samedi, mars 19, 2016

LA FORET DE L'ENCHANTEMENT - UNE AVENTURE MUSICALE DISNEY A DISNEYLAND PARIS : Entretien avec le compositeur Gordon Goodwin et la parolière Lisa Goodwin

Comment le projet a débuté pour vous?  
Gordon Goodwin : Nous avons été contactés par Vasile Sirli, le directeur musical de Disneyland Paris, qui est venu nous voir à Los Angeles avec le metteur en scène du spectacle, Christophe Leclercq, et la productrice, Claire Salmon. Nous avons passé deux jours ensemble dans notre studio à étudier le script, à parler du spectacle et à lancer des idées. Travailler avec eux fut un plaisir de chaque instant.  
Lisa Goodwin : Vasile adore la musique de Gordon, et notamment ses arrangements pour le Big Phat Band. La signature musicale de Gordon est unique, et je pense que Claire, Vasile et Christophe ont été inspirés par ces sonorités. Ils étaient aussi enthousiastes que nous à l’idée de pouvoir travailler ensemble. Et quand une collaboration commence comme aussi bien, c'est bon signe !
Justement, comment s’est passée votre collaboration ?  
GG : Il est rare de collaborer avec des gens qui ont la même vision que vous. Et je peux vous dire que Lisa et moi sommes très souvent tombés d'accord avec les choix de Vasile et Christophe. Le travail avec eux a été particulièrement simple et naturel. Ils aiment autant ces chansons que Lisa et moi.
LG : Ils ont apporté beaucoup de joie et d'énergie à ce projet. Dès le moment où ils nous ont présenté le design incroyable de cette forêt, la scène était prête à accueillir notre musique.  

La musique a un rôle de guide tout au long du spectacle. Comment l'avez-vous envisagée?  
GG : Il est rare d'avoir l'opportunité de pouvoir travailler sur un spectacle dans lequel la musique a un rôle aussi crucial. Le plus souvent, dans les parcs à thème et encore plus dans le cinéma, la musique doit servir avant tout le visuel. Mais pour ce spectacle, nous pouvions vraiment nous libérer et créer des arrangements intéressants. Les chansons que nous avons choisies ont une histoire riche au sein de la Walt Disney Company, et notre rôle était de proposer aux Visiteurs une expérience musicale apportant une nouvelle dimension à ces chansons qui représentent déjà tant pour eux. 
LG : Gordon et moi avons une longue et heureuse expérience avec la musique de Disney et nous sommes reconnaissants chaque fois que nous avons l'opportunité de présenter des classiques, anciens ou nouveaux, d'une manière qui rende hommage aux versions originales, tout en les arrangeant d'une manière qui surprenne nos auditeurs.  

Pouvez-vous nous parler de la chanson originale qui sert de fil rouge à l'ensemble du spectacle ?  
LG: C'est la chanson d'Enchantella, la conteuse. C'est une sorte d'invitation musicale à la rejoindre dans son voyage à travers cette forêt enchantée. Nous l'avons imaginée de telle sorte qu'elle suscite la curiosité du public et l'envie de découvrir toutes les surprises qui l'attendent dans cet environnement.  

Vous avez écrit cette chanson conjointement. Comment se passe le travail en couple?  
GG : Lisa et moi écrivons des chansons ensemble depuis des années, ce qui fait que les choses se font très vite et très naturellement. Chacun connaît le style de l'autre sur le bout des doigts et, plus important encore, avec le temps, nous avons appris à travailler ensemble tant dans le mariage que dans l'écriture de chansons. A la base, j'écris la musique et Lisa les paroles. Mais dans la mesure où elle chante très bien, je lui demande son sentiment sur mes mélodies. Et de mon côté, je suggère un mot ici ou là. 
 LG : En général, Gordon me donne une démo instrumentale de la chanson. J'aime trouver une façon de m'exprimer à l'intérieur de cette structure, tout en incluant les concepts importants. Et en plus de me donner une magnifique base musicale sur laquelle travailler, Gordon me donne un coup de main dès que je butte sur un mot.
Quelles furent vos sources d'inspiration pour cette chanson?  
GG : Le magnifique décor du spectacle a été déterminant pour l'ambiance de la musique. Nous voulions une musique agréable qui donne de l'énergie, avec une petite touche dramatique. Et dans la mesure où notre chanson ouvre et ferme le spectacle, il fallait quelque chose qui reste dans le contexte des autres chansons. C'est ce qui fut le plus difficile à réaliser, car les musiques du spectacle sont toutes de styles très différents !  
LG : Tout dans les paroles devait accompagner cette forêt incroyable et ses transformations. J'ai été très inspirée par les dessins préparatoires de cette forêt sous toutes ses formes. Les costumes ont été la cerise sur le gâteau ! Le mystère, la curiosité, l'attachement à la terre : j'avais beaucoup d'éléments passionnants pour m’inspirer !  

