samedi, mai 26, 2007

LA PARADE DES RÊVES A DISNEYLAND RESORT PARIS : Entretien avec l'orchestrateur et chef d'orchestre Steve Sidwell

Que ce soit pour une musique de film ou pour une musique de parade, c'est la même chose. C'est le fruit d'une collaboration plus ou moins étroite entre un compositeur, ses thèmes, son style, ses esquisses, et d'un orchestrateur, chargé de mettre tous ces éléments en forme, c'est-à-dire effectivement jouable par un orchestre, au besoin en y glissant une petite touche personnelle.
C'est ce qui s'est passé entre Vasile Sirli, Directeur de la Musique de Disneyland Resort Paris et Steve Sidwell, pour la Parade des Rêves Disney.
Le concepteur de cette fantastique architecture musicale a ainsi demandé à l'arrangeur et chef d'orchestre britannique bien connu (Moulin Rouge, Le Monde de Némo -Beyond The Sea-, etc) d'apporter de nouvelles couleurs aux orchestrations du parc.
Une rencontre au sommet entre deux très grands artistes que nous raconte Steve Sidwell.

Comment définiriez-vous le rôle d’un orchestrateur ?
Mon rôle est de créer des textures musicales et d’embellir des morceaux de musiques préexistants. J’apporte des couleurs et des émotions particulières en jouant sur l’orchestration, que ce soit avec un orchestre symphonique ou un synthétiseur.

Vous avez également dirigé la musique de la Parade des Rêves Disney. En quoi consiste le travail d’un chef d’orchestre ?
Il s’agit de donner à l’orchestre une idée de la vitesse, des sentiments, des émotions et de la dynamique souhaitée. Pour moi, c’est un peu comme être le capitaine d’un bateau. Il faut faire en sorte que tout le monde travaille ensemble, dans le même tempo, représenter la dynamique d’un morceau à travers votre langage corporel et s’assurer que le texte (notes et phrasés) est respecté. En bref, c’est vous qui êtes en charge de l’orchestre et qui devez le guider à travers la partition.


Comment en êtes-vous venu à cette carrière ?
J’ai fait des études musicales à Londres. J’ai principalement appris la trompette, mais nous devions maîtriser à peu près tous les aspects de la musique dans notre cursus. Puis j’ai travaillé avec un certain nombre de groupes pop. J’ai commencé par écrire des arrangements pour cuivres, puis pour cordes, avant qu’on me demande d’arranger des morceaux dans leur totalité. Ce fut progressif et en aucune façon une progression délibérée… ma maman continue de souhaiter que j’aie un vrai métier !

Vous êtes connu, notamment, pour votre participation à Moulin Rouge. Pouvez-vous nous en parler ?
En fait, je n’ai pas eu un rôle si important que cela. J’ai arrangé quelques chansons. J’avais déjà travaillé avec Craig Armstrong par le passé et il a pensé que j’étais la bonne personne pour s’occuper de l’écriture des cuivres. Ce fut un processus très intense dans la mesure où le réalisateur, Baz Luhrmann, s’implique dans chaque aspect de ses films. Il m’a donné certaines orientations en termes d’atmosphère et d’enthousiasme. C’est quelqu’un de très dynamique et qui m’a beaucoup inspiré. Il y avait beaucoup de monde impliqué dans ce film, mais il est très fort pour obtenir le bon résultat de la bonne personne.




Vasile Sirli a fait appel à vous après avoir entendu vos arrangements pour l’album de jazz de Robbie Williams, Swing when you’re winning. Comment les avez-vous conçus ?
Je n’ai pas révolutionné l’orchestration du swing. Elle existait sous cette forme depuis longtemps déjà. Mais j’ai adapté la musique d’une façon qui corresponde à Robbie qui était connu uniquement en tant qu’artiste rock. J’ai été très inspiré par sa personnalité et par son énergie. J’ai essayé de mettre la même énergie dans ma façon d’orchestrer, mais aussi de diriger l’orchestre.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le projet de la musique de la Parade des Rêves Disney ?
J’ai été contacté par le biais de mon agent par Vasile Sirli. Il m’a dit qu’il avait apprécié le nouvel album de Robbie et qu’il pensait que mon style correspondrait bien aux ambitions de la nouvelle parade de Disneyland Resort Paris. J’ai été très honoré d’être contacté par Disney. Je suis depuis longtemps un fan. J’ai vu presque tous les films et j’ai visité les parcs à thème de Paris et de Californie avec mes enfants. Ce qui me plaît chez Disney, c’est qu’ils savent travailler. Leur niveau de qualité est toujours très élevé. En termes de musique, cela sonne toujours bien et les compositeurs Disney comptent parmi mes préférés. J’ai donc été honoré d’avoir l’occasion de m’associer à ce niveau d’exigence et ce fut un véritable défi que d’essayer de l’atteindre. De plus, Vasile savait exactement ce qu’il voulait et nous avons appris à travailler ensemble. Ce fut un processus complexe mais très intéressant.

