vendredi, mai 18, 2007

LA PARADE DES RÊVES DISNEY A DISNEYLAND RESORT PARIS : Entretien avec le compositeur Vasile Sirli

Il est de tous les événements essentiels de la vie de Disneyland Resort Paris. Ses musiques résonnent encore à nos oreilles, rythmant non seulement les saisons du parc mais nos propres vies -de Noël au Carnaval en passant par Halloween- tant ses mélodies font désormais partie du répertoire.
Son expérience et son imagination ont permis des trésors de virtuosité dans l'accompagnement musical des différentes parades du parc Disneyland, superposant les thèmes Disney, associant les mélodies comme nul autre pour nous faire pénétrer en musique au coeur du rêve.
Vasile Sirli est aujourd'hui sur Media Magic pour nous parler de la splendide partition qu'il a conçue pour les différents mouvements la Parade des Rêves Disney, en parallèle de la production de Just Like We Dreamed It.
Musique, Maestro!


Comment avez-vous imaginé le concept musical de la Parade des Rêves Disney ?
On part toujours d’un titre. Le concept, c’est le rêve. La musique a donc suivi ce concept littéraire en mettant en valeur les rêves de chaque char, de chaque chapitre de cette présentation des rêves Disney. De plus, un certain nombre de choses devaient être prises en compte comme le fait qu’il y a au moins deux sujets par char et que toutes les données de leur construction dramatique, titre et films, devaient être traduites en musique. Cela a donné lieu à une approche inédite dans le sens où il a fallu combiner la dimension « rêve » avec la spécificité de chaque char. Il fallait aussi considérer le fait que cette musique de parade devait avoir deux parties : une pour le déroulement de la parade et une autre pour le spectacle, avec l’interactivité avec le public. A partir de là, il a a fallu faire le lien entre la chanson des arrêts, très dynamique, magnifiquement écrite par Sunny Hilden et la musique des chars, basée sur les thèmes classiques Disney. Et considérant la grande quantité de musiques à gérer, il fallait en même temps ne pas noyer chaque thème et chaque type d’expression dans l’ensemble. Chaque musique devait respirer et avoir la même importance que les autres. De fait, les figures imposées étaient tellement nombreuses que c’était un défi comme je les aime.

Comment avez-vous résolu ces problèmes artistiques ?
La musique ne pouvait être pensée autrement que sous forme de grand medley. Pour ce faire, je suis très vite arrivé à l’idée d’une structure musicale assez concentrée qui permette de passer de la musique d’un char à l’autre pratiquement sans s’en rendre compte. En d’autres termes, chaque char a sa propre musique, relayée par les haut-parleurs des bâtiments, qui changent de musique en même temps que le char passe. L’effet doit être le même à n’importe quel endroit du parc, où que se trouvent les visiteurs. Nous avions déjà utilisé ce genre de technique il y a quinze ans pour la toute première parade, ainsi que pour la Parade de Noël « Casse-Noisettes », mais cette fois, nous avons poussé les choses un peu plus loin en renforçant la richesse sonore et émotionnelle de la musique grâce à la technologie mise en œuvre pour cette parade.


Comment avez-vous exprimé la dimension « rêve » de cette parade ?
J’ai imaginé des arrangements assez feutrés. Cela ne veut pas dire que nous avons tout joué lentement ou que nous avons mis des sourdines aux violons. Mais il se trouve que cette musique dégage une certaine douceur, avec un regard tendre, une tendresse qui s’installe sur toute la parade, malgré le fait qu’il s’agit bien d’un spectacle de rue puissant. Seulement, je n’ai pas traité cette parade comme les autres du point de vue de l’interprétation, et je crois que cela l’a profondément enrichie. En fait, j’ai demandé au chef d’orchestre et orchestrateurs Steve Sidwell, aux musiciens du Royal Philharmonic Orchestra, aux choristes de Londres et aux instrumentistes soliste d’exprimer un sentiment de bonheur. Comme si on avait les yeux grands ouverts sur le rêve et le désir de partager cette chaleur et ce bonheur de la musique Disney. C’est un peu la même chose que lorsqu’on demande à un chanteur de chanter en souriant. Ainsi, la forme de la bouche rend un son plus ouvert, plus cristallin, et cela se transmet sur la bande, cela se ressent, comme à travers la parole de quelqu’un qui s’exprime en souriant à la radio. C’est ce type d’interprétation que nous avons privilégié. Je crois que cette démarche a été très bien comprise par tous nos collaborateurs, des ingénieurs du son aux artistes, et je pense que cela se ressent à l’écoute. Ensuite, il y a dans les medleys de petits jingles qui apportent cette notion. Il y a par exemple un jingle When You Wish Upon A Star, et un autre avec des clochettes qui apporte de la pétillance, et ce même pour le char des Rêves de Pouvoir avec les Vilains de Disney. Même dans les moments dramatiques, il y a toujours cette suggestion du rêve.

