants pour superviser la construction et l’ingénierie civile liée aux attractions ainsi qu’aux bâtiments de restauration et aux commerces. Je leur ai dit qu’il suffisait de creuser un tunnel sous la rivière. Il est vrai que l’eau n’est profonde que d’un mètre 50 environ. Or, beaucoup d’entre eux ont émis des doutes sérieux quant à la faisabilité de ce tunnel. Un ingénieur m’a demandé si je souhaitais faire quelque chose de similaire au tunnel sous la manche qui était en train d’être creusé et je lui ai répondu : « non, j’espère beaucoup plus de vous ! ». Je me souviens que je lui ai dit : « Walt réalisait toujours l’impossible. » Ce à quoi il a répondu : « Walt est mort »...
Au final, tous les problèmes d’ingénierie et de construction ont été dépassés et le tunnel a été construit, mais au prix de très nombreuses discussions entre nous, les designers, et les consultants de LMB ! Le résultat est un succès et ce tunnel rend l’attraction encore plus excitante !
Mais le succès de BTM vient aussi de la qualité de l’environnement. C’est un mélange unique de formations rocheuses du Grand Canyon avec les eaux du Colorado. Ce fut également un challenge du point de vue de la végétation. Paul Comstock était la personne en charge de ces questions pour le parc, mais Frontierland a été pour lui un véritable défi car il s’agissait de recréer un désert dans une région où le climat n’a rien à voir. Il a su trouver des plantes de désert et des cactus qui pourraient s’adapter au sol parisien. Il a donc décidé de faire un jardin expérimental en dehors des limites du parc pour voir comment ces plantes allaient se comporter. A l’exception de l’île où les cactus sont artificiels (ce que l’on ne remarque pas tant on passe vite devant), il était hors de question d’avoir des plantes artificielles à Frontierland.
Quant aux accessoires liés à la mine, c’est Pat Burke qui s’en est occupé à merveille. Pour ce faire, il a passé trois mois en recherche de Washington à l’Oregon, et du Wyoming au Montana. Il a exploré 18 états différents pour ramener toutes sortes d’objets et d’équipements pour l’attraction. A l’ouverture du parc, des gens lui ont dit : « c’est incroyable ce que vous arrivez à faire à Hollywood, tous ces objets que vous avez recréés. C’est une magnifique reconstitution ! » Ce à quoi il a répondu : « qu’est-ce que vous racontez ? Tout est vrai, tout est authentique ! » Déjà, Pat connaissait très bien l’histoire de Big Thunder Mountain dans la mesure où il s’est occupé de l’environnement de chacune des versions de l’attraction, que ce soit à Disneyland, Walt Disney World ou Tokyo Disneyland. De plus, c’est quelqu’un qui est très proche des paysans chez qui il est allé, et il sait très bien négocier avec eux. C’est quelqu’un d’incroyable, toujours plein de ressources. Il avait avec lui une équipe de huit Irlandais, charpentiers, mécaniciens, etc., capables de tout, pour installer tous ces accessoires. Ils étaient fin saouls chaque nuit, mais le jour, ils pouvaient travailler de 12 à 14 heures d’affilée… avant d’aller de nouveau au bar ! Ils auraient fait n’importe quoi pour lui. Il y avait une alchimie entre eux que je n’ai jamais vue ailleurs !

Les équipes qui ont travaillé sur le parc venaient vraiment de l’Europe entière.
Exactement. Nous parlions des Nations Unies des constructeurs de parcs ! En plus des artisans français, nous avions des tailleurs de pierre italiens, des charpentiers espagnols, une équipe irlandaise, des décorateurs de la BBC pour les décors intérieurs de Phantom Manor, etc. Et il n’y avait pas de barrière de la langue. Tout passait par des dessins et des gestes. J’étais ému aux larmes de voir cette magie à l’oeuvre et quand je remerciais quelqu’un, il me disait : « oh, j’ai simplement fait mon boulot ! ».


Retrouvez la suite de cet entretien et des dizaines d'autres avec les concepteurs de Disneyland Paris dans mon livre "Entretiens avec un empire volume 3 : Disneyland Paris raconté par ses créateurs."

lundi, août 25, 2014

LE 45e ANNIVERSAIRE DE LA HAUNTED MANSION: Entretien avec l'imagénieur X. Atencio


Vous avez mené deux carrières à la suite chez Disney, d'abord pour les Studios, puis pour WED. Pour vous, quelle est la principale différence entre les deux?
D'une certaine façon, elles étaient très proches, dans la mesure où l'on faisait des storyboards pour écrire les histoires des attractions de la même manière qu'on le faisait pour des films. Mais la chose la plus importante est qu'à Imagineering, je travaillais directement avec Walt. Il n'y avait pas d'intermédiaire. Je recevais mes instruction directement de Walt. Ca change tout!

Quand a débuté la conception de la Haunted Mansion?
Juste après Pirates of the Caribbean. J'ai écrit le script et là encore je me suis dit qu'il y avait besoin d'une chanson. Ce fut Grim Grinning Ghosts.

