mercredi, septembre 03, 2014

35e ANNIVERSAIRE DE BIG THUNDER MOUNTAIN : Entretien avec Jeff Burke, concepteur de Frontierland


M. Burke, quelles furent les premières étapes de la conception de Frontierland Paris ?
Comme il était évident que chaque land du parc allait évoluer en une sorte de variation de l’original américain, je me suis dit qu’il serait bon de définir les grandes lignes de l’esprit de Frontierland Paris. Après en avoir discuté avec Tony et Pat Burke, un Imagineer qui avait travaillé à la création des Big Thunder Mountain de Disneyland, Walt Disney World et Tokyo Disneyland, nous avons développé le coeur de l’histoire de notre Frontierland. Nous voulions que tous les visiteurs qui passent les portes de Fort Comstock découvrent la trépidante petite ville de Thunder Mesa où l’excitation de la ruée vers l’or et la grandeur de l’Ouest américain les plongeraient dans l’atmosphère du Vieil Ouest.
Pour nous aider à retrouver des informations et de la documentation photographique sur cette période, j’étais assisté par Aileen Kutaka de l’Information Resource Center de Walt Disney Imagineering. Je lui ai donc demandé de nous fournir toutes les données possibles sur l’explosion des petites villes liées à la ruée vers l’or ainsi que sur les paysages de l’ouest des Montagnes Rocheuses. Car même si Frontierland est un lieu imaginaire, il est basé sur des faits et des lieux authentiques. Big Thunder Mountain est inspiré de Monument Valley tandis que Rivers of the Far West est inspiré du Colorado qui circule en bas du Grand Canyon (d’où la couleur verte de l’eau, que nous avons mis une journée entière à élaborer avec un ingénieur spécialisé). Toutes ces informations authentiques nous ont fourni un guide précieux pour concevoir le land.
En plus, des membres de mon équipe comme Pat Burke ont apporté des livres et des photos personnels de l’Ouest américain pour nous aider à visualiser ce que serait Thunder Mesa. Tandis que le projet avançait, cette bibliothèque dévolue à Frontierland grandissait sur tous les plans, dans toutes les disciplines et nous a grandement aidés à faire de Frontierland une réalité.