Le rêve est également suggéré par la chanson de Sunny Hilden. Comment le lien se tisse-t-il entre la chanson et les medleys ?
La chanson apparaît en début de parade, et elle est si accrocheuse, si « catchy » comme disent les américains, que les visiteurs ne peuvent que se rappeler du gimmick du refrain. Et dans chaque medley, on retrouve un jingle qui rappelle cette chanson.


Comment Just Like We Dreamed It apparaît-elle dans la parade.
On entend déjà la chanson quelques minutes avant le démarrage de la parade, juste après l’annonce des 5 minutes d’attente, sous sa forme cd. Ensuite, après la Dreamy Overture qui accueille la parade, on retrouve les medleys entrecoupés par la chanson lors des différents arrêts. Là, Just Like We Dreamed It apparaîtra sous sa forme «parade », pour une durée d’environ 2’40. Enfin, juste après le dernier char et la valse Once Upon A Dream de Tchaïkovski qui fait écho au concept de la parade, on retrouve la chanson pour une conclusion festive.

Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de musique.
En effet, les medleys sont enrichis par les voix chantées, mais aussi par les voix parlées Certains personnages Disney ont été assez aimables pour accepter de participer à nos enregistrements : une vingtaine en tout, qui ont enregistré en français et en anglais. Mickey & Minnie, Princes et Princesses, petits et grands méchants : ils ont tous répondu présents pour enregistrer de petits dialogues ou de petites chansons, autant d’interventions qui participent de la grande richesse de cette parade, dans un sentiment de musique sans fin, en continu.


Concrètement, comment avez-vous rendu possible le passage d’un char à l’autre ? Chaque medley dure 2 minutes et sur ces 2 minutes, on peut passer à un autre char à n’importe quel moment de la musique. Un char met environ une minute pour passer devant vous. A ce moment, on peut imaginer par exemple qu’il se situera à la 30e seconde de sa mélodie et il sera donc passé à 1’30 de son medley. Eh bien, à ce moment, comme à n’importe quel autre moment, on pourra passer à n’importe quel moment de la musique d’un autre char, et l’enchaînement se déroulera sans qu’on s’en rende compte. Ce qui rend les choses encore plus compliquées pour harmoniser tous ces chars, c’est le fait que chaque rêve est –au moins- double.


Commment cela ?
On pourra avoir 30 secondes du premier sujet, puis 30 secondes du second, puis on reviendra au premier, pour finir par le second. Parfois, les thèmes se superposent également. Vous savez que c’est quelque chose que j’adore faire ! Il peut y avoir jusqu’à quatre thèmes superposés. Je pense que cela va rendre la parade plus riche encore pour ceux qui vont revenir la voir. J’ai essayé d’avoir la plus grande variété possible en termes de tempo, de mélodies, etc. de sorte que chaque expérience soit unique et ne ressemble pas aux autres, en fonction du lieu où l’on se trouve, de Main Street à Central Plaza, et même du côté de la rue où l’on se trouve. Ce sera différent à chaque fois. Or, j’insiste bien sur le fait que cette complexité musicale ne doit être ressentie par le public qui est sensé en profiter en toute simplicité, sans se poser ces questions. Il s’agit avant tout de partager un moment de fête simple et agréable.


