samedi, octobre 13, 2007

LES COMEDIES MUSICALES DE DISNEY : Entretien avec Robert Lopez, le compositeur de Finding Nemo - The Musical

Une comédie musicale sur Le Monde de Nemo? L'idée peut paraître étonnante, voire sugrenue. Et pourtant... Le Pixar dédié au monde du silence, la moins explicitement musicale des productions d'Emeryville a fait cette année l'objet d'une version scénique qui repousse encore les limites de la comédie musicale à travers des nouveautés scénographiques et une invention dramaturgique sans cesse renouvelées.

Depuis le 24 janvier dernier, Finding Nemo - The Musical prend désormais ses quartiers en lieu et place du spectacle Tarzan Rocks!, au Theater in the Wild de Disney's Animal Kingdom à Walt Disney World.

C'est au jeune compositeur Robert Lopez (Avenue Q) et à son épouse, Kristen Lopez-Anderson, que Disney Creative Entertainment s'est adressé pour mener à bien cette périlleuse mission que de faire chanter des poissons clowns! Alan Menken était déjà parvenu à faire chanter des poissons "sous l'océan" : ce nouveau défi pour Disney ne pouvait être qu'un succès! Et c'est cette aventure que nous avons eu le plaisir d'évoquer avec Robert Lopez (à droite sur la photo, en compagnie de Jeff Marx).

Pouvez-vous nous parler de vos débuts artistiques ?
Je suis né à New York et j’ai étudié très tôt la musique. Dès l’âge de 11 ans, je savais que je voulais écrire pour le théâtre musical. Je suis alors allé à Yale et juste après, j’ai créé Avenue Q avec Jeff Marx, que j’avais rencontré au BMI Lehman Engel Musical Theater Workshop. Peu après, je me suis marié avec Kristin Anderson, que j’ai rencontrée dans le même atelier et qui excelle dans l’écriture de paroles de chansons. C’est à cette époque que nous avons été approchés par Disney pour Finding Nemo – The Musical.

Ce n’était pas votre première incursion dans le monde de Disney, je crois.
Non, j’avais participé à un spectacle qui n’a jamais vu le jour pour le Frontierland de Disneyland en Californie. C’était une rencontre entre Dingo et l’univers des pionniers, et notamment de Johnny Appleseed. Par exemple, Dingo avait subtilisé à Johnny son chapeau (en fait, une casserole, comme pour le savez) et ce dernier demandait au public où se trouvait son « pot ». Mais l’humour de ce spectacle ne fonctionnait pas à plein et il a été abandonné. C’est donc plus tard que Disney s’est tourné vers Kristen pour lui proposer d’écrire une comédie musicale adapté du Monde de Nemo, et Kristen m’a associé à ce projet.


Comment a débuté la création de cette comédie musicale ?
Nous avons commencé par écrire une chanson, une sorte de test pour voir si cela pouvait fonctionner, In The Big Blue World, qui a reçu un grand succès de la part des gens de Disney. Cela signifiait qu’il était possible de faire une adaptation de type « Musical » de ce film qui ne s’y prêtait pas à première vue. Nous avons beaucoup de respect pour la partition de Thomas Newman, et pour le film dans son ensemble, et ce fut vraiment un challenge que d’écrire une adaptation de tout cela. Nous avons voulu que In the Big Blue World soit un peu comme une transition entre le style de Thomas Newman et une approche très « Broadway » et très Disney, à la « Alan Menken ». C’est ainsi que les couplets sont plus « Newman » et les refrains plus « Menken ». Je vous avoue qu’avant de nous lancer dans cette aventure, nous avons beaucoup hésité car l’une des premières choses que l’on apprend en classe, c’est de ne surtout pas adapter un classique car on ne peut faire que moins bien ! Avec cette chanson, nous voulions faire un essai et voir si une approche différente pouvait marcher. Et il se trouve que la réussite de cette chanson nous a surpris nous-mêmes et a surpris Disney. Le plus amusant, c’est que c’est finalement la seule chanson que nous avons écrite qui n’a jamais été corrigée ou modifiée !

Comment se sont passés vos rapports avec Disney ?
Quand on vient de Broadway et qu’on se lance dans une collaboration avec Disney, on s’imagine que l’on va se retrouver face à une grosse machine commercial et que l’on va s’asseoir autour d’une table et prendre en note tous les desiderata des exécutifs. Or, nous avons été très surpris de voir à quel point Disney nous a fait confiance. Notre relation avec le metteur en scène Michael Jung et la responsable de Disney Creative Entertainment Anne Hamburger a été très personnelle, humaine et a participé d’une authentique démarche artistique. Finalement, ce ne fut pas très différent du processus que j’avais connu sur Avenue Q et l’ensemble de cette expérience fut un très grand plaisir !