A partir de là, l’environnement, l’atmosphère et l’architecture de Frontierland ont été conçus par un groupe d’artistes remarquables parmi lesquels Tom Gilleon, Dan Gooze, John Horny, Christian Hope, Ahmad Jafari, Fernando Tenedora, Frank et Karen Armitage. Très souvent, leurs illustrations ont inspiré les dessins des architectes ou encore fixé les formes des formations rocheuses. Ces dessins ont également fourni des détails visuels qui ont guidé les costumiers, décorateurs et accessoiristes du land. Mais plus que tout, ils ont trouvé le ton juste, l’apparence, l’ambiance et le sentiment liés à cette petite communauté bigarrée et pleine de vie de l’Ouest sauvage.
Ensuite, beaucoup d’autres illustrateurs et artistes graphiques ont rejoint notre équipe pour s’occuper plus spécifiquement de chaque attraction, restaurant ou boutique.
Enfin, pour organiser l’espace de Frontierland, des membres de l’équipe spécialisés ont commencé à interagir pour mettre toutes les pièces du puzzle de Frontierland en place et déterminer comment les formations rocheuses, les cours d’eau et les chemins allaient se répartir à travers l’espace du land. Pat Burke, Christian Hope, Bob Baranick, Ahmad Jafari, Karen Armitage, Pam Schirmer, Paul Comstock et moi-même nous sommes beaucoup concertés pour développer et organiser l’espace et les paysages pour un maximum d’impact et un flux de visiteurs fluide. Si nos discutions étaient plutôt d’ordre pratique, nous n’avons jamais perdu de vue l’histoire de Frontierland afin de faire vivre le passé historique agité de Thunder Mesa sur fond de grandeur et de majesté du Sud-ouest des Etats-Unis.
Je ne cite pas tous ces gens comme un générique de film, mais parce que ce fut le plus incroyable travail d’équipe auquel j’ai participé. Chacun a donné le meilleur de lui-même et je n’ai été que le chef d’orchestre.
Comment avez-vous trouvé l'équilibre entre la tradition des différents Frontierland déjà réalisés et celui-ci ?
Nous avons tenu à prendre en compte à la fois la tradition Disney et notre désir de créer un endroit unique. Vous savez, nous, les Show Producers, avions à peu près tous le même âge et avons grandi près de Disneyland Californie. Nous avions donc une idée assez précise de ce qu’est Disneyland. Ceci dit, nous avons fait un voyage d’étude au printemps 1987 avec Tony Baxter, les Show Producers et les principaux designers d’EuroDisneyland et à travers l’Europe non pas pour voir ce que faisait la concurrence, mais bien pour comprendre l’esprit européen et quelle était la vision européenne des parcs d’attraction. Nous avons visité bon nombre de parcs comme Tivoli ou Alton Towers pour finir par la ville de Paris et les champs de Marne-la-Vallée. Nous avons remarqué, notamment à Tivoli, combien les Européens appréciaient un environnement de qualité, ainsi qu’un repas de qualité. Par conséquent, en ce qui concerne les restaurants, chaque land de Disneyland Paris a reçu les conseils de deux spécialistes de Walt Disney World et Disneyland Californie avec lesquels nous avons eu d’intéressantes conversations. C’est ainsi que chaque land ou presque de Disneyland Paris possède maintenant un restaurant avec service à table de qualité proposant du vin ou de la bière, au grand dam de Michael Eisner. L’idée était de ne pas appliquer une formule toute faite. Même siThunder Mesa est inspiré de lieux réels, il s’agit plus d’une représentation de ce que les gens imaginent comme étant le Vieil Ouest. Prenez par exemple Rivers of the Far West. Les autres parcs Disney ont, eux, les Rivers of America. Nous avons repris cette tradition, mais nous l’avons adaptée pour en faire un mélange du Colorado, du Rio Grande, du Sacramento et du Columbia, autant de cours d’eau que l’on trouve à l’Ouest des Rocky Mountains et qui ont tenu un rôle dans la ruée vers l’or. A partir de là, nous avons eu la chance de profiter de l’expérience de deux personnes ayant travaillé sur le Columbia, le bateau de Disneyland, pour nous aider non seulement à construire le Mark Twain, mais également le Molly Brown, car les responsables opérationnels du parc nous avaient donné le feu vert pour construire deux bateaux d’une capacité de 400 personnes par croisière. Cela permettait de compléter magnifiquement le tableau, et d’offrir à nos visiteurs de multiples points de vue sur la rivière.
L'attraction-phare de Frontierland est sans nul doute Big Thunder Mountain, le petit train de la mine, dont nous fêtons aujourd'hui l'anniversaire.
C’est un peu notre château à nous. Comme vous le savez, sa particularité est d’être une île. En fait, il y avait déjà trois BTM dans le monde et Tony Baxter voulait que cette nouvelle version soit unique. Il nous a dit qu’il voulait un grand « Wow ! ». A Disneyland, le point d’attraction de Frontierland est Tom Sawyer Island. Or, nous n’étions pas sûrs que le public européen connaisse aussi bien ce personnage de la littérature américaine que nous. C’est à ce moment que Chris Tietz, le Show Producer d’Adventureland a proposé de faire une sorte de Tom Sawyer Island à Adventureland, mais basée cette fois sur l’aventure et la chasse au trésor. Il semblait donc que la question était résolue. A partir de là, l’idée a surgi de créer une île qui serait en fait Big Thunder Mountain. C’est alors que la question de l’accès des visiteurs à cette île, c’est-à-dire la liaison entre le bâtiment d’embarquement et l’île, s’est posée. WDI avait engagé pour cela des ingénieurs de Lehrer McGovern Bovis Inc. (LMB) de Londres comme consultants pour superviser la construction et l’ingénierie civile liée aux attractions ainsi qu’aux bâtiments de restauration et aux commerces. Je leur ai dit qu’il suffisait de creuser un tunnel sous la rivière. Il est vrai que l’eau n’est profonde que d’un mètre 50 environ. Or, beaucoup d’entre eux ont émis des doutes sérieux quant à la faisabilité de ce tunnel. Un ingénieur m’a demandé si je souhaitais faire quelque chose de similaire au tunnel sous la manche qui était en train d’être creusé et je lui ai répondu : « non, j’espère beaucoup plus de vous ! ». Je me souviens que je lui ai dit : « Walt réalisait toujours l’impossible. » Ce à quoi il a répondu : « Walt est mort »...
Au final, tous les problèmes d’ingénierie et de construction ont été dépassés et le tunnel a été construit, mais au prix de très nombreuses discussions entre nous, les designers, et les consultants de LMB ! Le résultat est un succès et ce tunnel rend l’attraction encore plus excitante !
Mais le succès de BTM vient aussi de la qualité de l’environnement. C’est un mélange unique de formations rocheuses du Grand Canyon avec les eaux du Colorado. Ce fut également un challenge du point de vue de la végétation. Paul Comstock était la personne en charge de ces questions pour le parc, mais Frontierland a été pour lui un véritable défi car il s’agissait de recréer un désert dans une région où le climat n’a rien à voir. Il a su trouver des plantes de désert et des cactus qui pourraient s’adapter au sol parisien. Il a donc décidé de faire un jardin expérimental en dehors des limites du parc pour voir comment ces plantes allaient se comporter. A l’exception de l’île où les cactus sont artificiels (ce que l’on ne remarque pas tant on passe vite devant), il était hors de question d’avoir des plantes artificielles à Frontierland.
Quant aux accessoires liés à la mine, c’est Pat Burke qui s’en est occupé à merveille. Pour ce faire, il a passé trois mois en recherche de Washington à l’Oregon, et du Wyoming au Montana. Il a exploré 18 états différents pour ramener toutes sortes d’objets et d’équipements pour l’attraction. A l’ouverture du parc, des gens lui ont dit : « c’est incroyable ce que vous arrivez à faire à Hollywood, tous ces objets que vous avez recréés. C’est une magnifique reconstitution ! » Ce à quoi il a répondu : « qu’est-ce que vous racontez ? Tout est vrai, tout est authentique ! » Déjà, Pat connaissait très bien l’histoire de Big Thunder Mountain dans la mesure où il s’est occupé de l’environnement de chacune des versions de l’attraction, que ce soit à Disneyland, Walt Disney World ou Tokyo Disneyland. De plus, c’est quelqu’un qui est très proche des paysans chez qui il est allé, et il sait très bien négocier avec eux. C’est quelqu’un d’incroyable, toujours plein de ressources. Il avait avec lui une équipe de huit Irlandais, charpentiers, mécaniciens, etc., capables de tout, pour installer tous ces accessoires. Ils étaient fin saouls chaque nuit, mais le jour, ils pouvaient travailler de 12 à 14 heures d’affilée… avant d’aller de nouveau au bar ! Ils auraient fait n’importe quoi pour lui. Il y avait une alchimie entre eux que je n’ai jamais vue ailleurs !

Les équipes qui ont travaillé sur le parc venaient vraiment de l’Europe entière.
Exactement. Nous parlions des Nations Unies des constructeurs de parcs ! En plus des artisans français, nous avions des tailleurs de pierre italiens, des charpentiers espagnols, une équipe irlandaise, des décorateurs de la BBC pour les décors intérieurs de Phantom Manor, etc. Et il n’y avait pas de barrière de la langue. Tout passait par des dessins et des gestes. J’étais ému aux larmes de voir cette magie à l’oeuvre et quand je remerciais quelqu’un, il me disait : « oh, j’ai simplement fait mon boulot ! ».


Retrouvez la suite de cet entretien et des dizaines d'autres avec les concepteurs de Disneyland Paris dans mon livre "Entretiens avec un empire volume 3 : Disneyland Paris raconté par ses créateurs."

lundi, août 25, 2014

LE 45e ANNIVERSAIRE DE LA HAUNTED MANSION: Entretien avec l'imagénieur X. Atencio


Vous avez mené deux carrières à la suite chez Disney, d'abord pour les Studios, puis pour WED. Pour vous, quelle est la principale différence entre les deux?
D'une certaine façon, elles étaient très proches, dans la mesure où l'on faisait des storyboards pour écrire les histoires des attractions de la même manière qu'on le faisait pour des films. Mais la chose la plus importante est qu'à Imagineering, je travaillais directement avec Walt. Il n'y avait pas d'intermédiaire. Je recevais mes instruction directement de Walt. Ca change tout!