Comment se passent les arrêts de chars ?
J’ai conçu ma musique en me basant sur les possibilités techniques dont nous disposions ici à Disneyland Resort Paris. Il fallait pouvoir faire les arrêts où l’on veut, de sorte d’offrir le meilleur spectacle à nos visiteurs. Pour ce faire, chaque section de medley de 30’ possède sa propre coda, une phrase de conclusion, que l’on peut déclencher à n’importe quel moment de la parade. De cette manière, chaque section peut avoir un vrai finale pour arrêter le medley en beauté et laisser la place à l’interaction. Concrètement, cela veut dire que, pour les 7 chars, j’ai composé 28 codas différentes. Peut-être qu’on n’entendra jamais les 28 car on peut imaginer que le hasard voudra que les chars ne s’arrêtent jamais au niveau de la section 2 par exemple, mais plutôt au niveau de la section 3. Toutefois, cette opportunité existe et ce sera le contexte qui décidera de comment les choses vont fonctionner.


Cela représente un travail gigantesque !
C’est riche, c’est complexe, mais je pense que les nuits sans sommeil ont valu la peine car cela marche. Nous avons fait des tests, et cela tombe juste !

Comment se décide la structure d’une parade comme celle-ci ?
Il y a toute l’expérience que nous avons acquise au cours des années autour des différentes parades. Rappelez-vous la Parade du Monde Merveilleux de Disney. C’était déjà le même type de concept. Pour la Disney ImagiNations Parade, c’était l’inverse : on avait la chanson pour le mouvement des chars et un medley pour les arrêts. La structure de la parade actuelle est le fruit de la réflexion de notre équipe, ici à Disneyland Resort Paris. C’était une volonté commune d’avoir une approche musicale la plus riche possible. Et je me rappelle que l’une des premières questions que nous nous sommes posés a été de savoir comment on pourrait se baser sur ce que nos visiteurs ont découvert et apprécié dans nos précédentes parades et rendre la Parade des Rêves Disney encore plus enthousiasmante. La décision finale est ainsi arrivée très vite. Ce qui a pris le plus de temps, c’est de constituer la liste des chansons qui devaient être traitées dans les medleys.


Justement, comment avez-vous fait votre choix parmi les centaines de thèmes Disney ?
Tout d’abord, il fallait prendre en compte le fait que nous disposions d’une durée limitée pour utiliser les différents thèmes dans les medleys, en raison de la complexité de la chorégraphie et du fonctionnement de la parade. Il fallait donc que l’on choisisse des thèmes qui se reconnaissent très vite, sans avoir besoin d’être développés. C’est la raison pour laquelle il n’y a aucune introduction : on entre directement dans le thème. Ensuite, j’ai voulu prendre le temps de la réflexion pour choisir les airs qui parlent le plus aux gens, qui correspondent aux goûts du public, car j’estime que je ne détiens pas la vérité en la matière –et de toute façon, j’aime toutes les musiques Disney et je suis ouvert à tout !-. C’est ainsi que je procède toujours pour construire mes medleys. Par exemple, à Noël, je suis allé voir des collègues anglais pour leur demander quelle était pour eux la chanson qui incarnait le plus cette fête ; même chose pour les allemands, pour les français, etc. Pour cette parade, je suis donc venu voir Katy Harris, sa créatrice. Je lui ai demandé d’imaginer que nous n’avions pas deux minutes, mais une demi-heure, voire tout un film à mettre en musique et de me faire une liste de 8 à 9 chansons qu’elle aime pour chaque char. Il se trouve que, dans certains cas, j’ai tout utilisé (mais là, il faut bien écouter pour reconnaître toutes les allusions) ! Au contraire, j’avoue que j’ai été deux fois obligé de renoncer à un thème car je me suis rendu compte que, dans la durée que je me suis imposée, il fallait que je modifie trop le tempo (trop lent ou trop rapide) pour pouvoir les intégrer dans le medley et les marier avec d’autres mélodies. D’une part, je ne voulais pas utiliser des moments moins connus de ces mélodies et d’autre part, je ne voulais pas dénaturer la qualité des mélodies originales. J’ai donc été très exigeant sur ces choix.

