jeudi, mars 31, 2016

LE BOSSU DE NOTRE-DAME - A NEW MUSICAL : Entretien avec le directeur musical Michael Kosarin



Avec cette nouvelle comédie musicale produite à New York et le CD qui a suivi, Le Bossu de Notre Dame confirme la place importante qu’il tient dans l'histoire de la musique, du dessin animé à la comédie musicale ?
Je l'ai toujours dit et je crois que c'est la pièce maîtresse d'Alan Menken et de Stephen Schwartz, dans tous les sens du terme. Je pense qu'il s'agit véritablement d'un chef d’œuvre classique, une œuvre de maturité des deux artistes.
Vous êtes vous-même un membre éminent de l'équipe d'Alan Menken. Pouvez-vous me dire comment tout cela a commencé pour vous ?
Tout cela est dû à Danny Troob, un bon ami et un collaborateur génial. À l'époque, je vivais dans le même quartier que Danny à New York. Il est un peu plus âgé que moi et était déjà installé et il m'a demandé de l'aider sur plusieurs choses. Nous sommes devenus amis. À un moment donné, lorsqu'il était question de créer le spectacle musical «Beauty And The Beast» vers le début de 1993, David Friedman, qui, en tant que directeur de la musique pendant des années, avait collaboré avec beaucoup de succès avec Alan, lui avait dit qu'il voulait prendre son indépendance et commencer sa propre carrière en tant que compositeur. Il n'était donc pas disponible pour créer «Beauty And The Beast» avec Alan. C'est alors que Danny a proposé mon nom à  Alan. Je suis allé à un rendez vous à Katonah (New York) où Alan vivait à l'époque.  Tout s'est très bien passé. Je pense que dès le départ, Alan a compris que nous nous retrouvions sur les points principaux de la musique, et que nous avions des goûts très similaires en musique classique et en musique en général. Je pense que c’est grâce à ça que  notre collaboration professionnelle a si bien fonctionné pendant toutes ces années. Et nous avons découvert cela dès le début. J’ai été embauché presque immédiatement.
J'ai été directeur musical et arrangeur sur Beauty And The Beast, et cela n'a été que quelques années plus tard, environ cinq ou six ans, qu'Alan m'a dit: « Ça se passe très bien, entre toi et moi, à partir de maintenant, tu seras mon directeur musical: absolument tout ce qui vient de ma part sera automatiquement à toi. En échange, je demande que nous discutions ensemble de tout ce que tu feras qui ne vient pas de moi pour voir s'il y a un conflit potentiel » Et c'est ce que nous avons fait au fil des ans. Ce n'était pas le cas quand il a obtenu le « Bossu ». Je crois qu'il a commencé à travailler dessus au début 1995 et j'étais alors de toute façon trop occupé avec toutes les versions internationales de « Beauty And The Beast ». Je pense que je montais alors 17 versions internationales pour ce spectacle, et j'étais à peu près à 100% du temps sur la route!
Selon la façon dont vous voyiez les choses à cette époque, qu'avez-vous pensé du « Bossu » quand il est sorti au cinéma?
J'ai eu la chance d'habiter à proximité de New York dans les années 60 et quand j'étais jeune, mes parents m'ont emmené aux concerts de Bernstein (un de mes rêves d'enfant était d'être chef d'orchestre de la Philharmonie au Lincoln Center, qui est maintenant devenu le David Geffen hall, et je l’ai finalement réalisé : j’ai donné le mois dernier une version de concert de « The Secret Garden » l'un des spectacles dont j'avais dirigé la musique dans les années 90. En tant que fan depuis l'enfance de comédie musicale, et de musique classique, je ne pouvais pas croire la chance que j'avais d'entendre ça. J'ai toujours été fan de la musique de Alan mais en entendant la musique du « bossu », la profondeur de la partition, de Bells Of Notre Dame, très influencé par la musique sacrée, à Out There, qui est, je pense  l'une des meilleures ballades jamais écrites, ou encore le charme de A Guy Like You ... il m'a complètement bluffé.
Le spectre stylistique et émotionnel de cette musique est en effet incroyable.
Vous savez, le ton de cette partition est encore en évolution. Son parcours est vraiment très intéressant. Elle a commencé, comme vous le savez, par un film d'animation, mais sur un sujet vraiment incroyable pour un film d'animation, car c'est une histoire très grave. Et si vous regardez la véritable histoire de Victor Hugo, cela finit de façon horrible, avec des squelettes en bas dans la crypte. C'est une histoire très adulte avec de la luxure et de la passion. Que cela finisse en film d'animation Disney pour enfants est quand même ahurissant. C'est presque comme dire: "Hey, il y a cette chose appelée Sweeney Todd. On pourrait en faire une comédie musicale animée pour les enfants !" Maintenant, pour coller au genre, c'est à dire le film d'animation - ils l'ont écrit de façon amusante, avec des plaisanteries, des personnages attachants comme les Gargouilles. Ils avaient la musique de « A Guy Like You », chantée par Jason Alexander et d'autres qui permettaient de  donner brillamment un ton de comédie. C'est ce qui a permis à l'histoire de fonctionner dans le film d'animation.