Quand a débuté la conception de la Haunted Mansion?
Juste après Pirates of the Caribbean. J'ai écrit le script et là encore je me suis dit qu'il y avait besoin d'une chanson. Ce fut Grim Grinning Ghosts.

Sur quelle base avez-vous créé l'histoire de l'attraction?
Nous avons collecté des information du monde entier, jusqu'au Japon. Mais là-bas, les fantômes ont un côté plus macabre et Walt ne voulait pas que ses fantômes soient méchants. Il voulait qu'ils soient drôles. A partir de là, il y a eu deux écoles de pensée: certains imagénieurs voulaient qu'ils fassent vraiment peur, et d'autres un peu peur. Quand j'ai écrit les paroles de la chanson, je me suis dit que cette fantômes ricanants viennent pour nous rencontrer: ils se veulent amicaux. C'est devenu à la fois le thème de l'attraction et de la chanson.


Tout comme pour Pirates of the Caribbean, Marc Davis et Claude Coats étaient les pierres d'angle du projet.Quand je suis arrivé sur ce projet, ils avaient déjà un peu commencé à travailler dessus et Yale Gracey y avait aussi apporté ses merveilleuses illusions. J'ai donc simplement eu à reprendre ce qu'ils avaient fait, à y apporter une continuité narrative puis à écrire le script en fonction de tout cela. J'ai davantage participé à la conception de la Haunted Mansion qu'à celle de Pirates of the Caribbean. Quand je suis arrivé sur Pirates, Marc et Claude avaient déjà développé une histoire et mon rôle a simplement été de donner une voix aux pirates en écrivant leurs dialogues. Sur la Haunted Mansion, qui est venue plus tard, j'ai été plus impliqué dans le design et le scénario.


Vous parlez de scénario, mais peut-on réellement parler d'une histoire?
Ce n'est pas une histoire dans le sens d'un déroulement narratif continu. Au départ, j'avais pensé que le corbeau pouvait être l'hôte, le "ghost host", qui vous suivrait durant tout le parcours et apparaîtrait dans différentes scènes. Mais cela ne marchait pas et nous avons dû abandonner cette idée. A la fin de l'attraction, avant d'atteindre la sortie, vous pouvez entendre la voix du corbeau vous dire: "Ah, there you are!" Les gens n'y pensent pas, mais cela vient de cette première idée. Ce n'est que plus tard que nous avons ajouté la scène des Hitchhicking Ghosts, qui s'est avérée très bien fonctionner dans la mesure où vous vous rendez compte dans le miroir que vous les avez vraiment pris en stop!

A la base, la Haunted Mansion est une maison de retraite pour fantômes.
Le bâtiment a été construit plusieurs années avant que l'attraction ouvre. Walt ne voulait pas d'une maison en ruines. Il voulait qu'elle soit en parfait état. On y trouvait alors un panneau disait que nous étions en train de rassembler des fantômes venus du monde entier afin qu'ils puissent prendre leur retraite ici. C'était écrit: "nous avons 999 fantômes, mais nous avons de la place pour un dernier. Rejoignez-nous!" Quand nous avons ouvert, nous avions notre contingent de fantômes, mais dans l'attraction, Madame Leota dit toujours: "revenez nous voir car nous adorerions vous compter parmi nous!"
Pouvez-vous me parler de votre association avec le compositeur Buddy Baker?
Buddy était un homme merveilleux. Il me manque énormément. The Haunted Mansion a été notre première collaboration. Après cela, nous avons travaillé ensemble sur plusieurs attraction, notamment pour Walt Disney World. C'était très agréable de travailler avec lui.


Comment la chanson fonctionne-t-elle dans l'attraction?
A peu près de la même manière que celle de Pirates of the Caribbean car on ne sait jamais quand les visiteurs arrivent à un endroit donné du parcours. Si on avait écrit une phrase sur tel fantôme, il y avait trop de risque que vous ne vous trouviez pas au bon endroit pour le voir en même temps que la musique. Par conséquent, il fallait rester général. Par ailleurs, de la même façon que pour Pirates of the Caribbean, nous n'avons pas présenté la chanson complète tout de suite. Nous avons attendu d'arriver au cimetière. A l'origine, chaque vignette était illustrée par une phrase, mais il y avait tellement de bruit dans ce cimetière qu'on ne pouvait pas comprendre. Alors, Buddy et moi sommes allés dans l'attraction et nous avons commencé à enlever des bandes ici et là. Il ne restait plus qu'une seule bande pour illustrer toute cette zone, avec tous les fantômes chantant Grim Grinning Ghosts. Le seul endroit où vous êtes assez près pour pouvoir réellement identifier qui chante, c'est devant les bustes.
Comment décririez-vous l'esprit de cette chanson?
 Nous avons tenu à garder un esprit très léger. La Haunted Mansion est un endroit où l'on s'amuse avant tout. Les arrangements musicaux peuvent varier au cours du parcours, mais c'est ce même sentiment qui domine. Par exemple, dans la salle de bal, Buddy a écrit quelque chose de très joyeux. Le gars qui joue de l'orgue peut jouer de gros accords dissonants, cela ne change pas l'atmosphère de cette fête. Et pour le cimetière, Buddy s'est tourné vers quelque chose de totalement différent en s'inspirant du jazz. Vraiment, ces fantômes s'amusent bien, un peu comme s'ils étaient en pique-nique!

Comment s'est déroulée la création de la chanson avec Buddy Baker?
En tant que directeur musical du studio, Buddy était basé à Burbank. Ce qui fait qu'il devait venir à Imagineering à Glendale (ci-dessus) pour que nous puissions travailler tous les deux. C'est là qu'il écrivait sa musique. Puis, quand le moment est venu d'enregistrer, nous l'avons fait au studio. J'adorais assister aux enregistrements. N'étant pas musicien moi-même, j'étais toujours impressionné par la manière dont Buddy pouvait faire en sorte que 25, 30 ou 50 musiciens qui ne se connaissaient pas puissent jouer parfaitement ensemble. Il y a quelque chose de magique dans la musique. On leur donnait la partition, Buddy faisait répéter l'orchestre plusieurs fois et il sortait toujours quelque chose de parfait. Il disait: "hautbois, mesure 26, faites ceci ou faites cela." Cela sonnait magnifiquement pour moi, mais pour lui, il y avait toujours des petits détails à corriger afin que tout soit impeccable. Il a toujours eu une oreille exceptionnelle.

