lundi, juin 11, 2007

PIRATES DES CARAÏBES - JUSQU'AU BOUT DU MONDE : Entretien avec le chef de choeur Matt Dunkley

Une musique de pirates ne serait pas une vraie musique de pirates sans chanson... de pirates! Hans Zimmer l'a bien compris quand il a composé avec Gore Verbinski le désormais célèbre Hoist the Colors. Véritable chant de ralliement de la piraterie, de la mer des Caraïbes à la mer de Chine, il est en fait interprété par Metro Voices de Londres (Ray, The Island, Pirates des Caraïbes - Le Secret du Coffre Maudit, 300...). Un ensemble dirigé pour Jusqu'au Bout du Monde par l'orchestrateur et chef d'orchestre Matt Dunkley, qui nous parle de cette partition pas comme les autres, offrant une large place au chant choral.
Pouvez-vous nous tracer les grandes lignes de votre parcours ?
J’ai commencé dans le métier en tant qu’orchestrateur, principalement pour le compositeur Craig Armstrong. Nous avons fait pas mal de films ensemble, comme Moulin Rouge, Love Actually, Ray, World Trade Center et nous venons tout juste de terminer The Golden Age. Cela fait maintenant dix ans que nous travaillons ainsi, que j’orchestre ses musiques et qu’occasionnellement je les dirige lors des sessions d’enregistrement. Je travaille également avec le compositeur de Bollywood A. R. Rahman, avec qui j’ai fait cinq ou six films, et qui participe également à The Golden Age (une situation très intéressante que d’avoir deux de ses principaux compositeurs sur le même film !). Il y a aussi John Murphy, pour qui j’orchestre et je dirige, et plus récemment Hans Zimmer, pour qui je dirige seulement.

Comment avez-vous fait la connaissance de Hans Zimmer ?
Ce fut par l’intermédiaire d’un ami, Geoff Foster, qui est ingénieur du son en chef aux studios Air de Londres (photo). Nous avons fait pas moins de trente films ensemble et il m’a recommandé auprès de Hans. J’ai été également recommandé à Hans par les superviseurs de la musique des agences qu’il a fondées à Londres à l’époque où il dirigeait Media Ventures. J’avais participé à quelques projets pour eux (j’avais notamment enregistré quelques samples pour la banque de sons de ses studios, et j’ai travaillé avec Nick Glennie-Smith, l’un des proches collaborateurs de Hans) et ils ont pensé à moi quand il s’est mis à la recherche de chœurs anglais pour ses films.

Quelles furent les demandes de Hans Zimmer en matière de chœurs pour Pirates des Caraïbes – Jusqu’au Bout du Monde ?
Nous avons fait appel à un agent spécialisé dans les chœurs, Jenny O’Grady, et qui s’occupe des Metro Voices. C’est un ensemble de chanteurs rompu à la musique de film (notamment les James Bond) et dont les membres sont aussi très impliqués dans le répertoire classique, et notamment baroque. C’est ce qui l’intéressait. Il aime le son des chœurs européens et particulièrement des anglais. Ils sont également très aguerris en matière de déchiffrage à vue de partition et cela fut très utile considérant le timing très serré dont nous disposions entre les enregistrements orchestraux de Los Angeles et les enregistrements choraux ici à Londres. Nous avions un chœur de 48 chanteurs (12 sopranos, 12 altos, 12 ténors et 12 basses) que nous avons enregistré dans la galerie des studios Air de Londres. C’est une ancienne église(photo) reconvertie en studio d’enregistrement et qui bénéficie d’une acoustique fantastique. Les sessions étaient pilotées depuis Los Angeles, ce qui fait que nous devions enregistrer le soir en raison du décalage horaire. A l’autre bout du fil, il y avait Hans, mais aussi Nick et parfois des cadres de Disney qui faisaient leurs commentaires et demandaient des ajustements ici et là. Ce fut très intéressant comme processus !


