lundi, novembre 02, 2009

CLOCHETTE ET LA PIERRE DE LUNE: Entretien avec le réalisateur Klay Hall et le producteur Sean Lurie

En 2008, le public du monde entier redécouvrait l'une des icônes préférées de Disney dans le premier épisode d'une toute nouvelle série de films d'animation.
Produit par DisneyToon Studios, Clochette et la Pierre de Lune est le second épisode de cette franchise pas comme les autres.
Dans ce tout nouveau chapitre, Clochette a été choisie parmi toutes les fées bricoleuses pour réaliser le Sceptre d’Automne. Son ami Terence est chargé de l’aider. Mais en lui apportant une boussole dont elle recher-chait l’aiguille, le jeune garçon casse maladroitement le Sceptre sur lequel elle travaillait. Folle de rage, Clochette empire la situation en brisant accidentellement la Pierre de Lune, la partie la plus noble du sceptre. Comme de son plein éclat dépend l’arrivée de la saison, tous deux doivent partir au nord du Pays Imaginaire la réparer en urgence, malgré leur différent…


Afin de plonger encore plus profondément dans la magie de cet univers, nous avons rencontré pour vous le réalisateur et le producteur du film, Klay Hall et Sean Lurie!


Mr. Lurie, vous avez travaillé pour deux studios d’animations différents. Parlez-moi de votre expérience avec Disney.
Sean Lurie: J’ai eu la chance de vivre de grandes expériences de réalisation de films dans ma carrière. Une des meilleures choses quand on travaille à Disney, c’est l’énorme soutien que vous apporte les studios. C’est fabuleux le nombre de personnes qui sont liés à la magie Disney de différentes façons. En tant que réalisateurs, notre but est de raconter de belles histoires, tout en sachant que Disney les soutiendra au sein de l’entreprise. La direction des studios d’animation Disney est très orientée « réalisation » depuis l’arrivée de John Lasseter et Ed Catmull. Ils nous donnent l’occasion de créer de grandes histoires et résoudre les problèmes que l’ont peut rencontrer. Ils motivent l’équipe et sont très encourageants tout au long du processus.


Et vous, Mr. Hall?
Klay Hall: C’est le rêve de toute ma vie de travailler pour les studios Disney.Petit garçon, j’ai grandi au sud de la Californie, à l’ombre de Disneyland, en espérant y travailler un jour. Disney a toujours été le leader concernant les films familliaux de qualité, et je voulais participer à cette tradition. J’ai fréquenté l'école d’animation Disney, Cal Arts, et ai bénéficié de l’influence de célèbres animateurs Disney. Aujourd’hui, c’est un honeur de vivre mon rêve.


Mr. Hall, on vous connaît en tant qu’animateur pour la télévision. Avez-vous reçu une formation pour travailler sur des lonfs métrages, ou cela-s’est-t-il fait naturellement?
KH: A Cal Arts, j’ai eu une formation en animation classique. Assez tôt dans ma carrière en télévision, j’ai commencé comme assitant animateur et ai évolué jusqu’à être réalisateur en chef. Cela a demandé beaucoup de temps et de dévouement. Pendant cette période, j’ai appris à travailler avec des personnalités très différentes, ce qui m’a aidé à comprendre comment les gens travaillent. J’ai aussi du m’habituer à travailler avec des cadres haut-placés de nos réseaux ou d’autres studios. A une époque, je supervisais sept épisodes en parallèle, avec une équipe d’environ 115 personnes. Ces expériences, entre autres, m’ont préparé à l’animation sur des longs métrages. En conclusion, on peut dire que cela s’est fait naturellement.


Un de vos mentors a été la l’animateur de légende de la fée clochette, Marc Davis. Quels sont vos souvenirs de lui ?
KH: Je me souviens de quelqu’un de très stimulant. C’était une légende vivante quand je l’ai rencontrée et que j’ai eu une correspondance avec lui. Il n’était pas avare de son temps et encourageait l’animation en tant qu’art. Nous avons parlé de Peter Pan et Clochette, et le plaisir qu’il a eu à créer des personnages si emblématiques. Pour Clochette, il s'est inspiré de Peggy Lee, Marilyn Monroe et Betty Kimble, l’épouse de Ward Kimble. J’ai fait appel à mes souvenirs de Marc, mais j’ai aussi beaucoup étudié son travail. J’ai ressorti ses croquis originaux, j’ai consulté des tests de matériel et des interviews, en essayant de m’inspirer de Marc. En fait, nous avons utilisé tout ce matériel de départ pour construire et créer notre Clochette en images de synthèse.