Sur quelle base avez-vous créé l'histoire de l'attraction?
Nous avons collecté des information du monde entier, jusqu'au Japon. Mais là-bas, les fantômes ont un côté plus macabre et Walt ne voulait pas que ses fantômes soient méchants. Il voulait qu'ils soient drôles. A partir de là, il y a eu deux écoles de pensée: certains imagénieurs voulaient qu'ils fassent vraiment peur, et d'autres un peu peur. Quand j'ai écrit les paroles de la chanson, je me suis dit que cette fantômes ricanants viennent pour nous rencontrer: ils se veulent amicaux. C'est devenu à la fois le thème de l'attraction et de la chanson.


Tout comme pour Pirates of the Caribbean, Marc Davis et Claude Coats étaient les pierres d'angle du projet.Quand je suis arrivé sur ce projet, ils avaient déjà un peu commencé à travailler dessus et Yale Gracey y avait aussi apporté ses merveilleuses illusions. J'ai donc simplement eu à reprendre ce qu'ils avaient fait, à y apporter une continuité narrative puis à écrire le script en fonction de tout cela. J'ai davantage participé à la conception de la Haunted Mansion qu'à celle de Pirates of the Caribbean. Quand je suis arrivé sur Pirates, Marc et Claude avaient déjà développé une histoire et mon rôle a simplement été de donner une voix aux pirates en écrivant leurs dialogues. Sur la Haunted Mansion, qui est venue plus tard, j'ai été plus impliqué dans le design et le scénario.


Vous parlez de scénario, mais peut-on réellement parler d'une histoire?
Ce n'est pas une histoire dans le sens d'un déroulement narratif continu. Au départ, j'avais pensé que le corbeau pouvait être l'hôte, le "ghost host", qui vous suivrait durant tout le parcours et apparaîtrait dans différentes scènes. Mais cela ne marchait pas et nous avons dû abandonner cette idée. A la fin de l'attraction, avant d'atteindre la sortie, vous pouvez entendre la voix du corbeau vous dire: "Ah, there you are!" Les gens n'y pensent pas, mais cela vient de cette première idée. Ce n'est que plus tard que nous avons ajouté la scène des Hitchhicking Ghosts, qui s'est avérée très bien fonctionner dans la mesure où vous vous rendez compte dans le miroir que vous les avez vraiment pris en stop!

A la base, la Haunted Mansion est une maison de retraite pour fantômes.
Le bâtiment a été construit plusieurs années avant que l'attraction ouvre. Walt ne voulait pas d'une maison en ruines. Il voulait qu'elle soit en parfait état. On y trouvait alors un panneau disait que nous étions en train de rassembler des fantômes venus du monde entier afin qu'ils puissent prendre leur retraite ici. C'était écrit: "nous avons 999 fantômes, mais nous avons de la place pour un dernier. Rejoignez-nous!" Quand nous avons ouvert, nous avions notre contingent de fantômes, mais dans l'attraction, Madame Leota dit toujours: "revenez nous voir car nous adorerions vous compter parmi nous!"
Pouvez-vous me parler de votre association avec le compositeur Buddy Baker?
Buddy était un homme merveilleux. Il me manque énormément. The Haunted Mansion a été notre première collaboration. Après cela, nous avons travaillé ensemble sur plusieurs attraction, notamment pour Walt Disney World. C'était très agréable de travailler avec lui.


Comment la chanson fonctionne-t-elle dans l'attraction?
A peu près de la même manière que celle de Pirates of the Caribbean car on ne sait jamais quand les visiteurs arrivent à un endroit donné du parcours. Si on avait écrit une phrase sur tel fantôme, il y avait trop de risque que vous ne vous trouviez pas au bon endroit pour le voir en même temps que la musique. Par conséquent, il fallait rester général. Par ailleurs, de la même façon que pour Pirates of the Caribbean, nous n'avons pas présenté la chanson complète tout de suite. Nous avons attendu d'arriver au cimetière. A l'origine, chaque vignette était illustrée par une phrase, mais il y avait tellement de bruit dans ce cimetière qu'on ne pouvait pas comprendre. Alors, Buddy et moi sommes allés dans l'attraction et nous avons commencé à enlever des bandes ici et là. Il ne restait plus qu'une seule bande pour illustrer toute cette zone, avec tous les fantômes chantant Grim Grinning Ghosts. Le seul endroit où vous êtes assez près pour pouvoir réellement identifier qui chante, c'est devant les bustes.
Comment décririez-vous l'esprit de cette chanson?
 Nous avons tenu à garder un esprit très léger. La Haunted Mansion est un endroit où l'on s'amuse avant tout. Les arrangements musicaux peuvent varier au cours du parcours, mais c'est ce même sentiment qui domine. Par exemple, dans la salle de bal, Buddy a écrit quelque chose de très joyeux. Le gars qui joue de l'orgue peut jouer de gros accords dissonants, cela ne change pas l'atmosphère de cette fête. Et pour le cimetière, Buddy s'est tourné vers quelque chose de totalement différent en s'inspirant du jazz. Vraiment, ces fantômes s'amusent bien, un peu comme s'ils étaient en pique-nique!