Quelles furent les difficultés de cette partition du point de vue de l’écriture des chœurs ?
C’est une partition assez difficile, notamment parce que certaines sections sont écrites de la même façon que les parties de cordes. De fait, le contrepoint, l’enchevêtrement des voix est très complexe à réaliser vocalement. En cela, l’expérience de certains chanteurs –et plus particulièrement chanteuses- dans le répertoire baroque et ancien a été très appréciable. Je pense notamment à Catherine Bott, qui est très connue des baroqueux en tant que soliste internationale. Ces chanteuses peuvent chanter des notes très aigues sans avoir un vibrato très présent, et c’est précisément ce que Hans recherchait sur ce film qui comporte bon nombre de parties vocales très éthérées, très atmosphériques, très fantomatiques, en particulier dans les scènes se déroulant dans l’antre de Davey Jones. Je repense à ce plan magnifique dans lequel on voit la jonque de Sao Feng voguer jusqu’aux confins du monde sur cet océan gelé. Je n’arrêtais pas de demander « moins de vibrato ! », notamment dans les contre-uts, comme gelés et mystérieux, presque en voix blanche. Il y a quelque chose des Planètes de Gustav Holst, là. Et je pense que le résultat final fonctionne très bien.


On ne distingue pas vraiment de paroles.
En effet. Ce sont que des syllabes : « i », « o », « na », « ma », « ni », « ka »… Cela donne l’impression que le chœur chante un texte, mais rien qu’on puisse reconnaître. Cela ajoute à cette idée de mystère liée à ce lieu aux extrémités du monde. Si nous avions eu des paroles, cela aurait certainement affecté cette ambiance.


Au niveau de l’articulation, Hans Zimmer nous avait confié que, sur Pirates des Caraïbes, il voulait que ses cordes jouent à la façon « rock ». Qu’en est-il pour les chœurs ?
Dans la mesure où nous devions parfois doubler les cordes, ce fut le cas. Dans ces parties, le chœur chante sur des voyelles. Ce fut assez difficile car les Metro Voices sont habitués à chanter avec beaucoup d’élégance et là, la partition et les magnifiques démos de Hans nous invitaient à quelque chose de plus brutal. Les hommes chantent habituellement de façon très ronde et Hans n’arrêtait pas de demander quelque chose de plus organique, plus primaire, presque tribal. Il fallait imaginer que ce sont des pirates qui chantent ! Pour ces morceaux, il fallait qu’ils oublient qu’ils étaient des chanteurs classiques ! Ce fut très amusant.


Aviez-vous les images au moment de diriger ?
La plupart du temps, j’avais les images. Ce n’était pas forcément le montage final car le film a été remonté de nombreuses fois avant la version définitive, mais cela apporte une référence très utile à l’interprétation. Je pense à toutes ces scènes d’action impressionnantes, avec tous ces effets sonores et ces dialogues. Voir le film vous pousse vraiment à vous dépasser afin que la musique trouve sa place dans ce déferlement d’images et de son.

Le film s’ouvre et se ferme sur une voix d’enfant. Comment se sont passés les enregistrements ?
En fait, nous avons enregistré plusieurs garçons et avons envoyé les bandes à Los Angeles afin qu’ils puissent faire leur choix. Dans la séquence d’après générique, il y a ce garçon qui chante… un air que les fans des parcs Disney reconnaîtront et apprécieront. C’est une scène vraiment poignante. Or il se trouve que le jeune qui chante cela dans le film avait un accent trop américain alors que les créateurs du film voulaient un accent anglais. C’est la raison pour laquelle nous avons réalisé les enregistrements ici. Ces garçons venaient du chœur de la Cathédrale Saint Paul, et cela a posé le même problème qu’avec le chœur car ils chantaient de façon trop pure ! Il a fallu leur faire imaginer qu’ils n’étaient plus ces choristes parfaits des chœurs anglais, mais de jeunes pirates ! Cependant, leur formation très poussée leur a permis d’être au meilleur niveau quant à l’intonation et au tempo. Le reste fut de l’interprétation.