Comment êtes-vous parvenu à adapter ce film très particulier à la scène ?
C’est mon épouse qui s’est plus particulièrement occupée du livret. En fait, elle a isolé les moments qui lui semblaient les plus importants et leur a donné des titres (dont la plupart sont toujours dans le spectacle). Elle a également eu l’idée de se concentrer sur l’histoire de Némo, et plus encore sur celle de Marlin. Ce fut assez difficile de trouver le bon timing car au début, il était prévu de faire un spectacle de 45 minutes qui finalement a dû faire 30 minutes. L’avantage de ce format, c’est que la musique vous permet de compresser le temps. Les chansons permettent d’éviter les dialogues, donnent beaucoup d’informations en un minimum de temps et permettent d’enchaîner d’une scène à l’autre très facilement. Par exemple, la chansonde Dory Just Keep Swimming couvre à elle seule 45 minutes du film !

Saviez-vous dès le départ que le spectacle serait basé sur des chanteurs maniant des marionnettes et exécutant parfois des acrobaties ?
Au moment de notre engagement, nous savions que Michael Curry était déjà sur le projet. Nous savions ce qu’il avait réalisé pour le musical du Roi Lion, et sa présence fut l’une des raisons pour lesquelles nous avons accepté de rejoindre Disney. La présence des marionnettes, le travail sur les ombres et les projections ont beaucoup affecté l’écriture du livret et nous a beaucoup inspirés. Par contre, nous ne savions pas que les acteurs devraient aussi voler et tournoyer et faire toutes sortes d’acrobaties en l’air comme s’ils nageaient. Ce qui fait que je n’ai pas pris cette donnée en compte en ce qui concerne la longueur des phrases musicales et la respiration. Le résultat est proprement étonnant et les chanteurs s’en sortent à merveille. Jamais je ne ferais une chose pareille ! (rire)


Comment se passe le travail en couple ?
Nous n’avions jamais travaillé ensemble sur un projet de cette taille auparavant, ce qui fait que ce fut une toute nouvelle expérience. Au départ, je vous avoue que nous étions inquiets car nous étions un très jeune couple, mais finalement, cela a donné à notre travail une dimension supplémentaire, d’autant plus que Kristen a écrit la majeure partie du spectacle pendant sa grossesse. Cela nous a rapproché et, je pense, a apporté plus d’émotion à cette production. Cela nous a permis de mettre davantage de nous mêmes, de notre vie, dans l’histoire que nous voulions raconter.

De fait, le thème de Nemo, Where’s My Dad, est le thème principal de votre comédie musicale.
En effet. On le retrouve un peu partout, depuis l’ouverture jusqu’à la reprise. Nemo, cet enfant et sa relation avec son père, c’est le cœur émotionnel du spectacle. Nous y avons beaucoup travaillé car, du fait du format très court dont nous disposions, il fallait garder le fil de l’histoire tout en passant par toutes sortes d’aventures et de rencontres. Nous avons donc fait en sorte que ce thème soit reconnaissable et qu’il revienne encore et encore tout au long de l’histoire.


Le mimétisme est encore plus fort quand on songe que c’est votre épouse et vous même qui interprétez les rôles de Dory et Marlin sur le cd disponible auprès de Walt Disney World !
Si ma femme a été actrice, mais moi, je n’ai jamais été interprète auparavant ! Le fait est que toutes nos démos ont été chantées par nous. C’est ce que les gens de Disney ont entendu en premier et c’est ce sur quoi nos chansons ont été orchestrées. C’est à partir de cette première version que le click (pour fixer le tempo pour les enregistrements à venir) a été mis en place. Ce qui s’est passé, c’est qu’au moment d’enregistrer l’album, nous n’avions ni le temps ni le budget de faire venir le cast, qui répétait alors à Orlando, à New York pour les enregistrements. Pour l’ensemble du cast, nous avons donc fait appel aux artistes qui avaient participé aux différents ateliers préparatoires à ce spectacle à New York et Los Angeles, mais les chanteurs qui avaient interprété Dory et Marlin étaient en tournée, et donc n’étaient pas disponibles. Le problème, c’est que nous n’avions pas de temps pour faire apprendre leurs parties à d’autres artistes. Or il se trouve que tous les gens de Disney avaient aimé notre interprétation sur les démos. Il ne leur fut donc pas difficile de nous convaincre d’assurer ces deux rôles pour le disque. Ce fut une question d’efficacité et de flatterie !