Et comment se sont déroulées les sessions avec Pau Frees, le narrateur original?
Paul Frees était un homme remarquable. C'était un génie. Il arrivait le matin et nous discutions naturellement, et déjà, je sentais à quelque point il était formidable, avant même de commencer le travail! Ensuite, il recevait le script et percevait immédiatement l'émotion qu'il devait dégager dans sa narration. Je ne l'ai jamais corrigé. Je lui disais simplement: "continuez". Il ajoutait toujours des détails, comme dans Pirates of the Caribbean ou dans ses films.

Il a fait la voix du Pr. Donald Dingue (Ludwig von Drake). Il trouvait des choses auxquelles vous n'auriez jamais pensé en écrivant. Vous lui donniez simplement l'idée générale, une trame de dialogue et il devenait instantanément Donald Dingue ou n'importe quel autre personnage.

Avez-vous vous-même enregistré pour la Haunted Mansion?
Oui, j'ai fait la voix du cadavre dans le cercueil dans le jardin d'hiver ainsi que l'annonce "Please, remain seated". Sinon, comme pour Pirates, si je ne pouvais pas faire venir de comédiens de grand prix pour enregistrer une ligne ou deux, je me tournais vers mes collègues d'Imagineering.

La Haunted Mansion a connu pas mal de versions différentes.
En gros, c'est toujours la même attraction, que ce soit à Walt Disney World, Tokyo Disneyland ou même en France, mais nous avons dû l'adapter au type d'édifice et à sa situation dans le parc. Par exemple, nous avons enregistré des bandes-son différentes pour chaque version, notamment pour le Japon. Je suis allé là-bas pour enregistrer les voix et la chanson, en particulier parce que les textes originaux étaient quasiment impossibles à traduire en japonais! Les timings des parcours peuvent être aussi différents et engendrer des changements dans la bande sonore. Chez vous, à Disneyland Paris, ils ont même changé le nom en Phantom Manor car le concept est un peu différent.

Avez-vous vu le film que Disney a tiré de la Haunted Mansion?
Oui. Sans être génial, c'est un bon film. Je ne l'ai pas trouvé aussi bon que les films inspirés de Pirates of the Caribbean, néanmoins, il est assez divertissant.

Que pensez-vous de la nouvelle version de la Haunted Mansion à Disneyland (Californie)?
Ils n'ont fait que de légers changements et cela n'affecte pas beaucoup l'attraction. Ils m'avaient dit: "nous allons faire des modifications, mais pas tant que cela, et nous allons garder la chanson telle quelle!" Je suis ravi de ce qu'ils ont fait.

jeudi, août 14, 2014

BON ANNIVERSAIRE M. CAREL!

Rencontrer Roger Carel, c’est rencontrer tout à la fois Jiminy, Timotée, Pongo, Kaa, Triste Sire, Winnie, Bernard et tellement d’autres personnages qui ont marqué notre imaginaire. Mais c’est aussi, tout simplement, rencontrer un grand Monsieur.


Comment êtes-vous arrivé dans le monde du doublage ?
On y vient presque automatiquement. Lorsqu’on décide d’être comédien, après être sorti des cours d’art dramatique, on joue d’abord au théâtre. J’ai participé à ma première pièce, Les Jours Heureux au théâtre Maubel en 1947 et j’ai joué pendant presque cinquante ans de ma vie ! Quand vous jouez au théâtre, il y a souvent des metteurs en scène dans la salle et on vient alors vous chercher pour tourner dans un film. A cette époque, c’était les débuts de la télévision et on est donc également venu me chercher pour jouer beaucoup de dramatiques en direct les jours de relâche. On m’a aussi demandé de faire des feuilletons radio à RTL -Luxembourg à l’époque-, Europe 1, etc. Puis un jour quelqu’un est venu me dire : « est-ce que cela t’intéresserait de faire du doublage ? ». C’était pour NINOTCHKA, avec Greta Garbo. J’ai aussi doublé Peter Lorre, qui a joué dans M. LE MAUDIT ou encore dans 20 000 LIEUES SOUS LES MERS.

Puis vous êtes entré dans l’univers du dessin-animé, avec PINOCCHIO.
J’ai doublé beaucoup d’acteurs de films en prises de vue réelles, et, comme j’avais la possibilité de déplacer ma voix assez facilement de l’aigu au grave, cela a intéressé les gens de l’animation. C’est ainsi que j’ai commencé avec Jiminy dans PINOCCHIO. A partir de là, Disney a été très fidèle puisque cela fait bientôt 40 ans que je travaille avec eux !


PINOCCHIO est sorti pour la première fois en France en mai 1946.Il y a eu en fait un premier doublage et je l’ai doublé quant à moi dans les années cinquante à la demande de Disney. Je crois que c’était Fred Pasquali qui tenait à l’origine le rôle de Jiminy. C’est un personnage savoureux. C’était donc l’un de mes premiers doublages et je découvrais en plus, en tant qu’interprète, le monde de Disney. Il est très apprécié des enfants car il vient remettre Pinocchio dans le droit chemin, tout en restant très ludique. Ce n’est pas un moralisateur ennuyeux comme Béralde chez Molière. De par son physique, puisqu’il est minuscule, il est attrayant et cela apporte davantage au film. Ce petit grillon est une bonne idée. Dans la première version que j’ai faite, on l’appelait Jiminy le Grillon, puis, pour l’édition vidéo 2000, nous avons refait certaines scènes pour remplacer cette appellation par Jiminy Cricket, car on s’est aperçu que tous les enfants l’appelaient ainsi ! Nous avons donc réenregistré certaines parties chez Dubbing Brothers.

Mais vous ne vous contentez pas des dialogues puisque vous chantez également Sifflez Vite Vite...... dont j’ai refait quelques phrases également pour la vidéo de 2000 afin d’y retrouver le nom de Jiminy Cricket. J’ai aussi beaucoup chanté dans les WINNIE L’OURSON. Mais aujourd’hui, les chansons deviennent de plus en plus difficiles et j’avoue franchement que je préfère laisser la place à de meilleurs chanteurs.