Du côté des chansons Disney, comment êtes-vous parvenus à renouveler les classiques tout en conservant leur identité ?  
GG : C'est une question essentielle qui me préoccupe tout particulièrement en tant qu'arrangeur. Parce que je suis moi-même compositeur, j'ai le plus grand respect pour l'intention originale d'un confrère et je tiens à ne jamais la trahir. D'un autre côté, aurions-nous besoin d'un arrangement de “Let It Go” qui reproduise exactement celui du film ? Un spectacle scénique est inspiré d'un film, mais ce n'est pas le film, et je crois que la musique doit aller dans le même sens. C'est vraiment une question de goût : préserver les intentions du créateur original tout en les développant.  
LG : L'idée est d'amener l'original, qui est la référence du public, vers un autre niveau – ce qui est loin d'être facile ! De nos jours, les familles ont la possibilité d’écouter en boucle les partitions originales, qui ont demandé des heures de préparation et l'implication de centaines de musiciens. Conserver cela est essentiel. Si vous ne le faites pas, inconsciemment, le public suivra son cœur et fera le choix de ne pas retourner voir le spectacle. Mon but à moi est d'apporter une note de fantaisie et de magie aux paroles. C'est ce que j'aime dans les chansons des classiques Disney, et les arrangements de Gordon vont dans le même sens. Il excelle également quand il s'agit de partir d'un orchestre d'une taille donnée et d'arriver à lui donner une ampleur comparable à celle du film, de sorte que le public remarque à peine la différence. Cela contribue énormément au succès du spectacle.  

A quel type d’orchestre avez-vous fait appel ?
GG : La musique de ce spectacle est orchestrale par nature, mais il y a également du jazz et d’autres musiques rythmées comme pour Le Livre de la Jungle et Tarzan. Nous avons donc commencé par enregistrer la rythmique avec basse, batterie, claviers, guitare et percussions. Puis nous avons fait une autre session avec les trompettes, les trombones, les cors et les bois. Puis enfin les cordes. Les musiciens auxquels nous avons fait appel sont parmi les meilleurs du monde. Ils peuvent jouer tous les styles et déchiffrer une partition à la perfection. C’est toujours une émotion que de se trouver face à eux et de les diriger parce qu’ils font littéralement surgir la musique de la page et lui apportent des nuances incroyables. Cela nous a pris environ trois jours pour enregistrer les chansons du spectacle, puis deux jours pour les voix et enfin trois autres jours pour mixer le tout.
Vous connaissez bien les spectacles des parcs Disney, vous qui avez commencé vos carrières respectives dans les parcs Disney. 
GG : J’ai décroché mon premier emploi à Disneyland juste après ma sortie de l’université. C’est la meilleure chose que me soit arrivée ! C’est là que j’ai vraiment appris ce que c’était qu’être musicien professionnel. J’ai appris à jouer à mon meilleur niveau chaque fois que je montais sur scène. C’est également à Disneyland que j’ai eu mon premier contrat de compositeur. Nous avons noué des relations excellentes et durables. Je suis très fier d’être un petit rouage de cette extraordinaire compagnie. 
LG : En fait, je suis allée à l’Université Disney en guise d’études universitaires (rires). Ce qui veut dire que pendant que la plupart des étudiants faisaient leurs études, je commençais à travailler pour Disney. J’ai commencé à Walt Disney World en Floride en tant que performer. J’y ai appris énormément sur ce qui fait le succès d’un spectacle grâce à tous ses merveilleux créateurs, metteurs en scène, chorégraphes, performers, musiciens et équipes techniques que j’ai eu le privilège de côtoyer. Ce n’est qu’ensuite que je suis allée à Disneyland. 
GG : C’est d’ailleurs à la cafeteria des Cast Members de Disneyland que nous nous sommes rencontrés. Il n’y a pas de doute : Disneyland a changé nos vies !  
LG : C’était le destin !  

Forts de cette expérience, comment voyez-vous le rôle de la musique live dans un parc Disney ? GG : Bien sûr, en travaillant dans un parc Disney, vous voyez toutes ces attractions qui attirent et font rêver nos visiteurs, mais la musique live apporte un niveau de sens supplémentaire aux parcs. Elle apporte une forme d’intimité et de réelle connexion humaine quand les visiteurs s’arrêtent quelques instants pour écouter les orchestres des parcs. Il y a une différence évidente entre la musique live et la musique enregistrée, et je suis reconnaissant envers Disney de toujours croire à l’importance de la musique live dans l’expérience des visiteurs.  
LG : Absolument ! L’une des choses que Disney a faites depuis le début est d’intégrer la nostalgie dans la modernité. Quand vous associez performances live et attractions extraordinaires, vous créez une expérience sensorielle totale. C’est aussi une source d’inspiration pour les plus jeunes qui découvrent et réalisent tout ce qu’il est possible de faire quand le plaisir et le talent se marient. J’ai visité mon premier parc Disney à l’âge de 10 ans et c’est l’interaction avec la musique, les spectacles et les artistes qui m’a conduit à y revenir encore et encore !
Un souvenir en particulier de cette expérience dans les parcs Disney ?  
LG : Il y en a tant ! Mais une m’a particulièrement marquée, c’est quand un groupe de visiteurs a tenu à venir remercier notre « cast » pour avoir inclus la langue des signes dans notre spectacle sur la scène du Château de Walt Disney World. La surdité avait rendu leur visite un peu différente et la surprise de nous voir signer l’une de nos chansons est un souvenir très fort qu’ils n’étaient pas prêts d’oublier. Je suis si heureuse qu’ils aient souhaité nous faire savoir ce que cela représentait pour eux. C’est l’un de ces moments où l’on réalise que nous faisons plus que du divertissement, et c’est l’une des nombreuses raisons qui me font dire que mon passage à Walt Disney World est le moment où j’ai le plus appris.  

Un grand merci à Mathias et à Caroline !

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