Le premier char, celui des Rêves de l’Imaginaire, rassemble les personnage Disney « VIP » sans se référer à un film précis. Cela vous a-t-il apporté davantage de liberté dans le choix des thèmes traités ?
Certainement. Nous avons voulu avoir une approche plus générique, bien que les thèmes choisis proviennent malgré tout de films. Mais il y a des musiques qui sont tellement universelles qu’elles ont la capacité de s’affranchir de leur film d’origine pour devenir génériques. C’est ainsi que nous nous sommes tournés vers When You Wish Upon A Star, qui sert d’ouverture à tous les films Disney. On retrouve également Just Like We Dreamed It, en version « grand orchestre ». Il y a aussi Minnie’s Yoo-Hoo, mais arrangé de façon un peu plus royale, un peu plus « princesse », sans pour autant pasticher le style classique ou baroque. Enfin, j’ai voulu terminer avec Zip-A-Dee-Doo-Dah, que l’on associe plus aux parcs, à la journée magnifique que l’on peut y passer, qu’à Mélodie du Sud, et qui a ce côté festif, cotillons et serpentins, qui correspondait bien à l’esprit de notre célébration.

On connaît votre respect et votre admiration pour le travail de vos collègues compositeurs des chansons des films Disney. Comment êtes-vous parvenu à conserver à chaque thème son intégrité à l’intérieur de chaque medley. Par exemple, pour le char de l’amitié, le monde très tendre de Winnie n’est pas vraiment proche de celui, très animé et très jazzy de Toy Story.
Le char des Rêves de l’Amitié est tout-à-fait caractéristique de mon approche. Déjà, je tiens à préciser que j’ai toujours eu l’idée de changements de tempos et d’ambiance dans mes medleys. Je n’ai jamais envisagé de faire une musique sur un tempo unique du début à la fin. Ce n’est pas une musique de base sur laquelle on greffe des thèmes. C’est beaucoup plus riche et diversifié que cela. Ensuite, pour un char comme celui que vous évoquez, je me suis avant tout poser la question de savoir quelle était la couleur de l’amitié. Pour moi, l’amitié c’est une sorte de camaraderie jazzy. Il n’y a là aucune condescendance. Au contraire, on est sur l’échange, le partage entre copains. On retrouve très bien cette idée dans la musique de Randy Newman, qui instaure dès les premières notes ce type de relation. Chez Winnie, c’est un autre type de camaraderie, un peu plus feutrée. Cela m’a pris quelques temps pour mettre le sujet sur papier car il a fallu déterminer quelle était l’idée que je devais rapprocher de l’autre, sans que je la trahisse. J’ai finalement décidé d’une part d’utiliser la chanson de Tigrou du film Les Aventures de Tigrou et d’écrire une version jazzy de la chanson de Winnie. Ainsi, le Big Band fait le lien entre tous les thèmes, mais en même temps, j’ai fait très attention à ce que la chanson de Winnie soit très reconnaissable, notamment à travers l’utilisation du chœur.


Le choix de la chanson de Tigrou, Whoop-De-Dooper Bounce, montre bien l’éventail très large de thèmes et la grande culture Disney qui ont inspiré cette parade.
C’est vrai que nous avons été très ouverts. Cela vient également du fait que la vision de Katy Harris a été très large. Elle domine vraiment très bien le sujet et fait preuve d’une connaissance impressionnante des mélodies Disney. C’est d’autant plus net avec Winnie dans la mesure où nous avions déjà travaillé ensemble sur le nouveau spectacle de Fantasy Festival Stage, dans le Parc Disneyland.

De la Princesse Minnie du premier char aux Princesses Disney du dernier char, la boucle est bouclée de façon toujours aussi harmonieuse.
Depuis les magnifiques costumes de Sue Lecash aux décors sublimes d’Yves Ollier, le tout sous la direction de Katy Harris, c’est notre rôle de rendre cette harmonie, d’offrir au public la quintessence de Disney. Bien sûr avec un brin d’humour et plein de clins d’œil, mais le tout dans un esprit positif, de façon très « bon enfant ».