Après PINOCCHIO est venu DUMBO, sorti en France en décembre 1947 et dans lequel vous jouez le rôle de Timotée.
Là encore, ce n’était pas la première version puisque je l’ai enregistré pour ma part dans les années 50.

Un très beau rôle est celui du Chat Chafouin dans ALICE AU PAYS DES MERVEILLES.C’était très savoureux. Le film est très beau par lui même et je me souviens encore très bien de sa chanson « et les momeraths en grappe... » ! Il faut dire que j’ai pas mal chanté au théâtre. J’ai notamment chanté LA PERICHOLE de Jacques Offenbach au Théâtre de Paris. Mais je n’ai jamais suivi de formation, je fais tout à l’oreille. Il est intéressant de garder la même voix pour les dialogues et le chant car cela permet d’apporter à la chanson la personnalité qu’on a donnée dans les dialogues. Si les voix étaient différentes, les changements étaient parfois brutaux, et les directeurs artistiques y sont maintenant plus attentifs. Quand je ne chante pas les chansons de Winnie, je les fais faire par un de mes amis, Jean-Claude Donda, qui est rentré pile dans mon registre.


Parmi les films Disney des années 50, on vous retrouve dans LA BELLE ET LE CLOCHARD et LA BELLE AU BOIS DORMANT.
Dans LA BELLE ET LE CLOCHARD, je jouais le rôle du Bouledogue. Quant à LA BELLE AU BOIS DORMANT, j’y interprétais le roi Hubert, que j’ai redoublé récemment pour la nouvelle version DVD. J’ai également repris il y a peu le rôle du Roi dans CENDRILLON puisque Jacques Deschamps, qui l’avait originellement interprété, nous a quittés. Je me suis donc imprégné de ce qu’avait fait mon petit camarade pour mieux reprendre ses marques.

Décembre 1961 : la sortie française des 101 DALMATIENS.
Le rôle de Pongo était tout-à-fait autre chose car, Disney étant toujours très attentif à ses voix, on m’a demandé de retrouver exactement le ton très naturel du personnage original, cette voix intérieure. Cela libère quelque peu le jeu et permet d’apporter davantage d’interprétation.


Dans les années soixante, on remarque que vous avez doublé tous les personnages originellement interprétés par Sterling Holloway (Kaa, Winnie et Roquefort), à qui l’on doit également le Chat Chafouin.J’ai retrouvé mon Kaa il n’y a pas longtemps d’ailleurs ! Ce qui est très curieux, c’est qu’on m’a très souvent donné à jouer des rats ou des serpents ! Songez aussi à Triste Sire dans ROBIN DES BOIS ! Le rôle de 1968 était aussi chanté et chaque fois que je rencontre des enfants, ils me demandent Aie Confiance ! Les personnages de ce film sont tellement merveilleux. Il y a une telle qualité dans ces dessins-animés qu’on a toujours plaisir à retrouver ces personnages. Pour les WINNIE, imaginez aussi qu’au début, je jouais Winnie, Porcinet et Coco Lapin et que j’enregistrais les trois voix en même temps ! C’était énorme ! Aujourd’hui, je me contente d’en faire deux. Porcinet a donc été d’abord repris par Roger Crouzet, qui, malheureusement, nous a quittés. Maintenant, c’est Hervé Rey qui a repris le rôle et qui chante également très bien.

Nous en arrivons à BERNARD ET BIANCA.
Les deux personnages principaux sont très mignons. C’est bien d’avoir des héros qui sont en fait des anti-héros. Mais, vous voyez bien, avec Basil, je ne fais presque que des souris ! (rires) Enfin, il y a quand même eu Lafayette dans LES ARISTOCHATS ou Piqueur dans ROX ET ROUKY.


Vous avez ensuite retrouvé Bernard en 1991 dans BERNARD ET BIANCA AU PAYS DES KANGOUROUS.L’aventure est différente, mais j’ai aimé faire retrouver la douceur de ce personnage toujours amoureux.

TARAM ET LE CHAUDRON MAGIQUE a connu deux doublages différents.Dans la première version, je faisais Gurki et Crapaud, alors que dans la deuxième, j’ai fait le roi Bedaine, mais j’en ignore la raison.


Pouvez-vous nous parler de l’évolution du doublage, tout d’abord d’un point de vue technique ?Les premiers doublages que j’ai faits, comme NINOTCHKA, ne se faisaient pas à la bande rythmo, ce texte qui défile sous l’image. Au début, elle n’existait pas. Le texte était projeté comme une lanterne magique ou des diapos sur un écran à part, sur le côté du film. Il y avait très peu de répliques et nous étions obligés de faire des scènes très courtes parce qu’il fallait changer la plaque sur laquelle figurait le texte à chaque fois. On apprenait ce texte très vite et on essayait de le placer sur la bouche des personnages. Il faut également savoir que les dialogues étaient enregistrés sur bande optique, ce qui fait qu’on ne pouvait pas écouter ce qu’on avait fait ! La responsabilité reposait sur le monteur, qui regardait si ce qu’on avait fait était plaçable sur la bouche du personnage. C’était tout-à-fait archaïque ! Fort heureusement, la bande rythmo est arrivée très vite, avec le texte qui défile et une barre qui vous indique quand le personnage ouvre la bouche.

Et du point de vue artistique ?Après l’époque de l’enregistrement optique, les doublages ont été dirigés par des comédiens, des gens de théâtre. Subitement, le doublage a complètement changé, basculé pour reposer principalement sur des artistes du cinéma ou de la scène. L’interprétation a perdu cette monotonie des débuts, avec cette voix qu’on appelait la voix synchro ! Les comédiens-doubleurs d’aujourd’hui font en fait le contraire de leur métier : ils essaient d’oublier ce qu’ils savent faire pour se fondre dans l’interprétation d’origine. Quand j’ai doublé Charlie Chaplin ou Peter Ustinov, j’ai mis de côté la façon dont moi j’aurais exprimé ces sentiments pour leur être fidèle à eux. C’est une forme d’honnêteté par rapport aux comédiens.