Vous avez également rencontré Ward Kimball et Milt Kahl, qui ont aussi travaillé sur le premier Peter Pan.
KH: C’était un honneur de rencontrer Ward Kimball, et j’ai eu ce plaisir en plusieurs occasions. J’ai pu lui parler en tant qu’étudiant à Cal Arts, et plus tard nous avons eu une correspondance à propos des techniques d’animation. C’était quelqu’un de chaleureux et d’amical, qui m’a ouvert sa maison et m’a même invité à son tout dernier voyage sur le Grizzly Flats Railroad. Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance de rencontre Milt en personne, mais j’ai échangé des lettres avec lui. Il était amical, m’encourageait à prendre le chemin de l’animation et me rappellait l’importance des recherches à faire avant de commencer à dessiner. Il m’arrive toujours de consulter les lettres de ces deux-là, de regarder les scènes sur lesquelles ils ont travaillé, et cela m’apporte toujours une grande inspiration.

Pourquoi pensez-vous qu’il était important de mettre le personnage de Clochette sur le devant de la scène, tant d’années après le premier film?
KH: C’est un personnage tellement emblématique, dont on n’avait pas dévoilé tout le potentiel. Il nous semblait qu’il était temps de la montrer aux nouvelles générations, tout en n’oubliant pas la Clochette d’origine. Encore une fois, elle est tellement réelle avec ses petites manières et mimiques que toutes les générations peuvent se l’approprier.


Comment avez-vous imaginé l’évolution du personnage de Clochette, par rapport à la personnalité qu’elle avait dans le film de 1953?
KH: C’était un défi et un honneur de travailler avec ce personnage emblématique qu’est Clochette. En fait, elle est apparue au début des années 40 et est inspirée de la fée bleue de Pinocchio. Pendant treize années, Walt et son équipe ont travaillé sur beaucoup de versions de Clochette, pour finir sur la version de Marc Davis. Dans le film de 1953, ils avaient son design mais travaillaient encore sur sa personnalité et son tempérament. Elle était maniérée, capricieuse et jajouse. Et elle faisait des bêtises. C’est ce que j’ai aimé dans ce personnage et qui m’a donné envie de m’y pencher, parce que cela la rendait réaliste et appréhendable. On a le droit de s’énerver et de faire des erreurs. C’est aussi très plaisant de retrouver ces petits défaut, de les reconnaitre.

Quelles sont les différences que vous voyez entre la nouvelle Clochette et l’ancienne, qui partageait l’affiche avec Peter Pan?
SL: La plus grande différence est que dans les nouveaux films, elle parle. Même si elle ne parlait pas dans Peter Pan, elle communiquait beaucoup. Vous compreniez très vite ce qu’elle essayait de dire. Nous voulions la garder très expressive, et conserver ses principaux traits de caractère. Son changement d’un personnage 2D à un personnage 3D change également la façon dont on la perçoit. Nous avons essayé d’être fidèle à son apparence. Il était important que les gens la reconnaissent et l’acceptent comme la Clochette qu’ils connaissent et aiment.

Clochette a parcouru un long chemin depuis sa première apparition lumineuse, son premier rôle muet dans Peter Pan. D’où vient son éternel charme et quels éléments en elle n’ont pas changé?
SL: Je pense que tout le monde peut se reconnaître en Clochette. Elle a des émotions comme nous, elle est très expressive. Elle a du tempérament, éprouve de la jalousie dans Peter Pan. Elle est très maniérée. Nous avons voulu garder ces traits de caractère, en pensant à ce que les gens aiment chez elle.

Cinq équipes différentes ont travaillé sur cinq films sur Clochette différents. Comment avez-vous réussi à être cohérents dans toutes ces aventures?
SL: C’est vrai, c’était un défi. Nous avions une équipe composée des réalisateurs, scénaristes, producteurs et quelques autres qui se réunissaient et s’aidaient mutuellement. Ces réunions ont permis de garder une bonne cohérence.


Quelle était la difficulté de travailler sur trois films de Clochette différents, quasi-simultanément?
SL: Bizarrement, ce n’était pas si dur que cela, grâce aux talents des gens dans les équipes qui travaillaient sur les films. Il y avait une très bonne collaboration dans les équipes. Les réalisateurs de chaque film se réunissaient pour avoir une vision de ce que chacun faisait. Cela a aidé à rester cohérents. Cela dit, l’animation c’est toujours compluqué. Mais avec les bonnes personnes et la bonne attitude, ça deivent très amusant!

