jeudi, mars 06, 2014

ATLANTIDE - L'EMPIRE PERDU pour la première fois en HD : Entretien avec le producteur Don Hahn



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Don, vous avez été l’assistant-réalisateur de Woolie Reitherman sur Rox et Rouky. Quel souvenir gardez-vous de ce membre distingué des Nine Old Men ?
J’ai eu beaucoup de chance car, lorsque j’ai commencé à travailler au studio, un grand nombre d’animateurs comme Woolie, Frank Thomas, Ollie Johnston ou encore Milt Kahl étaient encore présents et j’ai énormément appris. Mais la chose la plus importante que j’ai apprise était la passion qu’ils mettaient dans leur travail. Ce n’était pas un hobby pour eux, ils n’étaient pas des dilettantes. Ils ont voué leur vie entière non seulement au dessin, mais à la création de cette animation qui fait la réputation de Disney. Ils étaient tellement passionnés par leur travail et cela occupait toute leur vie. Wollie a eu une très grande influence dans ma vie.

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai grandi avec Walt Disney, ce qui suscite un grand sens de l’héritage, pas seulement celui de Walt, mais celui de tous les artistes qui ont participé à ses films, ces hommes et ces femmes qui étaient passionnés par le fait de raconter des histoires et par l’animation en tant que forme d’art. Je m’inspire beaucoup d’eux et de leur travail. Cela m’aide à avancer et à créer de nouveaux films qui soient en même temps fidèles à cette tradition.


Comment présenteriez-vous personnellement Atlantide, l’Empire Perdu ?
Nous avons cherché à casser le moule. Nous avons réalisé plusieurs films musicaux sur des contes de fées et nous ferons toujours ce genre de film. Mais nous voulions essayer quelque chose de différent. C’est un film d’action et d’aventure en Cinemascope, ce qui est très rare pour nous. La musique est elle-aussi très différente. Personne ne chante, mais la musique est très héroïque et aide vraiment à la narration. D’un côté, c’est très nouveau, et de l’autre, c’est très familier dans la mesure où l’histoire renferme des éléments tout à fait traditionnels pour un film Disney comme l’héroïsme et le fait de dépasser des obstacles. Le personnage de Milo est tout d’abord un perdant ; il pense qu’il ne pourra jamais trouver l’Atlantide et en plus il n’est pas reconnu par la communauté scientifique. Bien sûr, à la fin, il réussit sur les deux tableaux : il découvre l’Atlantide et se comporte de façon très noble pour la sauver.

Atlantide évoque les films d’action et d’aventure de Walt Disney comme 20 000 Lieues sous les Mers ou Les Enfants du Capitaine Grant.
On y trouve toujours des histoires avec des héros, des opprimés ou des gens qui combattent des créatures bizarres comme dans 20 000 Lieues sous les Mers, Les Robinson Suisses ou L’Île au Trésor. Quelquefois, nous laissons un peu de côté les contes de fées, qui sont toujours associés à Disney. Walt Disney lui-même adorait les films d’aventure. Lorsqu’il produisit son premier film en prises de vue réelles dans les années cinquante, ce fut L’Île au Trésor, et il y a un royaume entier à Disneyland appelé Adventureland. Il aimait vraiment ce genre de films ! Dans les années cinquante-soixante, les studios Disney étaient bien connus pour ces films. Nous avons voulu non seulement retrouver l’esprit de ces films, mais en même temps apporter à cette tradition un grand nombre des nouvelles techniques du cinéma moderne.


Le traitement d'Atlantide est très proche d’un film en prise de vue réelles, avec une atmosphère et une force uniques. Comment en êtes-vous venu à un tel traitement de l’animation ?
Nous avons été évidemment inspirés par un grand nombre de films que nous avions vus, mais nous ne voulions faire redire ce qui avait été dit par les prises de vue réelles. Nous voulions faire ce que seule l’animation peut faire. Dans sa mise en scène, dans ses couleurs et dans sa technologie, nous voulions produire une vision sublimée, un degré au-dessus de ce que l’on peut voir en prises de vue réelles. D’un point de vue stylistique, nous voulions créer quelque chose de proche de la bande-dessinée, un peu comme un roman graphique. De la même façon que La Belle et la Bête est comme un livre d’histoires pour enfants qui s’anime à l’écran, le film est comme une BD en mouvement. Nous n’avons pas décidé de faire un film proche des films en prises de vue réelles, nous avons décidé de faire tout ce que ce genre de film peut faire, avec des personnages et des mouvements de caméra captivants, tout en portant tout cela à un autre niveau dans lequel les personnages et les décors seraient caricaturés et sublimés d’une façon que seule l’animation peut produire.