Comment s'est déroulée la création de la chanson avec Buddy Baker?
En tant que directeur musical du studio, Buddy était basé à Burbank. Ce qui fait qu'il devait venir à Imagineering à Glendale (ci-dessus) pour que nous puissions travailler tous les deux. C'est là qu'il écrivait sa musique. Puis, quand le moment est venu d'enregistrer, nous l'avons fait au studio. J'adorais assister aux enregistrements. N'étant pas musicien moi-même, j'étais toujours impressionné par la manière dont Buddy pouvait faire en sorte que 25, 30 ou 50 musiciens qui ne se connaissaient pas puissent jouer parfaitement ensemble. Il y a quelque chose de magique dans la musique. On leur donnait la partition, Buddy faisait répéter l'orchestre plusieurs fois et il sortait toujours quelque chose de parfait. Il disait: "hautbois, mesure 26, faites ceci ou faites cela." Cela sonnait magnifiquement pour moi, mais pour lui, il y avait toujours des petits détails à corriger afin que tout soit impeccable. Il a toujours eu une oreille exceptionnelle.

Et comment se sont déroulées les sessions avec Pau Frees, le narrateur original?
Paul Frees était un homme remarquable. C'était un génie. Il arrivait le matin et nous discutions naturellement, et déjà, je sentais à quelque point il était formidable, avant même de commencer le travail! Ensuite, il recevait le script et percevait immédiatement l'émotion qu'il devait dégager dans sa narration. Je ne l'ai jamais corrigé. Je lui disais simplement: "continuez". Il ajoutait toujours des détails, comme dans Pirates of the Caribbean ou dans ses films.

Il a fait la voix du Pr. Donald Dingue (Ludwig von Drake). Il trouvait des choses auxquelles vous n'auriez jamais pensé en écrivant. Vous lui donniez simplement l'idée générale, une trame de dialogue et il devenait instantanément Donald Dingue ou n'importe quel autre personnage.

Avez-vous vous-même enregistré pour la Haunted Mansion?
Oui, j'ai fait la voix du cadavre dans le cercueil dans le jardin d'hiver ainsi que l'annonce "Please, remain seated". Sinon, comme pour Pirates, si je ne pouvais pas faire venir de comédiens de grand prix pour enregistrer une ligne ou deux, je me tournais vers mes collègues d'Imagineering.

La Haunted Mansion a connu pas mal de versions différentes.
En gros, c'est toujours la même attraction, que ce soit à Walt Disney World, Tokyo Disneyland ou même en France, mais nous avons dû l'adapter au type d'édifice et à sa situation dans le parc. Par exemple, nous avons enregistré des bandes-son différentes pour chaque version, notamment pour le Japon. Je suis allé là-bas pour enregistrer les voix et la chanson, en particulier parce que les textes originaux étaient quasiment impossibles à traduire en japonais! Les timings des parcours peuvent être aussi différents et engendrer des changements dans la bande sonore. Chez vous, à Disneyland Paris, ils ont même changé le nom en Phantom Manor car le concept est un peu différent.

Avez-vous vu le film que Disney a tiré de la Haunted Mansion?
Oui. Sans être génial, c'est un bon film. Je ne l'ai pas trouvé aussi bon que les films inspirés de Pirates of the Caribbean, néanmoins, il est assez divertissant.

Que pensez-vous de la nouvelle version de la Haunted Mansion à Disneyland (Californie)?
Ils n'ont fait que de légers changements et cela n'affecte pas beaucoup l'attraction. Ils m'avaient dit: "nous allons faire des modifications, mais pas tant que cela, et nous allons garder la chanson telle quelle!" Je suis ravi de ce qu'ils ont fait.

jeudi, août 14, 2014

BON ANNIVERSAIRE M. CAREL!

Rencontrer Roger Carel, c’est rencontrer tout à la fois Jiminy, Timotée, Pongo, Kaa, Triste Sire, Winnie, Bernard et tellement d’autres personnages qui ont marqué notre imaginaire. Mais c’est aussi, tout simplement, rencontrer un grand Monsieur.


Comment êtes-vous arrivé dans le monde du doublage ?
On y vient presque automatiquement. Lorsqu’on décide d’être comédien, après être sorti des cours d’art dramatique, on joue d’abord au théâtre. J’ai participé à ma première pièce, Les Jours Heureux au théâtre Maubel en 1947 et j’ai joué pendant presque cinquante ans de ma vie ! Quand vous jouez au théâtre, il y a souvent des metteurs en scène dans la salle et on vient alors vous chercher pour tourner dans un film. A cette époque, c’était les débuts de la télévision et on est donc également venu me chercher pour jouer beaucoup de dramatiques en direct les jours de relâche. On m’a aussi demandé de faire des feuilletons radio à RTL -Luxembourg à l’époque-, Europe 1, etc. Puis un jour quelqu’un est venu me dire : « est-ce que cela t’intéresserait de faire du doublage ? ». C’était pour NINOTCHKA, avec Greta Garbo. J’ai aussi doublé Peter Lorre, qui a joué dans M. LE MAUDIT ou encore dans 20 000 LIEUES SOUS LES MERS.

Puis vous êtes entré dans l’univers du dessin-animé, avec PINOCCHIO.
J’ai doublé beaucoup d’acteurs de films en prises de vue réelles, et, comme j’avais la possibilité de déplacer ma voix assez facilement de l’aigu au grave, cela a intéressé les gens de l’animation. C’est ainsi que j’ai commencé avec Jiminy dans PINOCCHIO. A partir de là, Disney a été très fidèle puisque cela fait bientôt 40 ans que je travaille avec eux !