Sur le single de Just Like We Dreamed It, Bruce Healey est crédité à vos côté en tant que producteur exécutif.
Je pars du principe qu’il faut travailler dans des conditions de confiance totale. C’est la raison pour laquelle, pour produire la chanson de Sunny Hilden, j’ai fait appel à la très aimable et extrêmement compétente participation de notre ami Bruce Healey, le directeur musical du parc de Californie. Je l’ai appelé car Sunny et lui habitent la même ville et ont déjà travaillé ensemble sur la Eureka Parade de Disney’s California Adventure. Je tenais donc à avoir la participation de Bruce pour la relation avec Sunny dans le développement de la chanson, et je crois que c’est ce que tout le monde aurait fait dans ce cas de figure.


Comment avez-vous organisé les différents enregistrements des musiques de la parade ?
Il y a d’abord eu un travail en amont de l’enregistrement avec Sunny sur la structure et le but de la chanson, les paroles, les différentes versions (cd et show-stop) qui sont très proches si ce n’est qu’il y a un peu plus d’énergie dans le show-stop. Katy Harris a également été très présente lors de ce processus, notamment sur les paroles. De mon côté, j’ai eu à canaliser les forces musicales et artistiques dans la direction voulue par le concept de la parade : il fallait que cela reste rêveur, mais énergique car il s’agit d’un spectacle de rue. Nous nous sommes donc partagé le travail avec la Californie en attaquant à peu près en même temps le travail sur les medleys. Puis les choses ont évolué assez rapidement car il nous fallait la chanson assez tôt. Cette dernière a été enregistrée au mois de septembre pour qu’on puisse baser le développement des medleys dessus. Pour cet enregistrement, Bruce Healey m’a conseillé de faire appel à Marco Marinangeli, un arrangeur-producteur qui a une forte expérience Disney et pop. Nous avons travaillé la chanson dans son studio et Marco a fait preuve d’une fantaisie et d’une générosité musicale exemplaires. Pendant ce temps, j’ai continué à écrire pour l’orchestre avec l’idée d’enregistrer avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres car il y a un certain esprit des orchestres anglo-saxons vis-à-vis de Disney ; il y a une participation différente de celle des musiciens d’Europe Centrale. Je reviens à cette idée de confiance et de bien réaliser le travail.


Comment avez-vous choisi l’orchestrateur de votre musique ?
Il y a un an, j’écoutais avec ma famille un disque dans ma voiture et je me suis dit que cet orchestrateur pourrait bien travailler avec nous, car je voulais quelqu’un qui vienne avec une sorte d’énergie nouvelle dans cet échange compositeur-orchestrateur. En écoutant ce disque, Swing When You’re Winning, enregistré avec un véritable big band, je me suis dit que je devais absolument l’appeler pour lui demander si cela pouvait l’intéresser de travailler avec nous. C’était en avril 2006. Entre temps, ma réflexion avait avancé quant aux couleurs que je voulais pour cette parade, sachant que je ne voulais pas qu’elle ait une couleur pop du début à la fin, ni d’une couleur jazz, ni Disney, ni cinéma. Je voulais des couleurs différentes, mais avec un dénominateur commun, le style. J’ai donc commencé à faire les maquettes, à écrire les arrangements, à mettre sur papier le concept et les détails de la structure pour bien fixer les choses. Une fois cela terminé et que j’ai construit une image globale de ce que je voulais faire, j’ai contacté Steve Sidwell et j’ai été très heureux qu’il accepte de travailler avec nous. Ce qui l’a intéressé, c’était d’être associé à un projet pas très commun. Je lui également parlé de la possibilité d’enregistrer à Londres, et nous nous sommes aperçus que la meilleure periode pour nous serait de le faire au mois d’octobre. A partir de là, je lui ai envoyé mes premiers arrangements fin-juin début-juillet, puis les autres au fur et à mesure que je les avais finis. Nous avons donc travaillé en parallèle, un peu comme en musique de film. En ce qui concerne l’enregistrement, nous nous sommes appuyé sur son expérience de terrain, dans la mesure où il connaît pas mal de musiciens haut de gamme à Londres. Car nous avions besoin, comme dans tous nos enregistrements, d’un grand orchestre classique avec une grande puissance, un grand son et un grand savoir-faire, dans le but, notamment, de développer une couleur particulière pour toutes les références « british », Peter Pan, Mary Poppins et Alice. Mais nous avions également besoinde musiciens de jazz, de pop et des instruments ethniques, flûtes et percussions, pour Le Roi Lion et Le Livre de la Jungle, pour le char des Rêves de l’Aventure. Mon but n’était pas du tout d’apporter une couleur pop à la Robbie Williams à cette parade, mais je voulais collaborer avec des musiciens qui aient une grande ouverture d’esprit. Des gens capables de passer du jazz à la pop et qui aient envie de toucher au classique pour faire un peu de Moussorgski, un peu de Tchaïkovski et un peu de musique de film, même si le classique ne faisait pas partie de leur parcours au départ. Et Steve Sidwell est de ceux-là. Au final, je suis ravi d’avoir travaillé avec Steve et ses amis. Car c’est vraiment toute une famille (y-compris son épouse, qui a chanté dans les backing vocals) qui l’entoure et qui a eu plaisir à partager cette expérience.