Pouvez-vous nous parler de votre interprétation de Hoist The Colors ?
C’est un thème magnifique. Nous en avons enregistré une version assez longue d’environ sept minutes car Hans aime enregistrer de véritables suites de chacun de ses thèmes. Il nous a demandé que ce chœur d’hommes sonne comme les chœurs de l’Armée Rouge : avec un gros son, avec des voix de poitrine profondes.

Comment avez-vous enregistré ces chœurs, si loin de l’orchestre ?
Du point de vue du tempo, nous avions un click-track. Sinon, dans le casque, nous avions un mixage de la partition. Parfois, c’était une démo, parfois c’était l’orchestre lui-même qui venait d’être enregistré à Los Angeles deux ou trois jours auparavant. Nous n’avions pas la démo des chœurs car cela aurait troublé les chanteurs. Par contre, ils avaient un retour de ce qu’ils chantaient en temps réel. Le chœur était réparti en trois groupes, droite, gauche et milieu, afin d’avoir une image stéréo optimale, chose que l’équipe de Los Angeles a beaucoup apprécié. Nous avions des plages allant jusqu’à six minutes à enregistrer, mais tout a été fait par petits morceaux afin d’avoir un résultat vraiment parfait.

Vous avez également enregistré certaines parties de cuivres.
C’est exact. Parfois, ils n’avaient pas assez de temps à Los Angeles ou bien n’avaient pas pu avoir l’interprétation qu’ils désiraient. Alors ils m’ont demandé d’enregistrer certaines parties supplémentaires de cors. Il faut dire que Hans aime beaucoup le son des cuivres anglais, et tout particulièrement celui des cors, qui sont largement mis à contribution dans cette partition !

Combien de temps ont duré les enregistrements des chœurs ?
La première session a eu lieu à la fin de février et, dans la mesure où la musique était écrite au fur et à mesure, les enregistrements ont été étalés dans le temps à raison de deux sessions en moyenne par semaine. Cela nous a conduit jusqu’au 10 avril. C’est une partition immense pour un film immense (9 bobines).

Qu’est-ce que cette expérience représente pour vous ?
Cela ne fait jamais de mal de travailler avec Hans Zimmer ! (rires) C’est l’un des plus grands compositeurs de musique de film de notre temps. Pirates des Caraïbes – Jusqu’au Bout du Monde était ma première collaboration avec lui et j’espère vraiment pouvoir renouveler cette expérience!

6 Comments:

Anonymous marie said...

Bonjour,
est-il possible de trouver une partition de "hoist the colors"?

3:11 PM  
Blogger Jeremie NOYER said...

Oui, Marie. Elle est publiée dans le songbook de POTC 3 chez Hal Leonard, disponible sur amazon.com: http://www.amazon.com/Pirates-Caribbean-Worlds-Easy-Piano/dp/1423451066/ref=sr_1_10?ie=UTF8&s=books&qid=1217424196&sr=8-10

3:24 PM  
Anonymous Anonyme said...

serait-il possible de trouver toutes les partitions de pirates des caraïbes 3
et si possible aussi le 1 et 2 merci d'avance!

3:34 PM  
Blogger Jeremie NOYER said...

Les trois partitions sont disponibles chez Hal Leonard sous de multiples formes. Vous pouvez vous renseigner auprès du site halleonard.com ou, si ce sont les songbooks que vous recherchez, ils sont très aisément disponibles sur amazon: http://www.amazon.com/s/ref=nb_ss_gw?url=search-alias%3Daps&field-keywords=pirates+of+the+caribbean+songbook
Merci

5:37 PM  
Blogger mariecarodu78 said...

Bonjours,
Je cherche la partition de Pirate de Caraïbes pour cor d'harmonie(jusqu'au bout du monde) qui est accompagné d'un solo pour cor.
Merci d'avance

2:29 PM  
Blogger Jeremie NOYER said...

Chez le même éditeur, dans les partitions orchestrales: http://www.halleonard.com/search/search.do?subsiteid=1&keywords=pirates+of+the+caribbean+world+end

6:01 PM  

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home