Les personnages à doubler ont également beaucoup changé avec le temps.
Il faut dire que le jeu des acteurs a lui-même évolué. Les comédiens qui sortent par exemple de l’Actor’s Studio ont aujourd’hui un jeu beaucoup plus naturel, détendu, près de la caméra, murmuré. Cela nous permet davantage de jouer comme nous jouerions, nous. Quand nous jouons au cinéma, on joue « cinéma » et non plus comme au théâtre, alors que, dans les films d’avant-guerre que nous doublions, les acteurs avaient des « voix d’acteurs ». Aujourd’hui, les grandes vedettes se diversifient : j’étais par exemple avec Gérard Depardieu quand il a doublé John Travolta. On ne fait plus uniquement du doublage. Bien sûr, j’ai cette spécialité des dessins-animés, que ce soit pour Hanna-Barbera ou pour Disney. Cela m’amuse d’ailleurs toujours autant, car, pour nous, cela fait partie à part entière du métier de comédien. Un acteur doit être complètement disponible et polyvalent, et cela va même jusqu’à la publicité. On ne pense plus comme autrefois que le doublage est une spécialité. Aujourd’hui, ce qui compte, c’est la fidélité, et cela va même jusqu’au physique. Il faut retrouver dans le physique du comédien-doubleur ce qui apparaît sur l’écran.

Aujourd’hui, les artistes sont enregistrés un par un. Cela a-t-il toujours été le cas ?C’est vrai que les techniciens nous demandent maintenant systématiquement d’enregistrer seul afin de disposer d’une piste isolée et de se promener dans le son à leur guise. C’est un peu tristounet, mais il paraît que c’est indispensable pour les effets sonores. Au contraire, autrefois, on enregistrait en groupe. Ce fut le cas par exemple de la première GUERRE DES ETOILES. Néanmoins, on conserve parfois cette technique. Les WINNIE sont enregistrés ensemble, avec tout le monde, sauf quand il y a des problèmes d’emplois du temps, car, souvent, il doit y avoir une spontanéité dans les répliques.


Beaucoup regrettent que le C6PO du Star Tours de Disneyland Paris n’ait pas votre voix...Il est vrai qu’on ne me l’a même pas demandé...

Vous est-il arrivé de rencontrer les acteurs que vous doubliez ?Aucun, à part Benny Hill. Il m’a demandé de venir alors qu’il était à Paris. Nous avons fait une interview ensemble puis nous sommes allés à une réception à l’ambassade d’Angleterre. Il avait été très charmant et m’avait fait beaucoup de compliments. Personnellement, je ne parle pas très bien anglais ; les gens riaient beaucoup quand il parlait mais je ne comprenais que mon nom. J’ai donc demandé à un ami qui m’a expliquait qu’il racontait que des amis à lui, de retour d’un voyage à Paris, lui avaient dit : « dis donc, on a vu ton émission à la télévision française. Qu’est-ce que tu as fait comme progrès ! ». A la réception, il y avait l’ambassadeur, son épouse et toute la presse et quand l’huissier m’a annoncé, Benny a fait : « il n’est pas mort ? On m’avait dit qu’il était mort ! », et l’ambassadeur lui a répondu : « mais non, pas du tout ». Il n’avait pas du tout compris, et tous les gens ont éclaté de rire ! Il m’a dit : « vous savez, je vais avoir beaucoup de travail parce que je quitte Thames pour faire des shows énormes aux Etats-Unis ». Deux mois après, il disparaissait...

Quels sont vos meilleurs souvenirs de doublage ?
Les MUPPETS, avec Gérard Hernandez, Francis Lax, Micheline Dax et Pierre Tornade, ont été trois années de joie et de folie ! Nous nous sommes amusés comme des fous car il y avait une part d’improvisation. La version originale était parfois intraduisible parce qu’elle comportait des faux-amis et références anglaises que nous ne connaissons pas. C’était le cas également sur BENNY HILL. Les rires étant enregistrés, on était obligé de trouver un gag qui tombe pile, avec l’équivalent en humour français. Nous nous faisions beaucoup de blagues. On ne disait pas au copain ce qu’on allait dire pour que cela fonctionne. Nous avons eu de telles séances de fous rires ! C’était énorme, alors qu’au départ on ne savait pas si cela allait fonctionner. Pour les français, ces animaux étaient monstrueux et il s’y passait des choses tellement folles. Et en fin de compte, ce fut un succès gigantesque et tout le monde l’a imité. 


jeudi, juillet 10, 2014

RATATOUILLE A DISNEYLAND PARIS : Entretien avec le Directeur Créatif Roger Gould




M. Gould, pouvez-vous nous expliquer votre rôle en tant que Directeur Créatif Pixar pour les Parcs à Thème ?
Mon métier est à la fois merveilleux et étrange. Il s’agit d’une collaboration à plein temps avec Walt Disney Imagineering sur tous les projets impliquant les personnages et les histoires Pixar à travers l’ensemble des parcs Disney du monde. Ce qui fait que j’ai eu le grand plaisir de participer à la création de Cars Land à Disney California Adventure, Crush’s Coaster au Parc Walt Disney Studios et à beaucoup d’autres projets à travers le monde. C’est fantastique ; chaque projet ne ressemble à aucun autre !



Comment Ratatouille – L’Aventure Totalement Toquée de Rémy a-t-elle été créée?
Il y a six ans, Tom Fitzgerald, l’Imagineer en charge de tout le côté créatif de Disneyland Paris, a eu cette idée, cette inspiration, de donner vie à l’univers de Ratatouille au Parc Walt Disney Studios. Nous étions alors en train de travailler sur Toy Story Playland pour ce parc. C’était déjà une manière formidable et immersive de faire pénétrer nos visiteurs dans l’univers de Toy Story, et Tom s’est mis à réfléchir à la façon d’aller encore plus loin et d’ajouter encore davantage d’histoires immersives à ce parc. Ratatouille, le film, a eu un tel succès en France et en Europe que c’était le sujet idéal pour ce projet.