Puis, trois ans plus tard, comme vous le savez, nous sommes allés à Berlin pour créer une comédie musicale complète. À ce moment-là, nous allions vers un genre différent, bien entendu, celui du  théâtre musical. Pour ce faire, nous avons fait les changements que nous estimions nécessaires. L'histoire est devenue un peu plus sérieuse et un peu plus sombre, mais pas beaucoup. Esmeralda est morte, mais dans l'ensemble, nous avions encore un ton très similaire au film, en particulier avec les Gargouilles: nous avions conservé  a Guy Like You avec un ton très amusant pour conserver le côté léger.
Maintenant, pour cette toute dernière version qui vient de sortir, nous avons fait un véritable retour aux sources. Les Gargouilles ont plus de présence sur scène. Elles sont devenues le choeur, avec sept ou huit chanteurs, et représentent vraiment plus que simplement la voix intérieure de Quasimodo. On a supprimé A Guy Like You – j'aimais cette chanson, mais nous sommes dans une nouvelle version du spectacle. Nous ne sommes pas dans un genre de spectacle jovial, voir charmant. C'est vraiment une sorte d'exploration en profondeur de toutes ces passions. Le spectacle est très, très concentré sur ces sujets, et je dois dire que je pense que cela fonctionne incroyablement bien. La partition a également évolué au fil des ans, de même que ma propre écriture. C'est amusant ! je suis maintenant à un âge où je peux regarder ce que je faisais il y a 20 ou 25 ans et dire: "euh, j'aurais pu approcher ça de façon un peu différente". Je pense que lorsque vous êtes jeune vous voulez en montrer beaucoup et que quand arrive la maturité, la ligne principale est plus forte que la fantaisie des harmonies. Telle tonalité ne fonctionne finalement pas et il faut moduler... alors j'ai changé l'écriture au fil des ans, et ça a beaucoup évolué. Je pense que les gens vont vraiment s'asseoir et redécouvrir la partition. Toutes les personnes à qui j'ai joué la partition de Berlin l'ont adorée, mais maintenant que nous avons ce nouvel enregistrement que nous avons fait il y a quelques mois pour New York les spectateurs vont vraiment redécouvrir la partition. Le CD se vend extrêmement bien ici. On est à des niveaux très élevé sur I-Tunes, et très bientôt nous arriverons à la première place des Bandes Originales, ce qui est vraiment incroyable !
Quand il a été annoncé que le spectacle arriverait aux États-Unis depuis Berlin, certains craignaient qu'il ne devienne plus léger. C'est tout à fait l'inverse. Le spectacle a encore plus gagné en profondeur !
Oui, il est devenu plus sombre et plus profond. Nous voulions vraiment devenir plus fidèles à l'histoire originale parce que c'est une histoire plus intéressante. Il est normal que des choses mauvaises se produisent et que les gens soient poussés par leurs désirs plus ou moins sombres. C'est très intéressant et je suis content que nous l'ayons fait. C’est maintenant devenu un spectacle très mature, et je dois dire que nous recevons beaucoup d'attention des théâtres qui veulent utiliser cette nouvelle version. Je ne sais pas ce que sera la prochaine étape, mais je pense que nous monterons 11 ou 12 spectacles au cours de la prochaine année.

Comme arrangeur vocal vous avez aussi fait un travail incroyable, avec de nombreux styles différents, allant du chant gitan au chant vocal le tout réuni dans ce magnifique Entr'Acte.

Je vous remercie ! À un certain moment, lorsque nous travaillions à La Jolla, on m'a donné la mission d'écrire un entracte qui bien entendu, s'appuierait sur tous les thèmes d'Alan. La mission était intéressante: écrire un entracte a capella pour valoriser l'incroyable talent des chœurs. Je ne me souviens pas si c'était mon idée ou non, mais je pense que ça vient de moi, j'ai pris les thèmes et j'ai écris les paroles en latin, ainsi on n'entend aucune paroles anglaise pendant ce morceau. C'était très difficile d'obtenir ce que nous voulions juste avec un chœur, donc à un certain moment Michael Starobin a choisi de s’inspirer de Carmina Burana pour l'orchestre. Il complète parfaitement bien la mélodie du chœur. La durée était beaucoup plus longue au départ , mais nous savions que le public ne voulait pas s'asseoir pour écouter un morceau de plusieurs minutes, aussi je pense que la durée finale fonctionne bien. Ce fut un incroyable plaisir d'écrire ce morceau.
Une des grandes joies de travailler pendant ces nombreuses années avec Alan Menken est qu'il me permet d'écrire mes arrangements pour beaucoup de types de musique différents dont on lui passe commande, mais aussi de conserver mes compositions et ainsi conserver l’intérêt du travail. Par exemple, pour Galavant, j'ai produit jusqu'à 65 chansons sur deux ans et chacune était littéralement un type de musique différent, allant du doo-wop au tango en passant par des compositions de théâtre musical très spécifiques. De la même manière, sur le « Bossu », j'ai pu écrire une sorte de scène gitane dans une coloration européenne et d'autres scènes de musiques classiques de coloration plus théâtrale, ce qui est bien plus amusant. De nos jours, il est plus facile d 'effectuer des recherches sur les styles. Il suffit d'aller en ligne et de commencer à chercher et de passer de recherche en recherche. Je suis encore un étudiant. Je peux passer une journée entière à faire des recherches et à essayer d'aller au cœur de ce qu'est le son. Et c'est ce que j'ai fait. Et heureusement, le résultat qui en ressort est tout à fait évocateur de tous ces styles.