PINOCCHIO est sorti pour la première fois en France en mai 1946.Il y a eu en fait un premier doublage et je l’ai doublé quant à moi dans les années cinquante à la demande de Disney. Je crois que c’était Fred Pasquali qui tenait à l’origine le rôle de Jiminy. C’est un personnage savoureux. C’était donc l’un de mes premiers doublages et je découvrais en plus, en tant qu’interprète, le monde de Disney. Il est très apprécié des enfants car il vient remettre Pinocchio dans le droit chemin, tout en restant très ludique. Ce n’est pas un moralisateur ennuyeux comme Béralde chez Molière. De par son physique, puisqu’il est minuscule, il est attrayant et cela apporte davantage au film. Ce petit grillon est une bonne idée. Dans la première version que j’ai faite, on l’appelait Jiminy le Grillon, puis, pour l’édition vidéo 2000, nous avons refait certaines scènes pour remplacer cette appellation par Jiminy Cricket, car on s’est aperçu que tous les enfants l’appelaient ainsi ! Nous avons donc réenregistré certaines parties chez Dubbing Brothers.

Mais vous ne vous contentez pas des dialogues puisque vous chantez également Sifflez Vite Vite...... dont j’ai refait quelques phrases également pour la vidéo de 2000 afin d’y retrouver le nom de Jiminy Cricket. J’ai aussi beaucoup chanté dans les WINNIE L’OURSON. Mais aujourd’hui, les chansons deviennent de plus en plus difficiles et j’avoue franchement que je préfère laisser la place à de meilleurs chanteurs.


Après PINOCCHIO est venu DUMBO, sorti en France en décembre 1947 et dans lequel vous jouez le rôle de Timotée.
Là encore, ce n’était pas la première version puisque je l’ai enregistré pour ma part dans les années 50.

Un très beau rôle est celui du Chat Chafouin dans ALICE AU PAYS DES MERVEILLES.C’était très savoureux. Le film est très beau par lui même et je me souviens encore très bien de sa chanson « et les momeraths en grappe... » ! Il faut dire que j’ai pas mal chanté au théâtre. J’ai notamment chanté LA PERICHOLE de Jacques Offenbach au Théâtre de Paris. Mais je n’ai jamais suivi de formation, je fais tout à l’oreille. Il est intéressant de garder la même voix pour les dialogues et le chant car cela permet d’apporter à la chanson la personnalité qu’on a donnée dans les dialogues. Si les voix étaient différentes, les changements étaient parfois brutaux, et les directeurs artistiques y sont maintenant plus attentifs. Quand je ne chante pas les chansons de Winnie, je les fais faire par un de mes amis, Jean-Claude Donda, qui est rentré pile dans mon registre.


Parmi les films Disney des années 50, on vous retrouve dans LA BELLE ET LE CLOCHARD et LA BELLE AU BOIS DORMANT.
Dans LA BELLE ET LE CLOCHARD, je jouais le rôle du Bouledogue. Quant à LA BELLE AU BOIS DORMANT, j’y interprétais le roi Hubert, que j’ai redoublé récemment pour la nouvelle version DVD. J’ai également repris il y a peu le rôle du Roi dans CENDRILLON puisque Jacques Deschamps, qui l’avait originellement interprété, nous a quittés. Je me suis donc imprégné de ce qu’avait fait mon petit camarade pour mieux reprendre ses marques.

Décembre 1961 : la sortie française des 101 DALMATIENS.
Le rôle de Pongo était tout-à-fait autre chose car, Disney étant toujours très attentif à ses voix, on m’a demandé de retrouver exactement le ton très naturel du personnage original, cette voix intérieure. Cela libère quelque peu le jeu et permet d’apporter davantage d’interprétation.


Dans les années soixante, on remarque que vous avez doublé tous les personnages originellement interprétés par Sterling Holloway (Kaa, Winnie et Roquefort), à qui l’on doit également le Chat Chafouin.J’ai retrouvé mon Kaa il n’y a pas longtemps d’ailleurs ! Ce qui est très curieux, c’est qu’on m’a très souvent donné à jouer des rats ou des serpents ! Songez aussi à Triste Sire dans ROBIN DES BOIS ! Le rôle de 1968 était aussi chanté et chaque fois que je rencontre des enfants, ils me demandent Aie Confiance ! Les personnages de ce film sont tellement merveilleux. Il y a une telle qualité dans ces dessins-animés qu’on a toujours plaisir à retrouver ces personnages. Pour les WINNIE, imaginez aussi qu’au début, je jouais Winnie, Porcinet et Coco Lapin et que j’enregistrais les trois voix en même temps ! C’était énorme ! Aujourd’hui, je me contente d’en faire deux. Porcinet a donc été d’abord repris par Roger Crouzet, qui, malheureusement, nous a quittés. Maintenant, c’est Hervé Rey qui a repris le rôle et qui chante également très bien.

Nous en arrivons à BERNARD ET BIANCA.
Les deux personnages principaux sont très mignons. C’est bien d’avoir des héros qui sont en fait des anti-héros. Mais, vous voyez bien, avec Basil, je ne fais presque que des souris ! (rires) Enfin, il y a quand même eu Lafayette dans LES ARISTOCHATS ou Piqueur dans ROX ET ROUKY.


Vous avez ensuite retrouvé Bernard en 1991 dans BERNARD ET BIANCA AU PAYS DES KANGOUROUS.L’aventure est différente, mais j’ai aimé faire retrouver la douceur de ce personnage toujours amoureux.