Comment avez-vous travaillé avec Vasile Sirli (photo ci-dessous)?
Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois pendant ce processus d’orchestration. Nous nous sommes téléphonés plusieurs fois par semaine et envoyé des emails plusieurs fois par jour. Il avait un plan d’ensemble remarquable et très précis et je n’ai eu qu’à mettre ses idées sous forme orchestrale et donner vie à toutes les couleurs qu’il avait imaginées. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui. Il m’a aussi très gentiment demandé d’être moi-même dans les arrangements que j’allais faire. Ce fut donc une véritable collaboration entre lui et moi, chacun apportant un peu de sa propre personnalité.


Quels sont les moments les plus caractéristiques de votre style ?
Je dirai la musique du char des Rêves de l’Amitié. J’aime beaucoup apporter de l’énergie à mes orchestrations, notamment en mariant l’orchestre symphonique et l’orchestre pop. Et je m’en suis donné à cœur joie tout particulièrement sur ce char !

A partir de quel matériel avez-vous travaillé ?
Vasile m’a envoyé des fichiers audio piano ainsi que des esquisses très précises de toutes les musiques de la parade.

Si vous le voulez bien, nous pouvons détailler les musiques de chaque car. Commençons par celui des Rêves de l’Imagination.
Je dois dire que j’ai été très inspiré par toutes les images que m’ont envoyé Vasile Sirli et la metteur en scène Katy Harris. De fait, j’ai conçu ce char de façon très classique, un peu comme une marche, avec un esprit un peu royal, notamment pour Minnie’s Yoo-Hoo.

Vient alors celui des Rêves de Joie et de Folies avec Alice et Pinocchio.
Globalement, j’ai essayé de faire une orchestration qui soit à la fois amusante et magique. Pour cela, j’ai utilisé beaucoup de cloches d’orchestre (« tubular bells ») afin de mieux définir les contours des différentes musiques des différents personnages. De plus, pour Pinocchio, j’ai eu l’idée d’utiliser des marimbas, qui ont un son quelque part très boisé, et d’autres instruments en bois, sans oublier une pointe d’accordéon. Et pour Alice, j’ai plutôt misé sur la beauté à travers des cordes lyriques et de grands traits de harpe. Pour toutes les musiques de cette parade, je dois dire, je me suis beaucoup inspiré des personnages eux-mêmes et ce sont eux, pour une bonne part, qui m’ont suggéré l’utilisation de tel ou tel instrument spécifique.

Pour le char des Rêves de l’Amitié, comment êtes-vous parvenu à donner des couleurs jazzy à Winnie l’Ourson sans toucher à son identité musicale ?
L’idée a été de partir des couleurs musicales du Toy Story de Randy Newman et de le prolonger dans l’univers de Winnie l’Ourson en restant joyeux et clair. Ce genre de jazz est plein d’énergie et sautillant et cela se mariait très bien avec le personnage de Tigrou.

Peter Pan et Mary Poppins, les deux histoires rassemblées sur le char des Rêves de Fantaisie, ont des origines très britanniques. Comment avez-vous traité cet aspect du point de vue de l’orchestration ?
Je suis tout principalement retourné vers les cloches, à cause de Big Ben, qui est un son très « british » et qui convenait parfaitement au décor du char, inspiré des toits de Londres. Mais je me suis également intéressé au côté « fantaisiste » de ce char en faisant notamment appel au ukulélé. Cela apportait à la fois la touche d’humour qui allait avec l’esprit du char et en même temps cela permettait une allusion à la scène de claquettes sur les toits de Londres, Step in Time, dans le film de Walt Disney.

Un autre instrument inattendu dans ce contexte est l’accordéon, pour l’arrangement de Supercalifragilistic.
C’est toujours ce côté « fantasiste » du char. En même temps, cette chanson a un côté très « music hall » de par son écriture et de par son interprétation dans le film original. Or, à l’époque, il y avait souvent un accordéon dans les orchestres de music hall et j’ai voulu en quelque sorte renouer avec cet esprit très sympathique. Cela permettait également de faire le lien avec l’autre histoire du char, Peter Pan, dont la musique originale renferme aussi une partie d’accordéon.

Dans la musique du char des Rêves de Pouvoir, vous avez souligné la mélodie de Poor Unfortunate Souls, la chanson d’Ursula, avec un cymbalum. Comment vous est venue cette idée ?
Pour moi, Ursula a un petit côté russe/Europe de l’Est et je me suis souvenu que les espions russes dans les « James Bond » étaient souvent mis en musique avec cet instrument. L’idée a donc été d’apporter cette couleur particulière à ce personnage.

Pour ce même char, on retrouve la musique de Modeste Moussorgski, Une Nuit sur le Mont Chauve, pour l’évocation du Chernobog de Fantasia. On passe ainsi carrément à la musique classique.
Exactement, et pour ce faire, je me suis retourné à la partition originale du compositeur pour être le plus fidèle possible sa remarquable orchestration. Ce fut une pièce assez difficile à jouer à cause de sa virtuosité et de sa tonalité, notamment du point de vue des cordes. Mais le Royal Philharmonic Orchestra s’en est magnifiquement sorti, comme à son habitude !