Les autres chansons optent en effet davantage pour l’humour, avec quelques clins d’œil très « Disney » comme l’introduction en forme de « barbershop quartett » de la chanson des requins, Fish Are Friends, Not Food, qui m’a rappelé celle de We Are Friends dans Le Livre de la Jungle.
Vous avez trouvé ! Il faut dire que la musique du Livre de la Jungle fait partie de mes préférées. Je voulais vraiment faire ce genre de clin d’œil et ce groupe de requins un peu bizarre me l’a permis ! La suite de la chanson est quant à elle plus proche du Chicago de Bob Fosse.


Comment avez-vous trouvé le bon groove pour Crush avec Go With The Flow ?
Je suis tombé sur l’un des derniers disques de Brian Wilson, l’un des fondateurs des Beach Boys, Smile. Cet album n’est jamais sorti tel quel durant les sixties, mais il y avait déjà Good Vibrations. A partir de là, j’ai été obsédé musicalement par les Beach Boys. C’est ainsi que Go With The Flow est devenue l’expression de ma passion pour la musique de Brian Wilson tant cet esprit correspondait parfaitement à Crush !

Est-ce que le fait de travailler sur Le Monde de Nemo a changé votre perception du film ?
Pour écrire cette adaptation, il a fallu voir et revoir des dizaines de fois le film et ce que nous avons découvert à cette occasion, c’est qu’on ne s’en lasse jamais ! C’est la marque des grands films. A chaque fois, on découvre quelque chose de nouveau tant il est riche. Nous avons également beaucoup appris de John Lasseter et Andrew Stanton lors de conversations que nous avons eues avec eux à propos du film. Ils n’ont pas compté leur temps pour répondre à nos questions et partager leur passion. J’ai découvert combien le film fut difficile à mettre en place, combien ils ont travaillé sur cette histoire et surtout combien le sujet était personnel pour Andrew. Je suis un grand fan de Pixar et de leur façon de travail : leur attention à la construction de leurs histoires et leur ouverture d’esprit. Toutes les informations sont partagées. C’est un véritable modèle de collaboration pour mon épouse et moi.


Dans la plus pure tradition Disney, votre comédie musicale est comme un pont entre Broadway et le monde du cinéma.
En effet, et cela se ressent également à travers notre méthode de travail. Il se trouve que notre orchestrateur principal était Martin Erskine, qui a beaucoup travaillé pour Disney et notamment pour les suites de classiques. Il a orchestré nos chansons non pas à la manière « Broadway », mais comme on le ferait pour une musique de film. A Broadway, on fait appel à l’orchestrateur un mois seulement avant la première. Il orchestre et si l’on s’aperçoit que quelque chose est à changer, il est déjà trop tard. Martin a préféré orchestrer nos chansons au fur et à mesure qu’elles étaient prêtes et en faisait immédiatement une démo au synthétiseur. Ce fut une manière beaucoup plus confortable de procéder. Martin a une expérience musicale très éclectique, et notre partition pour Nemo l’est tout autant. Nous avons donc été ravis de voir le son que nous espérions naître aussi rapidement et aussi magnifiquement sous ses doigts. Prenez In the Big Blue World : il a parfaitement compris ce passage entre le style de Thomas Newman et celui d’Alan Menken et l’a exprimé à travers une alternance entre les marimbas et les cors. C’est Chris Montan, Président de Walt Disney Music, qui nous a suggéré de faire appel à lui et nous ne le regrettons pas !


Que pensez-vous du fait d’introduire des comédies musicales dans le monde des parcs à thèmes Disney comme cela se fait aujourd’hui de plus en plus?
D’après ce qu’en je sais, la première comédie musicale à voir le jour dans un parc Disney était La Belle et la Bête aux Disney-Hollywood Studios d’Orlando et l’idée a été lancé d’aller encore plus loin en la matière. Dans le même temps, Julie Taymor a permis d’atteindre un plus haut niveau en matière de comédie musicale à Broadway avec le musical du Roi Lion. C’est un même mouvement. En ce qui concerne les parcs, j’avoue que je n’y allais pas beaucoup auparavant, mais finalement, je me suis aperçu que c’était un endroit merveilleux où aller en famille. Et aujourd’hui, ce qui est formidable, c’est que c’est là où, 365 jours par ans, des millions d’Américains de toutes générations ont leur premier contact avec le théâtre musical tant la qualité de ce que propose Disney est comparable à ce qui se fait à Broadway. C’est ainsi que nous avons abordé ce projet exactement de la même façon dont nous l’aurions fait s’il avait été produit à New York. Ni Kristen ni moi ne savions quoi que ce soit en matière de spectacles pour parcs à thèmes et nous ne nous en sommes même pas souciés. Nous avons travaillé comme si c’était un spectacle de Broadway. Je sais que Disney Creative Entertainment a encore beaucoup de projets passionnants de ce style en préparation, et j’aimerais beaucoup en faire partie !



With very special thanks to Tim Choy and Barbara Seinfeld!

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