TARAM ET LE CHAUDRON MAGIQUE a connu deux doublages différents.Dans la première version, je faisais Gurki et Crapaud, alors que dans la deuxième, j’ai fait le roi Bedaine, mais j’en ignore la raison.


Pouvez-vous nous parler de l’évolution du doublage, tout d’abord d’un point de vue technique ?Les premiers doublages que j’ai faits, comme NINOTCHKA, ne se faisaient pas à la bande rythmo, ce texte qui défile sous l’image. Au début, elle n’existait pas. Le texte était projeté comme une lanterne magique ou des diapos sur un écran à part, sur le côté du film. Il y avait très peu de répliques et nous étions obligés de faire des scènes très courtes parce qu’il fallait changer la plaque sur laquelle figurait le texte à chaque fois. On apprenait ce texte très vite et on essayait de le placer sur la bouche des personnages. Il faut également savoir que les dialogues étaient enregistrés sur bande optique, ce qui fait qu’on ne pouvait pas écouter ce qu’on avait fait ! La responsabilité reposait sur le monteur, qui regardait si ce qu’on avait fait était plaçable sur la bouche du personnage. C’était tout-à-fait archaïque ! Fort heureusement, la bande rythmo est arrivée très vite, avec le texte qui défile et une barre qui vous indique quand le personnage ouvre la bouche.

Et du point de vue artistique ?Après l’époque de l’enregistrement optique, les doublages ont été dirigés par des comédiens, des gens de théâtre. Subitement, le doublage a complètement changé, basculé pour reposer principalement sur des artistes du cinéma ou de la scène. L’interprétation a perdu cette monotonie des débuts, avec cette voix qu’on appelait la voix synchro ! Les comédiens-doubleurs d’aujourd’hui font en fait le contraire de leur métier : ils essaient d’oublier ce qu’ils savent faire pour se fondre dans l’interprétation d’origine. Quand j’ai doublé Charlie Chaplin ou Peter Ustinov, j’ai mis de côté la façon dont moi j’aurais exprimé ces sentiments pour leur être fidèle à eux. C’est une forme d’honnêteté par rapport aux comédiens.

Les personnages à doubler ont également beaucoup changé avec le temps.
Il faut dire que le jeu des acteurs a lui-même évolué. Les comédiens qui sortent par exemple de l’Actor’s Studio ont aujourd’hui un jeu beaucoup plus naturel, détendu, près de la caméra, murmuré. Cela nous permet davantage de jouer comme nous jouerions, nous. Quand nous jouons au cinéma, on joue « cinéma » et non plus comme au théâtre, alors que, dans les films d’avant-guerre que nous doublions, les acteurs avaient des « voix d’acteurs ». Aujourd’hui, les grandes vedettes se diversifient : j’étais par exemple avec Gérard Depardieu quand il a doublé John Travolta. On ne fait plus uniquement du doublage. Bien sûr, j’ai cette spécialité des dessins-animés, que ce soit pour Hanna-Barbera ou pour Disney. Cela m’amuse d’ailleurs toujours autant, car, pour nous, cela fait partie à part entière du métier de comédien. Un acteur doit être complètement disponible et polyvalent, et cela va même jusqu’à la publicité. On ne pense plus comme autrefois que le doublage est une spécialité. Aujourd’hui, ce qui compte, c’est la fidélité, et cela va même jusqu’au physique. Il faut retrouver dans le physique du comédien-doubleur ce qui apparaît sur l’écran.

Aujourd’hui, les artistes sont enregistrés un par un. Cela a-t-il toujours été le cas ?C’est vrai que les techniciens nous demandent maintenant systématiquement d’enregistrer seul afin de disposer d’une piste isolée et de se promener dans le son à leur guise. C’est un peu tristounet, mais il paraît que c’est indispensable pour les effets sonores. Au contraire, autrefois, on enregistrait en groupe. Ce fut le cas par exemple de la première GUERRE DES ETOILES. Néanmoins, on conserve parfois cette technique. Les WINNIE sont enregistrés ensemble, avec tout le monde, sauf quand il y a des problèmes d’emplois du temps, car, souvent, il doit y avoir une spontanéité dans les répliques.


Beaucoup regrettent que le C6PO du Star Tours de Disneyland Paris n’ait pas votre voix...Il est vrai qu’on ne me l’a même pas demandé...

Vous est-il arrivé de rencontrer les acteurs que vous doubliez ?Aucun, à part Benny Hill. Il m’a demandé de venir alors qu’il était à Paris. Nous avons fait une interview ensemble puis nous sommes allés à une réception à l’ambassade d’Angleterre. Il avait été très charmant et m’avait fait beaucoup de compliments. Personnellement, je ne parle pas très bien anglais ; les gens riaient beaucoup quand il parlait mais je ne comprenais que mon nom. J’ai donc demandé à un ami qui m’a expliquait qu’il racontait que des amis à lui, de retour d’un voyage à Paris, lui avaient dit : « dis donc, on a vu ton émission à la télévision française. Qu’est-ce que tu as fait comme progrès ! ». A la réception, il y avait l’ambassadeur, son épouse et toute la presse et quand l’huissier m’a annoncé, Benny a fait : « il n’est pas mort ? On m’avait dit qu’il était mort ! », et l’ambassadeur lui a répondu : « mais non, pas du tout ». Il n’avait pas du tout compris, et tous les gens ont éclaté de rire ! Il m’a dit : « vous savez, je vais avoir beaucoup de travail parce que je quitte Thames pour faire des shows énormes aux Etats-Unis ». Deux mois après, il disparaissait...

