mercredi, octobre 21, 2009

LE FESTIVAL HALLOWEEN 2009: Entretien avec Jérôme Picoche, scénographe au sein de la Division Spectacles de Disneyland Paris

Nous continuons notre immersion dans le Festival Halloween 2009 de Disneyland Paris, en compagnie cette fois de Jérôme Picoche, le concepteur/designer de toutes les décorations de cet événement pas comme les autres, et ce depuis ses tout débuts.
En prime, découvrez en exclusivité les dessins / concepts de Jérôme (cliquez sur chaque dessin pour agrandir)!
Vous avez créé tous les designs depuis les débuts du festival Halloween à Disneyland Paris. Pouvez-vous nous résumer l'histoire de ce festival?
Il y a eu pas mal d'époques, mais Halloween a toujours été basé sur l'idée d'intégrer les histoires dans le parc. Les deux premières années, nous avons créé des personnages qui étaient des épouvantails. Il y avait toute une déclinaison de personnages qui visitaient le parc et qui ont été métamorphosés en épouvantails. Au départ, ce projet était tout petit et se tenait dans la zone de Cottonwood Creek Ranch à Frontierland. Ensuite, cela s'est étendu et nous sommes partis dans un concept beaucoup plus "momie", avec bandelettes, croisière de la momie, etc. A partir de cette approche plus classique et effrayante, nous avons décidé de faire évoluer le concept et nous en sommes arrivés à quelque chose de plus amusant. C'est là que nous avons créé les personnages des Hommes-Citrouilles, complètement ludiques et encore décalés par rapport à Halloween. Par exemple, nous avions la peinture orange que l'on mettait (et que l'on met encore) partout, un peu comme des enfants qui jouent. Mais cela pouvait être aussi une forme d'interprétation plus satirique par rapport aux films gores… si ce n'est en orange! Il y a toujours plusieurs lectures possibles…
Ensuite, nous avons imaginé opposer les Hommes-Citrouilles aux Sorcières Roses. Dans le même temps, il y avait aussi toujours plus de demandes pour y associer des personnages classiques de Disney. Par conséquent, certains Personnages Disney se sont rajoutés à la fête, comme Stitch, par exemple. C'est ainsi que nous travaillons maintenant beaucoup avec Jack Skellington et Sally, de L'Etrange Noël de Mr. Jack de Tim Burton.

Dans quelle tradition d'Halloween vous situez-vous?
Même si Halloween a un côté "fête des morts", nous avons préféré l'aspect plus traditionnel avec le côté "carnaval" et festif. C'est l'époque de la fin des récoltes et on fait la fête avant l'hiver. A part la période où il y avait les momies, nous n'avons jamais vraiment joué sur le côté effrayant de cette fête. C'est un aspect déjà très exploité au cinéma et quoi que nous fassions, notre but est toujours de proposer à nos visiteurs quelque chose de différent. Après tout, Disneyland Paris est vraiment le lieu idéal pour s'amuser, non?
Vous inspirez-vous des décorations des autres parcs Disney comme Tokyo Disneyland?
Non. Le design d'Halloween de Disneyland Paris est complètement original.



Quelles sont vos sources d'inspiration?
En ce qui concerne les Personnages Disney, nous avons des chartes à respecter car ils sont tellement marqués qu'il ne faut pas en dévier. A l'inverse, pour les Hommes-Citrouilles, nous avions carte blanche car les personnages n'existaient pas avant. C'était intéressant de créer un personnage… qui a été ensuite repris par le parc de Floride! Et par rapport à tout cela, ce qui nous guide pour Halloween, c'est l'idée d'un décalage par rapport à tout ce qui se fait habituellement, pour rendre le sujet plus original.