Le char des Rêves d’Aventure réunit l’exotisme et l’humour à travers ses deux histoires. Qu’en est-il du point de vue musical ?
Pour Le Roi Lion, nous avons utilisé des flûtes ethniques pour signifier cet exotisme. Quant au Livre de la Jungle, il faut dire que le film renfermait déjà cet humour à travers une couleur très jazzy. Nous avons donc renoué avec ce style, très « New-Orleans », en faisant appel à des musiciens spécialistes en dehors de l’orchestre. C’est une pratique courante pour le RPO lorsqu’il s’agit d’intégrer des styles très spécifiques. Le challenge était également de trouver une approche de ces deux univers qui puisse intégrer les tam-tams africains qui sont embarqués à bord du char et qui jouent tout le long. Ce fut très intéressant.

L’exotisme est de nouveau de mise avec l’évocation d’Aladdin du char des Rêves d’Amour et de Romance.
Andy Findon, notre flûtiste, est un grand spécialiste de son instrument. Il possède entre cinquante et soixante flûtes en bois qu’il a collectées à travers le monde et pour nos enregistrements, il a puisé dans sa collection les instruments qui correspondaient le mieux au son que nous recherchions et aux tonalités dans lesquelles étaient écrits nos morceaux. Il a donc utilisé une flûte ethnique pour Le Roi Lion, et une autre pour A Whole New World, extrait d’Aladdin. Quand on écrit et qu’on enregistre en studio comme nous l’avons fait, il est très agréable de pouvoir penser certains interprètes en particulier, qui joueront ce que vous avez écrit. J’ai d’excellentes relations avec les musiciens de Londres et c’est en pensant à eux que j’ai écrit certaines parties instrumentales. Je pense notamment à Julian Stringle, le clarinettiste de l’orchestre. J’avais sa sonorité et son style de jeu en tête au moment d’écrire pour son instrument.

Sur le dernier char, la guitare apporte une douceur et une poésie inédites à La Belle et la Bête.
J’aime beaucoup ce moment. Je trouve que la guitare convient très bien à cette mélodie. Vous savez, les gens de Disney ont été très impliqués et très détaillés dans leur préparation. Ils m’ont fait parvenir toutes sortes de dessins des chars avec des descriptions très élégantes, et cela m’a beaucoup inspiré.

Comment avez-vous traité la chanson de la parade, Just Like We Dreamed It de Sunny Hilden, qui apparaît plusieurs fois dans les musiques de déplacement des chars ?
Elle apparaît sous trois ou quatre formes différentes au cours de la parade. Nous l’avons traité de façon délibérément plus orchestrale que la version « single ». Certaines versions sont plus animées que d’autres ; nous nous sommes adaptés à chaque fois à l’atmosphère des différents chars.

Avez-vous utilisé des sons électroniques ?
Tout-à-fait. Pour le cymbalum, par exemple. En fait, nous avons l’avons enregistré en deux fois, une fois normalement, une autre fois en le désaccordant un peu, afin d’obtenir cette sonorité très spéciale. De même, pour le char des Rêves de Joie et de Folies, Vasile a écrit un motif ascendant très léger destiné au piano et nous avons utilisé un synthétiseur analogique afin de lui ajouter des effets magiques et rêveurs.

Comment s’est passée la direction de l’orchestre lors de l’enregistrement ?
Le monde de Disney est tellement connu que les musiciens savaient exactement de quoi je parlais quand je leur expliquais les détails de la parade. Ils ont immédiatement mis leur immense talent au service de cette musique. C’est très important dans la mesure où il ne s’agissait pas de répétitions de concert, mais bien d’un enregistrement de studio, avec tout ce que cela implique au niveau financier. Il fallait donc être très efficace et travailler de façon « raisonnablement rapide ». C’est l’avantage de travailler avec des musiciens du niveau de ceux du RPO. D’autant plus que j’avais déjà travaillé plusieurs fois avec eux. Nous nous connaissions, donc, et cela nous a fait gagner du temps. L’enregistrement s’est passé dans les studios Angel de Londres. C’est un studio assez petit et nous étions un peu serrés, mais l’acoustique du lieu est remarquable et a été magnifiquement captée par l’ingénieur du son Steve Price. Tout c’est très bien passé !

A tel point que les musiciens ont demandé à Vasile Sirli s’il était d’accord pour qu’ils jouent un arrangement de sa musique lors d’un de leurs concerts, le 1er juin prochain, au Royal Albert Hall (photos) !
Chaque année, le RPO joue en concert certaines pièces qu’il a enregistrées dans les mois précédents. Cela s’appelle la « Filmharmonic Night ». Ils m’ont donc demandé si nous pouvions réaliser un arrangement de 12 minutes des musiques de la parade. C’est sur quoi je travaille actuellement et je dirigerai cette pièce. Le concert proposera des œuvres pour le cinéma et la télévision composées par cinq ou six compositeurs différents qui se succèderont au pupitre pour jouer leurs œuvres. C’est un très grand honneur d’en faire partie !



Photos (c) Disney ainsi que Luc et Krystof, avec nos remerciements.

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