Quels sont vos meilleurs souvenirs de doublage ?
Les MUPPETS, avec Gérard Hernandez, Francis Lax, Micheline Dax et Pierre Tornade, ont été trois années de joie et de folie ! Nous nous sommes amusés comme des fous car il y avait une part d’improvisation. La version originale était parfois intraduisible parce qu’elle comportait des faux-amis et références anglaises que nous ne connaissons pas. C’était le cas également sur BENNY HILL. Les rires étant enregistrés, on était obligé de trouver un gag qui tombe pile, avec l’équivalent en humour français. Nous nous faisions beaucoup de blagues. On ne disait pas au copain ce qu’on allait dire pour que cela fonctionne. Nous avons eu de telles séances de fous rires ! C’était énorme, alors qu’au départ on ne savait pas si cela allait fonctionner. Pour les français, ces animaux étaient monstrueux et il s’y passait des choses tellement folles. Et en fin de compte, ce fut un succès gigantesque et tout le monde l’a imité. 


jeudi, juillet 10, 2014

RATATOUILLE A DISNEYLAND PARIS : Entretien avec le Directeur Créatif Roger Gould




M. Gould, pouvez-vous nous expliquer votre rôle en tant que Directeur Créatif Pixar pour les Parcs à Thème ?
Mon métier est à la fois merveilleux et étrange. Il s’agit d’une collaboration à plein temps avec Walt Disney Imagineering sur tous les projets impliquant les personnages et les histoires Pixar à travers l’ensemble des parcs Disney du monde. Ce qui fait que j’ai eu le grand plaisir de participer à la création de Cars Land à Disney California Adventure, Crush’s Coaster au Parc Walt Disney Studios et à beaucoup d’autres projets à travers le monde. C’est fantastique ; chaque projet ne ressemble à aucun autre !



Comment Ratatouille – L’Aventure Totalement Toquée de Rémy a-t-elle été créée?
Il y a six ans, Tom Fitzgerald, l’Imagineer en charge de tout le côté créatif de Disneyland Paris, a eu cette idée, cette inspiration, de donner vie à l’univers de Ratatouille au Parc Walt Disney Studios. Nous étions alors en train de travailler sur Toy Story Playland pour ce parc. C’était déjà une manière formidable et immersive de faire pénétrer nos visiteurs dans l’univers de Toy Story, et Tom s’est mis à réfléchir à la façon d’aller encore plus loin et d’ajouter encore davantage d’histoires immersives à ce parc. Ratatouille, le film, a eu un tel succès en France et en Europe que c’était le sujet idéal pour ce projet.

Bien sûr, tout l’attrait du film repose sur le fait qu’il a été tourné du point de vue d’un rat. Parce que c’est toujours amusant de rapetisser. Alors nous avons passé presque un an à expérimenter des choses en concevant cette expérience uniquement du point de vue physique, c’est à dire en faisant appel à des décors et des personnages gigantesques. Mais nous nous sommes rendu compte qu’il y avait des limites techniques à la vitesse à laquelle des objets de cette taille pouvaient bouger. Prenez la scène du film dans laquelle Rémy tombe des toits de Paris dans la cuisine de Gusteau, avec tous ses dangers. Nous voulions retrouver cette urgence et cette excitation, mais c’était impossible avec des éléments mécaniques. Ils bougeaient trop lentement. Alors nous en sommes venus à l’idée d’associer des décors réels géants (parce nous voulions que les visiteurs croient vraiment qu’ils sont réduits à la taille de rats) avec de l’animation 3D en relief dernier cri pour le monde de Ratatouille et ses personnages. Cela nous a permis de prendre le meilleur des deux techniques : d’un côté, un monde réel sur-dimensionné avec par exemple ces toits gigantesques, ces cheminées et cas balcons géants qui vous font réellement vous sentir tout petits, et de l’autre des écrans géants de dernière génération avec une animation en 3D bénéficiant de la plus haute résolution jamais utilisée chez Pixar, ce qui donne une clarté et des couleurs ahurissantes ! Cela nous a permis de donner véritablement vie à nos personnages, avec exactement la même vitesse et la même dynamique que dans le film.



Comment Ratatouille – L’Aventure Totalement Toquée de Rémy s’intègre-t-elle dans l’histoire du Parc Walt Disney Studios ?
Ce que Tom Fitzgerald souhaite en créant ces lands immersifs, c’est plonger totalement nos visiteurs dans les univers de nos film. Nos rêves les plus fous deviennent ainsi réalité, un peu comme lorsque le héros de Cinémagique rentre à l’intérieur de l’écran. Ici, c’est ce qui vous arrive physiquement. Vous pouvez réellement déambuler autour de la Place de Rémy et vous retrouver non pas simplement à Paris, mais dans le Paris de Rémy. C’est ainsi qu’en regardant tout autour de vous, vous pourrez découvrir plein de « Hidden Remys », un peu comme les « Hidden Mickeys », les Mickey cachés. Parce que nous ne souhaitions pas reconstituer le vrai Paris. Nous voulions recréer le Paris du film. C’est dans cet esprit que nous lui avons rajouté bon nombre de clins d’œil et de surprises pour vous rappeler qu’en fait vous vous trouvez dans le monde de l’animation.