Comment se sont passés les enregistrements londoniens ?
Merveilleusement bien. Cela s’est passé dans les Angel studios de Londres, avec les 80 musiciens du Royal Philharmonic Orchestra captés par ce merveilleux ingénieur du son qu’est Steve Price, dans une ambiance d’impatience, de tension, de concentration, mais aussi d’émotion, parce qu’on a toujours envie que cela se passe le mieux possible. Mes collègues de Paris étaient là, également, et tout c’est très bien passé. Dans la confiance, comme je vous le disais tout à l’heure. Et puis, à la fin de l’enregistrement, il y a eu la cerise sur le gateau. Les managers sont venus me voir, en présence de tout l’orchestre, pour me demander la permission de jouer un fragment ou la partition de cette parade lors d’un de leurs concerts, au Royal Albert Hall, le 1er juin prochain. Imaginez-vous, après une semaine de vie commune et de grande exigence quant à l’interprétation, cette demande de la part d’un ensemble du niveau du Royal Philharmonic Orchestra a été comme un bouquet final, un témoignage de l’appréciation de ces musiciens d’exception. J’ai été très ému et je suis très reconnaissant envers cet orchestre et envers toute l’équipe qui a travaillé sur ce projet, du chef d’orchestre aux copistes. J’espère maintenant que le public va ressentir le bonheur que nous avons eu de faire cette musique.

Qu’en est-il maintenant de l’aspect vocal de la parade ?
En fait, après l’enregistrement de l’orchestre, nous avons fait une pause de quelques jours avant d’enregistrer ces voix. Pour ce faire, nous avons passé deux jours dans la même ambiance de bonheur et de confiance. Après cela, nous avons écouté le résultat et Katy Harris a finalisé les textes des personnages qui ont été invités ensuite à enregistrer des dialogues pour la parade. Certes, des textes avaient été écrits pour les personnages dès le concept de la parade, mais l’énergie, le rythme et la richesse de la musique ont imposé un soin encore plus grand de la part de l’auteur afin de s’intégrer au mieux dans la musique sans la noyer. C’est la raison pour laquelle nous avons étalé les enregistrements des dialogues, en français et en anglais : deux personnages un jour, d’autres un autre jour. Et après chaque session, nous gérions l’intégration avec la musique. A Paris, nous avons travaillé avec deux ingénieurs du son : Michael Obst pour ce qui est de la musique pure et Sylvain Chesneau pour les voix de personnages. Ce fut un travail très délicat et cet étalement des enregistrements nous a permis de garder une certaine sérénité vis-à-vis de l’intervention de chaque personnage. N’oublions pas qu’au fur et à mesure que nous avancions de ce côté, nous travaillions avec l’équipe audio (et ce depuis un an et demi à deux ans) qui s’occupe du système technique, du support de diffusion de la musique, et que dans le même temps, nous devions finaliser les bandes pour les répétitions avec le cast, le chorégraphe, etc. Ainsi, nous avons eu l’enregistrement de la chanson en septembre, l’orchestre en octobre, les voix au début de novembre, on a fait le mixage de la musique et des voix chantées au début de décembre, en finissant juste avant Noël, pour faire les enregistrements des voix de characters fin décembre – courant janvier. Tout cela s’est passé de façon concentrée du point de vue artistique, mais pas tendue du point de vue moral, ce qui est très important pour nous. Enfin, jusqu’au lancement de l’anniversaire, nous avons affiné la bande pour la rendre la plus riche possible. C’est un grand bonheur car tout ce que nous avions prévu sur le papier fonctionne à merveille, de la musique au système audio.