Mr. Hall, vous avez dirigé et produit différentes séries animées. Qu’est ce qui vous a donné envie de travaillé sur ce film en particulier?
Klay Hall: L’opportunié de travailler sur un personnage aussi emblématique que Clochette, était très tentant. J’ai été attiré par l’idée de travailler sur la Clochette d’origine, tout en lui apportant un nouveau look. Et la chance de travailler avec John Lasseter était également un rêve qui se réalisait.

Quelle fut l’implication de John Lasseter sur ce film? Et dans quel domaine ?
KH: C’était formidable! Travailler avec John, c’était réaliser un rêve. Il est très impliqué dan les films de Clochette, il s’investit à presque tous les niveaux. Il a travaillé avec nous sur la trame de l’histoire, sur les costumes, sur le look des personnages mais aussi sur la validation des séquences, l’animation, la musique, les effets sonores finaux.


Quel était votre travail en tant que réalisateur de Clochette et la Pierre de Lune?
KH: D’abord, il fallait créer une bonne histoire et trouver un scénariste qui partage cette vision. Ensuite, rassembler un équipe d’artistes de talent. Je devais avoir une vision très claire et la transmettre à toute l’équipe. Je devais aussi superviser toutes les étapes de la production au fur et à mesure de leur avancement, jusqu’au résultat final. Par exemple : le script, les storyboards, l’animation, la génération des décors, les couleurs, le casting des doublures, les effets spéciaux , et le montage.

Parlons de l’histoire. Comment vous sont venues les idées pour cette nouvelle charmante histoire?
SL: L’histoire s’inspire légèrement d’un livre Disney pour enfants qui s’appelle Clochette au Nord du Pays Imaginaire. Il y avait une notion d’amitié dans cette histoire qui nous a donné envie de faire de l’amitié le centre de cette aventure. Nous voulions aussi que Clochette fasse un voyage. Ce sont les idées de départ à partir desquelles nous avons développé toute l’histoire.


Y-a-t-il eu une scène ou un tournant inattendu qui a constitué un défi particulier pendant la réalisation de ce film?
SL: Il y a une scène intéressante dans le film, où Clochette accuse Terence d’avoir brisé le sceptre. Notre première idée était que Terence devait s’en vouloir ou être triste. Assez tôt dans l’histoire, il s’enferme sur lui-même et nous voulions que le public ressente de la compassion pour lui. Nous parlions de cette scène avec John Lasseter, et il nous a dit : « Il devrait se rebeller, ne pas se laisser faire par Clochette ! ». Il avait l’impression que ce n’était pas crédible que Terence se lamente sur son sort, que ce n’était pas une réaction naturelle. Ce changement d’attitude chez Terence a eu des conséquences sur d’autres scènes et l’ensemble a enrichi l’histoire. La leçon à en tirer est qu’il faut toujours vérifier la crédibilité des personnages.


Y-a-t-il une scène dont vous soyez particulièrement fiers?
KH: C’est difficile de choisir, mais je dois dire que j’adore la scène avec les trolls. Je suis fier de cette séquence parce qu’on y voit une grande palette d’émotions, de la colère jusqu’à la compassion. A la base, ces individus très particuliers sont un peu effrayants et pas très attirants. Mais cette scène est porteuse d’un message d’espoir, de charme et une sympathie que Clochette parvient à ressentir, et qu’elle transmet aux spectateurs.

Y-a-t-il une scène coupée que vous auriez aimé voir dans la version finale?
SL: Il a y a une scène très drôle où Flambeau se fait manger par une grenouille, qui a été coupée. Elle était très surprenante et l’audience riait beaucoup. Mais nous n’avons pas réussi à l’intégrer dans le la tournure que l’histoire a prise.


Quelle est la chose la plus importante que les enfants peuvent apprendre de Clochette?
KH: Tout le monde peut apprendre beaucoup de choses de Clochette et de ses aventures. Clochette elle-même apprend quelque chose de très important dans le film, c’est que l’amitité est un des trésors les plus précieux. Elle apprend qu’on peut faire des erreurs, et qu’on peut pardonner.

Combien de temps a pris la production de ce film, en tout?
SL: Cela a pris environ deux ans et demi.

Une fois que la trame de l’histoire est fixée, quelles sont les différentes étapes?
SL: Oui. Nous partons de dessins “à plat” et de storyboards réalisés sur ordinateur, qui ressemblent à des dessins au crayon. Ensuite nous construisons les modèles en 3D des personnages, de leur environnement et de leurs accessoires. Même si les scènes sont générées par ordinateur, il y a beaucoup d’animateurs de talent qui travaillent sur chaque scène et chaque personnage.