Quel est le rôle de l’animation dans cette attraction ?
C’est ce qui apporte toute l’émotion de cette attraction en renouant avec les personnages du film, Rémy, Emile et tous les chefs, mais à une échelle que nous n’avions jamais tentée. C’est ainsi que nos écrans de projection sont tellement immenses que certains vous enveloppent littéralement pour vous immerger dans ce monde animé. J’ai dirigé les séquences animées ici à Pixar, et nous avons travaillé exactement de la même manière que lorsque nous faisons un film. Nous avons commencé par storyboarder l’ensemble de l’attraction. C’est une histoire très simple : Rémy nous accueille, nous, ses amis rats, pour un repas qu’il va nous concocter lui-même. Et tandis qu’il réfléchit au plat qu’il va réaliser, il tombe accidentellement dans la cuisine de Gusteau et nous entraîne avec lui. Nous devons éviter les multiples dangers de la cuisine et de la salle de restaurant pour nous retrouver finalement dans la cuisine de Rémy, prêts à déguster son plat dans son « Bistrot chez Rémy ».


Les créateurs du film original ont-il été impliqués dans l’attraction ?
Brad Bird, le réalisateur du film original, ainsi que John Lasseter sont venus travailler avec nous sur le storyboard car Brad a créé l’univers du film et nous voulions lui être totalement fidèles tant en matière de personnages que d’histoire. Il a vraiment adoré voir son film prendre ainsi vie. Il adore les parcs Disney et il a trouvé fantastique de voir son univers prendre corps. A partir de là, nous avons commencé à construire chaque scène. La grande différence d’avec un film d’animation, c’est que, normalement, un plan dure 3 à 4 secondes maximum. Dans l’attraction, le même plan devait durer de 30 secondes à 1 minute. Parce que le film correspond à ce que vous vivez en tant que rat.
Beaucoup d’animateurs du film original ont également participé à l’attraction, à commencer par le superviseur de l’animation Andy Schmidt. Ils nous ont apporté toute leur expérience pour renouer avec leurs personnages. Par exemple, Kristoff Vergne était Key Animator de Linguini sur le film, et comme nous avons de grands moments avec Linguini dans l’attraction, Kristoff l’a de nouveau animé. Je n’avais pas à le diriger parce que, Linguini, c’est lui ! Il le connaît par cœur, sous toutes les coutures ! Ce fut extraordinaire de voir tous ces artistes redonner vie à leur personnages !

Comme le dit Glen Keane, les animateurs sont de vrais acteurs avec un crayon !
Exactement ! Pour ces artistes qui ont participé au film, c’était comme retrouver de vieux copains ! Mais nous avions également des animateurs qui n’ont pas travaillé sur le film, et pour eux, ce fut comme rencontrer des célébrités ! Prenez par exemple Becki Tower, qui a animé Rémy pour l’attraction. Pour elle, ce fut un rêve devenu réalité !


Comment avez-vous réparti animation et décors réels dans l’attraction ?
Tout a été conditionné par les personnages. Chaque fois que notre histoire devait comporter un personnage, nous avons décidé de l’animer de sorte qu’il ait exactement la même énergie que dans le film. Par contre, chaque fois que nous avions besoin de faire croire à cet univers surdimensionné, nous avons construit de vrais décors. C’est ce qui rend un parc Disney unique : cette immersion dans un univers. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu construire physiquement le plus de choses possible et ensuite donner corps à cet environnement grâce à l’animation. Il n’y a pas d’un côté les personnages et de l’autre les décors. Les deux sont intimement connectés.


En effet, les décors sont essentiels pour les acteurs puissent s’exprimer dans les meilleures conditions !
Nous avons pu bénéficier non seulement des animateurs, mais également des artistes qui ont participé à la création du film original. Harley Jessup était le directeur artistique du film. Il nous a aidés à concevoir l’intérieur, mais aussi l’extérieur de l’attraction afin de capter tout l’esprit de ce Paris de dessin animé. Harley parle d’ « impression de sculpture à la main ». Parce que, pour lui, Paris est une ville chargée d’histoire. Tous ces bâtiments ont une histoire de plusieurs siècles, comme des œuvres d’art, des sculptures et non pas des objets industriels. Il a donc aidé les Imagineers architectes afin de faire en sorte que les bâtiments et tout le design de la Place de Rémy renoue avec cet esprit. Mais cela va plus loin. A la fin de l’attraction, vous arrivez au Bistrot Chez Rémy. On en a eu un aperçu dans le film, à la toute fin, quand Rémy débarque dans la cuisine, que Colette lui tend une assiette de ratatouille et qu’il y met la touche finale. Nous avons donc demandé à Harley d’imaginer le reste de la cuisine parce que nous voulions toute une scène à cet endroit. Il a donc conçu un décor complet que nous avons ensuite construit numériquement dans nos ordinateurs et peuplé de dizaines et de dizaines de rats cuisiniers ! C’est un vrai cirque ! Cela nous a permis de dépasser les limites du film original et de créer des choses que même les spécialistes du film n’avaient jamais vu !