Pouvez-vous nous parler du nouveau système audio utilisé pour la parade ?
Le parc s’est en effet doté d’un nouveau système qui permet de rendre toutes les anciennes parades possibles et de faire en sorte que la nouvelle parade puisse fonctionner avec la nouvelle structure. L’ensemble apporte un son nouveau, avec une vivacité et une fraîcheur bienvenues. Toute l’équipe audio avec les gens du poste central de contrôle de la parade ont fait un travail formidable. Nous avons échangé des idées et affiné ce système pendant des mois pour qu’il corresponde finalement à tous nos besoins. Puis je leur ai présenté ma partition en leur demandant si le système allait rendre possible ses spécificités et comment je pouvais présenter la musique pour exploiter au maximum les possibilités du nouveau système. J’ai eu la même attitude qu’avec un nouvel instrument de musique. Quand j’écris pour un instrument en particulier, j’entre en collaboration avec le soliste pour voir si ma musique lui correspond techniquement et si elle est assez expressive pour lui. Quand je compose des œuvres pour violon solo ou piano solo, l’opinion de celui ou celle avec qui je collabore est très importante pour moi. Ce fut la même chose ici, avec ce nouveau système audio, et avec une simplicité et une compréhension tout-à-fait exemplaires. Puis nos ingénieurs du son sont entrés en relation avec ceux du système pour affiner chaque détail de la musique finale de sorte que le système sera opérationnel le jour J. Pour ce faire, nous avons beaucoup répété la nuit, ce qui fut très agréable : imaginez-vous la magie du parc dans le soir sans les visiteurs. Ce fut des moments très beaux.


En quoi consistent les modifications apportées ?
C’est l’ensemble du système qui a été actualisé. Déjà, dans le poste de diffusion de la parade, le centre de contrôle duquel les musiques sont envoyées aux chars, c’est un nouveau logiciel qui gère l’ordinateur central et donc tout l’aspect musical et technique. Il y a aussi le système audio embarqué sur chaque char qui est d’une nouvelle génération et qui doit répondre à toute une série de desiderata : comment le système de chaque char reçoit et diffuse la musique au niveau des amplis, des haut-parleurs, etc. Il y a une géographie évidente du char, mais il doit aussi y avoir un positionnement par rapport au public : plus bas, plus haut, plus à droite, plus à gauche. Quelle puissance pour le haut-parleur de Pinocchio, de Mary Poppins, de Scar, etc… Tout cela demande une coordination parfaite entre tous les intervenants, et la technique permet vraiment d’affiner tout cela. Vous imaginez bien que dans la rue, il est impossible de retrouver les conditions optimales de diffusion que vous pouvez trouver dans un studio ou même à la maison, si vous avez du matériel performant. Chaque théâtre, aussi, a ses caractéristiques, et le son change en fonction de votre place. Ce qui fait que, pour avoir une qualité de son optimale compte-tenu de la situation dans laquelle se déroule la parade, il faut remixer, refiltrer le son en fonction de la place du haut-parleur : s’il se trouve derrière de la végétation ou derrière la robe magnifique d’une princesse, à chaque fois, c’est une autre sonorité, qu’il faut harmoniser avec l’ensemble. Comme vous vous en rendez compte, il y a une foule de paramètres très subtils à gérer et notre système nous le permet de façon tout à fait satisfaisante.


On n’imagine pas cette complexité devant l’évidence et la magie de cette parade.
Se mettre en avant en disant : « vous entendez comme c’est compliqué ? », cela ne m’intéresse pas du tout. Ma plus grande satisfaction, c’est quand les gens ne se rendent pas compte de cette complexité et qu’ils profitent pleinement de la magie.

Photos (c) Disney ainsi que Luc et Krystof, avec nos remerciements.

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