Avec La Belle et la Bête (adapté du conte de Madame Le Prince de Beaumont), Le Bossu de Notre-Dame (tiré de Victor Hugo), et Atlantide, l’Empire Perdu (inspiré par les romans de Jules Verne), la culture française semble avoir une grande importance dans votre travail.
Les européens apprécient particulièrement l’animation. Toutes les autres parties du monde sont bien évidemment intéressantes, mais les racines de l’animation viennent de l’Europe. Walt Disney lui-même a fait venir des artistes européens pour qu’ils travaillent sur le style de Blanche-Neige et les Sept Nains et Pinocchio et une grande partie des histoires que nous racontons ont leurs racines en Europe. Mais, plus important encore, le public européen sait vraiment apprécier les arts graphiques. Par exemple, en Amérique, ce sont les enfants qui collectionnent les bandes-dessinées ; on considère que ce n’est pas pour les adultes. Au contraire, on peut marcher dans une rue de Paris et entrer dans une boutique de bandes-dessinées remplie d’adultes qui achètent ces « romans graphiques ». Ils savent apprécier les images et l’art d’une façon vraiment unique parce qu’ils font partie de la culture européenne. Le style et l’approche que nous avons choisis pour le film sont quelque chose que les Européens ont toujours apprécié.Atlantide a été également fortement inspiré par Jules Verne. Le premier livre que nous avons utilisé était d’ailleurs Voyage au Centre de la Terre. Même si l’histoire du film est différente du livre, on y retrouve tout de même son écriture et son sens de l’aventure ; ce qui fut très important dans la création d’Atlantide.

Ce fut votre troisième collaboration avec Kirk Wise et Gary Trousdale, qui ont réalisé parmi les plus beaux films Disney. Comment les avez-vous rencontrés ?
Je les ai rencontrés à l’époque où nous cherchions des réalisateurs pour La Belle et la Bête. Ils venaient de terminer un court-métrage qui avait reçu un très bon accueil et nous avons décidé de leur donner leur chance dans la réalisation. Ils ont prouvé qu’ils étaient non seulement de bons conteurs, mais aussi très drôles, avec un grand sens du divertissement et de la comédie et un grand sens des personnages. Ce que j’aime le plus dans le fait de travailler avec des artistes comme Kirk et Gary, c’est leur talent à raconter des histoires. Chaque décision qu’ils prennent, que ce soit concernant les costumes, la mise en scène ou les couleurs, est toujours au service de l’histoire, et je pense que c’est leur force en tant que réalisateurs.


Comme le montre encore aujourd'hui le succès de La Reine des Neiges, les chansons sont une des spécificités de l’animation. Pouvez-vous nous expliquer l’approche particulière d’Atlantide en la matière ?
Nous voulions demeurer fidèle au genre « film d’action-aventure » et il nous aurait semblé bizarre d’avoir un groupe de personnages voyageant au centre de la Terre qui s’arrêterait pour chanter une chanson ! Nous nous sommes donc concentrés sur les personnages et sur les scènes d’action. Il est d’ailleurs amusant de penser que les scènes d’action du film remplacent presque les chansons car, dans une comédie musicale, ce sont les chansons qui font progresser les personnages vers un autre niveau, elles les catapultent en avant, les personnages se développent à travers les chansons. Dans un film d’action comme Atlantide, les personnages se développent à travers les scènes d’action et avancent dans l’histoire en traversant ce genre de scène. C’est un genre très différent et nous voulions lui être fidèles en ne lui imposant pas de force des chansons qui ne lui auraient pas convenu.
 
Ce que je recherche, c’est que le public oublie qu’il regarde un film d’animation. On n’a pas besoin de lui rappeler qu’il s’agit d’animation. Les meilleurs dessin-animés vous font vraiment oublier qu’il s’agit d’animation. On se sent alors tellement concerné par les personnages qu’on oublie qu’il s’agit de dessins. C’est là que réside la force de l’animation. J’aime le fait que James Newton Howard a composé sa musique sans se préoccuper de savoir s’il s’agit d’une musique de dessin-animé ou de film en prises de vue réelles. Il a tout simplement composé la partition qu’il pensait la plus appropriée pour le film. Si, après avoir vu le film vous vous dites : « c’était un fabuleux film d’animation, j’ai adoré la technique », tout va bien, mais pendant que vous regardez le film, je voudrais que vous vous sentiez impliqué émotionnellement dans l’histoire.

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Cette sortie en HD montre que le film n'a pas pris une ride !

Je pense qu’il faut mettre cette réussite sur le compte d’une véritable collaboration. L’équipe qui a réalisé Atlantide est une combinaison de grands talents. De plus Gary, Kirk et moi-même avons une longue expérience ensemble. Nous avions le désir très fort de produire quelque chose de vraiment nouveau, quelque chose qu’on n’avait jamais vu auparavant. Cela implique un risque, nous pouvions très bien échouer et faire quelque chose qui ne soit pas aussi passionnant. Mais il y avait en même temps une chance de porter quelque chose de nouveau à l’écran. C’était notre objectif pour Atlantide : emporter le public là où il n’a jamais été, visuellement et musicalement et faire de ce film une expérience cinématographique très spéciale. Mais ce succès est véritablement entre les mains du public, c’est la seule chose que nous ne pouvons contrôler ! Nous faisons des films aussi bons que possible, mais c’est en dernier ressort le public qui décide de son succès.
Que ce soit pour les films animés traditionnellement ou générés par ordinateur,  tant qu’il restera de bonnes histoires à raconter, il y aura toujours des films d’animation. Les gens aiment la fantaisie que permet l’animation. On peut donc ressortir un film d’animation dix ans après et il peut toujours être accepté et aimé du public. C’est une chose propre à l’animation.  Si on ressortait de la même façon des films en prises de vue réelles d’il y a dix ans, je ne pense pas que le public aurait la même réaction. Il y a quelque chose d’intemporel dans l’animation, c’est pourquoi je pense que son avenir sera brillant. Il y aura toujours des hauts et des bas dans le marché, des succès et des échecs, mais les gens voudront toujours voir des dessins-animés.

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