Vous évoquez l’architecture parisienne, et il est vrai qu’il y a une véritable richesse culturelle dans cette attraction, à l’image de Disneyland Paris qui foisonne de références aux cultures européenne et américaine.
Quand nous avons démarré ce projet, nous savions que ce serait délicat. Nous voulions construire un morceau de Paris juste à côté du vrai Paris. Dans ces conditions, comment en faire un lieu unique et merveilleux et non pas une simple copie de l’original ? La réponse nous est venue du film et notamment d’Harley, vers qui nous nous sommes tournés pour comprendre comment il avait caricaturé Paris. Car ce que nous voulions, c’était rendre un hommage à Paris, le célébrer, lui faire une déclaration d’amour, dans l’esprit du parc tout entier, à la manière de Main Street, USA, par exemple, qui est un hommage aux petites villes américaines du tournant du siècle. Et je pense sincèrement que nous y sommes parvenus. Il y a quelques temps, j’ai demandé à des artistes français travaillant sur le projet ce qu’ils en pensaient, et ils m’ont répondu qu’ils étaient véritablement charmés, que cela leur faisait penser à ces cartes postales fantaisie de Paris. Nous n’avons jamais essayé de refaire Paris, mais plutôt de créer un Paris rêvé. C’est ce que nous voulions faire : permettre aux visiteurs de découvrir le Paris de leurs rêves.

Ce mélange d’art et de technologie remonte à Walt Disney lui-même.
Ce qu’il y a de fascinant chez Walt Disney, c’est qu’il était toujours à l’affût de nouvelles technologies pour lui permettre de raconter ses histoires de manières toujours nouvelles. Il ne recherchait pas la technologie pour la technologie, mais pour le potentiel qu’elle lui offrait dans son art. Pixar et WDI se situent dans cette même tradition. Chez Pixar, nous avons créé le premier long-métrage entièrement animé par ordinateur avec Toy Story, motivés par la passion de John Lasseter pour cette manière inédite de raconter des histoires. Et c’est la même chose chez WDI. Ratatouille- L’Aventure Totalement Toquée de Rémy en est le meilleur exemple, à travers notamment l’utilisation des Rat-mobiles. Cette nouvelle technologie sans rail nous permet de faire en sorte de transformer des véhicules en véritables personnages. C’est vraiment un rat. Et vous vous prenez tout naturellement pour un rat. Comme de vrais personnages, ils se déplacent de manière indépendante. Vous pouvez entrer dans une scène dans un ordre précis, puis en ressortir dans un ordre totalement différent. Cela nous a permis de vous plonger dans ce monde d’une manière totalement inédite. Toutes ces technologies n’ont qu’un but : nous permettre de raconter des histoires de manière chaque fois renouvelée.




Les Walt Disney Animation Studios travaillent depuis longtemps avec WDI. Votre collaboration est plus récente. Comment s’est passée la rencontre entre les artistes Pixar et les Imagineers ?
Merveilleuse, et ce pour une bonne raison : nous sommes jaloux les uns des autres ! Les artistes Pixar adorent les parcs à thème et rêvent de pouvoir créer des attractions, et les Imagineers adorent les films et rêvent de pouvoir en faire. C’est ce qui fait que nous adorons travailler ensemble. C’est un rêve qui devient réalité pour tout cinéaste. Chez Pixar, quand nous créons un film, nous le faisons en trois dimensions, mais uniquement par le biais d’un écran. Harley était à Disneyland Paris la semaine dernière pour visiter l’attraction pour la première fois et il m’a envoyé un message pour me dire à quel point il était enthousiaste. Pour lui, c’était incroyable de marcher réellement dans le film qu’il avait designé. C’est ce qui nous plaît dans cette collaboration : nous partageons avec les Imagineers cette même envie de donner vie à nos créations avec une véritable exigence de qualité. Nous ne construisons pas des attractions pour un week end ou même une saison. Nous construisons pour des décennies, pour les générations à venir. L’engagement et l’amour que chacun d’entre nous met dans son travail sont impressionnants. Pour l’Imagineer/Directrice Artistique Beth Clapeerton, qui a supervisé le projet sur place, chaque détail compte. Elle veut être sûre que, lorsque le travail sera fini, nous puissions être fiers du moindre détail. Et je pense qu’il y a vraiment lieu d’être fiers. Se promener sur la Place de Rémy rend vraiment les gens heureux !


Pour vous, qu’est-ce qui rend Ratatouille – L’Attraction Totalement Toquée de Rémy unique ?
Ce qui me passionne, c’est de pouvoir raconter une histoire en construisant un puzzle aussi complexe. C’est comme monter un automate dont tous les éléments sont animés. Et quand il est construit, qu’il fonctionne, vous oubliez toute la mécanique et vous ne retenez que cette histoire immersive qui vous permet d’aller en des endroits dont vous aviez simplement rêvé par le passé. Vous savez, chaque fois que nous lançons un projet dans un parc Disney, je me demande : « quelle est l’expérience du film la plus importante que j’aimerais vivre pour de vrai ? » Et sur Ratatouille – L’Attraction Totalement Toquée de Rémy, c’est pour moi la rencontre avec Rémy, sa passion, sa passion pour la cuisine, sa passion de la vie. Et si nous avons réussi à vous la faire partager à travers cette aventure, rien ne saurait me rendre plus heureux !

Un grand merci à Roger Gould, Chris Wiggum et Mathias Dugoujon !