Avez-vous un exemple précis d'un morceau de musique qui vous a influencé ?
Sans aucun doute, Carmina Burana est la base de l’écriture chorale du Bossu. Mais je ne dirai pas que j'ai vraiment essayé d'utiliser tout ce que j'y ai entendu. C'est plutôt comme un Chef, qui consulte 30 ou 35 recettes pour essayer de trouver dans son esprit des idées pour une nouvelle recette. Vous ne pouvez pas vous diriger uniquement vers un plats de poulet ou de pâtes. Vous devez essayer de tous les mélanger dans votre esprit. Finalement le mixeur est votre esprit et vous en sortez quelque chose de nouveau !
Quel genre de références musicales partagez-vous avec Alan Menken ?

C'est difficile de pointer quelque chose en particulier. Chaque fois que je suis dans une voiture lorsqu'il conduit, et que nous écoutons une station de radio classique, il dit: «Oh mon Dieu, j’adore ça », et je dis « Moi aussi! ». Nous partageons une sensibilité. Il aime la musique française, et j'aime Ravel, Debussy, Saint-Saëns. Nous aimons aussi la musique romantique, Brahms, Beethoven, Schumann. Je pense que je tends pour ma part davantage vers le jazz, j'ai plus une histoire de jazzman, mais je ne pense pas qu'il partage nécessairement ce côté de ma sensibilité. C'est ainsi que j'ai apporté des éléments de jazz à la comédie musicale d’Aladdin, et je pense qu'il les a appréciés comme tout bon musicien.
En parlant de la comédie musicale d’Aladdin, elle a été un grand succès mondial.

Oui en effet. C'était à l'affiche sur Broadway il y a deux ans, et d'ici la fin de l'année prochaine, nous aurons six ou sept salles qui le présenteront. En plus de New York, nous avons des représentations à Hambourg et Tokyo, qui se passent parfaitement bien, et nous avons l'Australie et le West End qui le proposent cette année, avec des tournées qui se dérouleront l'année prochaine. Ce qui fait que je suis en voyage un peu partout pour superviser ces nouvelles productions.



Avez-vous été impliqué dans l'écriture de la pièce « A Bronx Tale » de Glenn Slater et Alan Menken qui vient juste de débuter au Paper Mill Playhouse?

J'ai vu « Bronx Tale » hier soir, et j'ai parlé à Alan à l'entracte et je lui ai dit: «Alan, je t'avoue que j'adore cette pièce », mais c'est comme une expérience de voyage hors du corps d'être assis dans le théâtre et d'écouter une musique d'Alan Menken  à laquelle je n'ai pas participé. Malheureusement, il n'y avait aucune possibilité pour moi de travailler sur cette pièce. Dès le départ du projet Ron Melrose était attaché au projet, et il a fait un travail superbe vraiment afin de tout arranger, associer les morceaux et superviser le tout, Donc, c'était amusant de regarder, mais en même temps très étrange!

En effet, actuellement vous travaillez sur le film de « Beauty And The Beast ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Je travaille depuis plus d'un an sur ce projet. Toutes les prises de vue sont terminées. Pour l'instant, nous nous dirigeons vers l'enregistrement des premières chansons pour le film. Nous avons travaillé de la façon suivante sur le film : nous avons d'abord enregistré les voix afin d'avoir des maquettes. A partir de ça, nous pouvons changer certaines choses comme les tempos. Évidemment, quand on travaille en numérique, on peut faire toutes ces choses. Enfin nous enregistrons l'orchestre. Donc, nous sommes allés à Londres le mois dernier pour enregistrer un orchestre de 92 pièces. Danny Troob a eu la chance de réinventer ses orchestrations pour les chansons existantes. Quant à moi, certaines des choses les plus difficiles, amusantes et enrichissantes que j'ai fait ont été de réarranger les musiques de la comédie musicale que j’avais composées avec Alan. J'ai associé d'une part le point de vue dramatique et d'autre part le point de vue musical. C'est ce qui me plaît tant dans la musique de film. Comment arriver faire ceci ou cela, ou  aller du point A au point B en donnant l'impression que le déroulement est naturel, d'un point de vue dramatique et émotionnel? Et donc, Alan m'a laissé faire ça pour la première fois sur un film, pour l'aider à écrire une partie de la partition. Donc, en ce moment je vérifie les chansons et la musique entre les chansons. C'est ce qui occupe la plus grande partie de mes journées en ce moment !


Merci à Scrooge pour sa traduction!

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