Comment travaillez-vous avec Emmanuel Lenormand, le metteur en scène du Festival Halloween?
Nous collaborons beaucoup au niveau des scènes. A ce niveau-là, c'est un travail assez classique entre un metteur en scène et un décorateur. Emmanuel a une idée d'un spectacle, d'un thème, et à partir de cette idée thématique, je vais développer le décor et l'ambiance qui vont le mieux avec. Par exemple, pour la Trick or Treat Stage du spectacle des Sorcières Disney, je me suis imaginé qu'une troupe de forains ou un théâtre ambulant avait débarqué dans Frontierland, dans une ville western. Ils ont monté une scène et à l'intérieur un dispositif rudimentaire avec une toile de fond, deux découvertes de chaque côté et quelques accessoires devant, pour que cela garde un côté authentique par rapport à l'histoire de Frontierland. Nous avons ajouté des bâches sur les côtés, comme des vieilles bâches de chariot qui ont beaucoup servi. Ce que j'essaie toujours de faire, c'est que les décorations s'inscrivent naturellement dans le parc, dans l'architecture et dans les thèmes. Il faut toujours faire attention aux proportions des éléments, et à tout ce qui fait le parc de sorte que nos décors soient les mieux intégrés possible dans les décors existants, très détaillés et sophistiqués.




Et en ce qui concerne la décoration de lieux comme Main Street ou Halloweenland, quels outils utilisez-vous pour concevoir les différentes ambiances de ces lieux?
Pour ma part, je modélise d'abord dans mon esprit, puis une fois que l'idée est claire et après quelques esquisses préparatoires, je dessine au crayon à papier. C'est ce que j'ai trouvé de plus efficace jusqu'à maintenant! Cela se passe en plusieurs dessins. Il y a un dessin d'avant-projet, sur lequel on montre l'ambiance générale avec différents éléments. Puis, progressivement, je vais vers le particulier. C'est-à-dire que chaque décor qu'on va pouvoir réaliser après examen de sa faisabilité technique et budgétaire est alors dessiné sur des plans de construction: vue de face, vue de dessus, vue de côté… afin de les donner à des ateliers qui vont réaliser ces éléments en volume.


Comment les différents éléments sont-ils alors réalisés?
Nous avons un atelier qui réhabilite chaque année les décorations que nous avons déjà. Pour les nouveaux décors, ce sont des ateliers extérieurs. Une bonne partie des décors a été ainsi construite en Hollande, Belgique, Allemagne et France. Nous avons aussi beaucoup de contraintes de solidité et de sécurité car nos décors sont la plupart du temps accessibles au public. Il faut donc qu'ils soient extrêmement solides et répondent à des normes de sécurité. Il faut donc des structures métalliques à l'intérieur, et que tout cela passe par des bureaux d'étude d'ingénierie et des bureaux de contrôle.


Puis vient le moment de l'installation.
Tout se passe de nuit. Les décors sont réceptionnés et arrivent en différents endroits du parc, de Frontierland à Town Square. Tout cela demande alors plusieurs semaines de montage de la fermeture du parc jusqu'à 7 heures du matin où il faut tout dégager pour que le parc soit impeccable pour son ouverture. Auparavant, je fais un plan général d'implantation, mais je participe également au montage parce qu'entre le plan et l'installation sur site, il arrive qu'on change d'avis. C'est ce qui est aussi très amusant dans le travail!

Un événement comme Halloween demande à peu près combien de dessins?
Entre les avant-projets, les développements, mais aussi les plans techniques, qui doivent s'intégrer dans la décoration, cela peut aller jusqu'à une centaine!

Vu le succès toujours grandissant du Festival Halloween, il semble que tous ces efforts portent leurs fruits!
A priori, quand je vois nos visiteurs qui se font prendre en photo avec les Hommes-Citrouilles ou sur les différents points photos que nous avons installés sur le parc, j'ai l'impression qu'ils s'amusent bien. Donc, je suis assez content puisque, de mon côté, je me suis bien amusé à les dessiner!

Dessins / concepts par Jérôme Picoche (c) Disneyland Paris - Tous droits réservés
Avec tous nos remerciements à Jérôme Picoche, Isabelle Calbrecht et Gemma Klaw!

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