Quel est l’avantage de travailler sur le monde des fées en images de synthèse? Et quelles sont aussi les difficultés que cela implique ?
SL: Nous avons pensé que l’image de synthèse serait un bon support pour ces films parce que cela nous permettais de créer un monde vraiment magique. La richesse, les couleurs et la profondeur de l’image sont fantastiques. Nous avons aussi pensé que l’image de synthèse nous aiderait à créer un monde que l’ont pourrait reproduire dans les autres films. Le plus grand défi a été de créer une Clochette en images de synthèse fidèle à elle-même. Nous y avons passé beaucoup de temps, car nous savons que c’est un personnage très populaire.

Pouvez-vous nous parler du look du film et de ce qui l’a inspiré?
KH: L’inspiration vient bien-sûr du Peter-Pan d’orgine de 1953. Nous nous sommes appuyés sur la richesse et la profondeur des décors de ce film. Ce qui était intéressant, c’est que cette fois, nous pouvions apporter un peu de modernité en utilisant les images de synhthèse. Nous avons pu améliorer les textures et les teintes pour donner à ce monde la richesse qu’il méritait.

Pouvez-vous nous parler du novueau costume de Clochette, et de la façon dont il a été conçu?
KH: Clochette et la pierre de Lune se passe en automne. Il nous a donc semblé logique de mettre à jour la tenue de Clochette. Dans les films précédents, elle porte la célèbre petite robe verte. Cependant, comme c’est l’automne, qu’il fait frais et que Clochette allait vivre une grande aventure, la robe n’allait pas convenir. Alors avec John Lasseter, Ellen Jin, le directeur artistique et les gens qui travaillent sur les costumes dans les parcs, nous avons travaillé sur un nouveau design. Nous avons fini par décider qu’elle porterait des leggings, une chemise à manches longues, un châle, un chapeau et des grandes bottes sur lesquelles ont retrouverait les fameux pompons. Ce costume devait donner l’impression d’avoir été fait par des fées, c’est pourquoi toutes les matières, textures et éléments sont organiques et peuvent être trouvés dans la nature.


Quel est l’intérêt du Blu-ray pour un film de ce genre?
SL: Nous avons produit le film en HD. Le regarder en Blu-ray est donc, de loin, la meilleure façon de le voir. Les images sont stupéfiantes, et nous ne voulons pas que vous ratiez tous les formidables petits détails.

Mr. Hall, avez-vous coordonné les interprétations des doubleurs avec les artistes visuels?
KH: Oui, j’ai effectivement coordonné les deux aspects. Cela dit, nous enregistrons les voix en premier, donc les animateurs basent leur travail sur cela. Si il manque encore un doublage au moment de réaliser une scène, on fait ce que l’on appelle une “piste d’essai”: Soit moi, soit un animateur, nous enregistrons les dialogues pour pouvoir travailler sur ce modèle. Quand finalement j’enregistre le vrai doubleur, je le fait travailler sur les designs du personnage, les couleurs et parfois une ébauche de scène pour qu’il s’en inspire.

Faire la musique de film avec Joel McNeely était quelque chose de spécial. Pouvez-vous nous en parler ?
KH: J’ai travaillé dès le début en étroite collaboration avec Joel McNeely. Nous avons parlé de la façon don’t nous voulions capturer l’authenticité du monde celtique, et lui donner un rendu naturel. Joel est un musicien accompli sur plusieurs instruments, et il était très créatif sur ce nouvel univers musical. Durant notre production, nous avons fait le voyage en Irlande, rencontré David Downes, quelques musiciens et chanteurs, parmi lesquelles des chanteuses celtiques. Quand nous avons écouté le chœur celtique, c’était à l’Abbey residence, un bâtiment vieux de 400 ans juste à côté de la Cathédrale Saint Patrick de Dublin. C’est ce qu’on appelle de l’inspiration et de l’émotion. C’était vraiment fabuleux, une expérience incroyable que nous avions conscience de vivre.


Parlons maintenant du futur: Y-a-t-il une chance que les trolls fassent leur propre film?
KH: Je l’espère, je les trouve très amusants.

Pensez-vous qu’un autre personnage de Peter Pan puisse faire une apparition dans un des films de Clochette?
KH: On ne sait jamais! Ce serait génial…
Merci à Angeline pour sa traduction!
Venez en discuter sur DisneyGazette

2 Comments:

Anonymous Alex said...

toujours aussi génial!!!
Je suis fan fan de tes interviews, toujours subtil et qui me contente pleinement, moi qui suis d'animation et surtout Disney. :)

Vivement le prochain!!

Alex

10:36 PM  
Blogger Jeremie NOYER said...

Merci infiniment, Alex!
A très bientôt, donc!

9:23 AM  

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