Bien sûr, tout l’attrait du film repose sur le fait qu’il a été tourné du point de vue d’un rat. Parce que c’est toujours amusant de rapetisser. Alors nous avons passé presque un an à expérimenter des choses en concevant cette expérience uniquement du point de vue physique, c’est à dire en faisant appel à des décors et des personnages gigantesques. Mais nous nous sommes rendu compte qu’il y avait des limites techniques à la vitesse à laquelle des objets de cette taille pouvaient bouger. Prenez la scène du film dans laquelle Rémy tombe des toits de Paris dans la cuisine de Gusteau, avec tous ses dangers. Nous voulions retrouver cette urgence et cette excitation, mais c’était impossible avec des éléments mécaniques. Ils bougeaient trop lentement. Alors nous en sommes venus à l’idée d’associer des décors réels géants (parce nous voulions que les visiteurs croient vraiment qu’ils sont réduits à la taille de rats) avec de l’animation 3D en relief dernier cri pour le monde de Ratatouille et ses personnages. Cela nous a permis de prendre le meilleur des deux techniques : d’un côté, un monde réel sur-dimensionné avec par exemple ces toits gigantesques, ces cheminées et cas balcons géants qui vous font réellement vous sentir tout petits, et de l’autre des écrans géants de dernière génération avec une animation en 3D bénéficiant de la plus haute résolution jamais utilisée chez Pixar, ce qui donne une clarté et des couleurs ahurissantes ! Cela nous a permis de donner véritablement vie à nos personnages, avec exactement la même vitesse et la même dynamique que dans le film.



Comment Ratatouille – L’Aventure Totalement Toquée de Rémy s’intègre-t-elle dans l’histoire du Parc Walt Disney Studios ?
Ce que Tom Fitzgerald souhaite en créant ces lands immersifs, c’est plonger totalement nos visiteurs dans les univers de nos film. Nos rêves les plus fous deviennent ainsi réalité, un peu comme lorsque le héros de Cinémagique rentre à l’intérieur de l’écran. Ici, c’est ce qui vous arrive physiquement. Vous pouvez réellement déambuler autour de la Place de Rémy et vous retrouver non pas simplement à Paris, mais dans le Paris de Rémy. C’est ainsi qu’en regardant tout autour de vous, vous pourrez découvrir plein de « Hidden Remys », un peu comme les « Hidden Mickeys », les Mickey cachés. Parce que nous ne souhaitions pas reconstituer le vrai Paris. Nous voulions recréer le Paris du film. C’est dans cet esprit que nous lui avons rajouté bon nombre de clins d’œil et de surprises pour vous rappeler qu’en fait vous vous trouvez dans le monde de l’animation.

Quel est le rôle de l’animation dans cette attraction ?
C’est ce qui apporte toute l’émotion de cette attraction en renouant avec les personnages du film, Rémy, Emile et tous les chefs, mais à une échelle que nous n’avions jamais tentée. C’est ainsi que nos écrans de projection sont tellement immenses que certains vous enveloppent littéralement pour vous immerger dans ce monde animé. J’ai dirigé les séquences animées ici à Pixar, et nous avons travaillé exactement de la même manière que lorsque nous faisons un film. Nous avons commencé par storyboarder l’ensemble de l’attraction. C’est une histoire très simple : Rémy nous accueille, nous, ses amis rats, pour un repas qu’il va nous concocter lui-même. Et tandis qu’il réfléchit au plat qu’il va réaliser, il tombe accidentellement dans la cuisine de Gusteau et nous entraîne avec lui. Nous devons éviter les multiples dangers de la cuisine et de la salle de restaurant pour nous retrouver finalement dans la cuisine de Rémy, prêts à déguster son plat dans son « Bistrot chez Rémy ».


Les créateurs du film original ont-il été impliqués dans l’attraction ?
Brad Bird, le réalisateur du film original, ainsi que John Lasseter sont venus travailler avec nous sur le storyboard car Brad a créé l’univers du film et nous voulions lui être totalement fidèles tant en matière de personnages que d’histoire. Il a vraiment adoré voir son film prendre ainsi vie. Il adore les parcs Disney et il a trouvé fantastique de voir son univers prendre corps. A partir de là, nous avons commencé à construire chaque scène. La grande différence d’avec un film d’animation, c’est que, normalement, un plan dure 3 à 4 secondes maximum. Dans l’attraction, le même plan devait durer de 30 secondes à 1 minute. Parce que le film correspond à ce que vous vivez en tant que rat.
Beaucoup d’animateurs du film original ont également participé à l’attraction, à commencer par le superviseur de l’animation Andy Schmidt. Ils nous ont apporté toute leur expérience pour renouer avec leurs personnages. Par exemple, Kristoff Vergne était Key Animator de Linguini sur le film, et comme nous avons de grands moments avec Linguini dans l’attraction, Kristoff l’a de nouveau animé. Je n’avais pas à le diriger parce que, Linguini, c’est lui ! Il le connaît par cœur, sous toutes les coutures ! Ce fut extraordinaire de voir tous ces artistes redonner vie à leur personnages !

Comme le dit Glen Keane, les animateurs sont de vrais acteurs avec un crayon !
Exactement ! Pour ces artistes qui ont participé au film, c’était comme retrouver de vieux copains ! Mais nous avions également des animateurs qui n’ont pas travaillé sur le film, et pour eux, ce fut comme rencontrer des célébrités ! Prenez par exemple Becki Tower, qui a animé Rémy pour l’attraction. Pour elle, ce fut un rêve devenu réalité !


Comment avez-vous réparti animation et décors réels dans l’attraction ?
Tout a été conditionné par les personnages. Chaque fois que notre histoire devait comporter un personnage, nous avons décidé de l’animer de sorte qu’il ait exactement la même énergie que dans le film. Par contre, chaque fois que nous avions besoin de faire croire à cet univers surdimensionné, nous avons construit de vrais décors. C’est ce qui rend un parc Disney unique : cette immersion dans un univers. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu construire physiquement le plus de choses possible et ensuite donner corps à cet environnement grâce à l’animation. Il n’y a pas d’un côté les personnages et de l’autre les décors. Les deux sont intimement connectés.


En effet, les décors sont essentiels pour les acteurs puissent s’exprimer dans les meilleures conditions !
Nous avons pu bénéficier non seulement des animateurs, mais également des artistes qui ont participé à la création du film original. Harley Jessup était le directeur artistique du film. Il nous a aidés à concevoir l’intérieur, mais aussi l’extérieur de l’attraction afin de capter tout l’esprit de ce Paris de dessin animé. Harley parle d’ « impression de sculpture à la main ». Parce que, pour lui, Paris est une ville chargée d’histoire. Tous ces bâtiments ont une histoire de plusieurs siècles, comme des œuvres d’art, des sculptures et non pas des objets industriels. Il a donc aidé les Imagineers architectes afin de faire en sorte que les bâtiments et tout le design de la Place de Rémy renoue avec cet esprit. Mais cela va plus loin. A la fin de l’attraction, vous arrivez au Bistrot Chez Rémy. On en a eu un aperçu dans le film, à la toute fin, quand Rémy débarque dans la cuisine, que Colette lui tend une assiette de ratatouille et qu’il y met la touche finale. Nous avons donc demandé à Harley d’imaginer le reste de la cuisine parce que nous voulions toute une scène à cet endroit. Il a donc conçu un décor complet que nous avons ensuite construit numériquement dans nos ordinateurs et peuplé de dizaines et de dizaines de rats cuisiniers ! C’est un vrai cirque ! Cela nous a permis de dépasser les limites du film original et de créer des choses que même les spécialistes du film n’avaient jamais vu !


Vous évoquez l’architecture parisienne, et il est vrai qu’il y a une véritable richesse culturelle dans cette attraction, à l’image de Disneyland Paris qui foisonne de références aux cultures européenne et américaine.
Quand nous avons démarré ce projet, nous savions que ce serait délicat. Nous voulions construire un morceau de Paris juste à côté du vrai Paris. Dans ces conditions, comment en faire un lieu unique et merveilleux et non pas une simple copie de l’original ? La réponse nous est venue du film et notamment d’Harley, vers qui nous nous sommes tournés pour comprendre comment il avait caricaturé Paris. Car ce que nous voulions, c’était rendre un hommage à Paris, le célébrer, lui faire une déclaration d’amour, dans l’esprit du parc tout entier, à la manière de Main Street, USA, par exemple, qui est un hommage aux petites villes américaines du tournant du siècle. Et je pense sincèrement que nous y sommes parvenus. Il y a quelques temps, j’ai demandé à des artistes français travaillant sur le projet ce qu’ils en pensaient, et ils m’ont répondu qu’ils étaient véritablement charmés, que cela leur faisait penser à ces cartes postales fantaisie de Paris. Nous n’avons jamais essayé de refaire Paris, mais plutôt de créer un Paris rêvé. C’est ce que nous voulions faire : permettre aux visiteurs de découvrir le Paris de leurs rêves.

Ce mélange d’art et de technologie remonte à Walt Disney lui-même.
Ce qu’il y a de fascinant chez Walt Disney, c’est qu’il était toujours à l’affût de nouvelles technologies pour lui permettre de raconter ses histoires de manières toujours nouvelles. Il ne recherchait pas la technologie pour la technologie, mais pour le potentiel qu’elle lui offrait dans son art. Pixar et WDI se situent dans cette même tradition. Chez Pixar, nous avons créé le premier long-métrage entièrement animé par ordinateur avec Toy Story, motivés par la passion de John Lasseter pour cette manière inédite de raconter des histoires. Et c’est la même chose chez WDI. Ratatouille- L’Aventure Totalement Toquée de Rémy en est le meilleur exemple, à travers notamment l’utilisation des Rat-mobiles. Cette nouvelle technologie sans rail nous permet de faire en sorte de transformer des véhicules en véritables personnages. C’est vraiment un rat. Et vous vous prenez tout naturellement pour un rat. Comme de vrais personnages, ils se déplacent de manière indépendante. Vous pouvez entrer dans une scène dans un ordre précis, puis en ressortir dans un ordre totalement différent. Cela nous a permis de vous plonger dans ce monde d’une manière totalement inédite. Toutes ces technologies n’ont qu’un but : nous permettre de raconter des histoires de manière chaque fois renouvelée.




Les Walt Disney Animation Studios travaillent depuis longtemps avec WDI. Votre collaboration est plus récente. Comment s’est passée la rencontre entre les artistes Pixar et les Imagineers ?
Merveilleuse, et ce pour une bonne raison : nous sommes jaloux les uns des autres ! Les artistes Pixar adorent les parcs à thème et rêvent de pouvoir créer des attractions, et les Imagineers adorent les films et rêvent de pouvoir en faire. C’est ce qui fait que nous adorons travailler ensemble. C’est un rêve qui devient réalité pour tout cinéaste. Chez Pixar, quand nous créons un film, nous le faisons en trois dimensions, mais uniquement par le biais d’un écran. Harley était à Disneyland Paris la semaine dernière pour visiter l’attraction pour la première fois et il m’a envoyé un message pour me dire à quel point il était enthousiaste. Pour lui, c’était incroyable de marcher réellement dans le film qu’il avait designé. C’est ce qui nous plaît dans cette collaboration : nous partageons avec les Imagineers cette même envie de donner vie à nos créations avec une véritable exigence de qualité. Nous ne construisons pas des attractions pour un week end ou même une saison. Nous construisons pour des décennies, pour les générations à venir. L’engagement et l’amour que chacun d’entre nous met dans son travail sont impressionnants. Pour l’Imagineer/Directrice Artistique Beth Clapeerton, qui a supervisé le projet sur place, chaque détail compte. Elle veut être sûre que, lorsque le travail sera fini, nous puissions être fiers du moindre détail. Et je pense qu’il y a vraiment lieu d’être fiers. Se promener sur la Place de Rémy rend vraiment les gens heureux !


Pour vous, qu’est-ce qui rend Ratatouille – L’Attraction Totalement Toquée de Rémy unique ?
Ce qui me passionne, c’est de pouvoir raconter une histoire en construisant un puzzle aussi complexe. C’est comme monter un automate dont tous les éléments sont animés. Et quand il est construit, qu’il fonctionne, vous oubliez toute la mécanique et vous ne retenez que cette histoire immersive qui vous permet d’aller en des endroits dont vous aviez simplement rêvé par le passé. Vous savez, chaque fois que nous lançons un projet dans un parc Disney, je me demande : « quelle est l’expérience du film la plus importante que j’aimerais vivre pour de vrai ? » Et sur Ratatouille – L’Attraction Totalement Toquée de Rémy, c’est pour moi la rencontre avec Rémy, sa passion, sa passion pour la cuisine, sa passion de la vie. Et si nous avons réussi à vous la faire partager à travers cette aventure, rien ne saurait me rendre plus heureux !

Un grand merci à Roger Gould, Chris Wiggum et Mathias Dugoujon !