vendredi, juin 29, 2007

TOON STUDIO A DISNEYLAND RESORT PARIS : Entretien avec l'imagénieur Laurent Cayuela

Certains sont punis pour cela. Laurent Cayuela, lui, c’est son métier de raconter des histoires ! Tout simplement parce qu’il le fait bien !
Véritable encyclopédie vivante du resort parisien, il est une référence historique et artistique. Mais son plus grand talent est de faire véritablement passer la magie dans les histoires qu’il nous raconte.
Retrouvons donc ce magicien des mots pour une visite privilégiée de Toon Studio, le tout nouveau land des Walt Disney Studios Paris
.

Comment Toon Studio s’est-il fait sa place dans l’histoire des Walt Disney Studios ?
Déjà, il faut savoir que Walt Disney a commencé sa carrière par l’animation. Il était donc impensable d’ouvrir des studios Disney sans un lieu consacré à cet art. Mais cette fois, au lieu d’avoir l’animation vue par les humains, Toon Studio nous invite à la découvrir faite par les toons eux-mêmes. C’est une sensation qui grandit à mesure que l’on progresse à l’intérieur du studio. Ainsi, quand on entre à Toon Studio, on a Art of Disney Animation qui nous explique comment on fait un dessin-animé. En face, on trouve Animagique, là où les animateurs entreposent leurs bobines. Mais à partir de là, ce sont les toons qui règnent en maîtres ! Souvenez-vous, en ouvrant les boîtes des bobines de film, Donald les délivre tous et les personnages se mettent à faire leur propre film. C’est ainsi que le Génie d’Aladdin se met à faire « tourner » (au sens propre comme au sens figuré) les visiteurs dans son propre film dans l’attraction Tapis Volants. Et maintenant, nous avons les derniers arrivants des studios Disney* Pixar. Même chose : ils ont recréé leur film pour inviter les visiteurs à venir tourner avec eux. Enfin, au bout du land, vous découvrez le portail qui ouvre sur Toon Town, où les hommes ne peuvent pas entrer, mais d’où sortent les personnages pour venir rencontrer les visiteurs et faire des photos avec eux. C’est vraiment l’esprit de Qui Veut la Peau de Roger Rabbit?, avec l’idée que les toons sont bien réels et qu’ils vivent dans un monde à eux aux côtés des hommes. C’est ainsi que plus on s’éloigne de Studio 1 plus le décor devient « toonesque ». Les lampadaires sont de plus en mous et arrondis, comme dans les dessins-animés. Ce mobilier urbain rappelle ainsi celui de Toon Town aux Etats-Unis : tout en arrondis, tout en couleurs.

Le passage de la dénomination « Animation Courtyard » à celle de « Toon Studio » témoigne bien de cette prise de pouvoir des toons sur les Walt Disney Studios !
Effectivement. Toon Studio, ce sont les studios dans lesquels les toons travaillent et cela a contaminé tout le land. C’est ainsi que les bâtiments existants, plus « sérieux », ont été « toonisés ». Ils étaient dans les tons d’ocre rappelant Front Lot. Maintenant ils sont dans des tons de bleus avec des dégradés. Le grand chapeau de Mickey Apprenti Sorcier a été embelli avec une Fée Clochette tout en haut et Peter Pan et Wendy qui tournent autour. Comme vous le soulignez : les toons ont pris le pouvoir!


L’ajout de Crush’s Coaster et Cars Quatre Roues Rallye n’était bien évidemment pas prévu dans le plan original des Walt Disney Studios.
C’est comme pour Space Mountain. L’attraction finale ouverte en 1995 n’était pas ce qui avait été prévu en 1992. Les projets évoluent. Nous avons des nouveautés liées aux derniers succès cinématographiques qui ne pouvaient pas être prévues à l’ouverture des Studios. On ne pouvait pas non plus prévoir le succès des films et qu’ils soient tellement riches qu’ils pourraient nous offrir une telle diversité d’expériences. Alors certes le projet initialement prévu concernait plutôt 1001 Pattes (une version adaptée pour la France du Tuck’N Roll Drive’Em Buggies de Disney’s California Adventure, JN), mais c’est plutôt Cars qui l’a finalement emporté.


Ces nouvelles attractions permettent de renforcer la dimension familiale des Walt Disney Studios qui manquaient cruellement d’attractions pour petits et grands.
Effectivement. Toon Studio apporte un peu de fun dans la façon qu’ont les Walt Disney Studios de parler du cinéma et propose une offre beaucoup plus importante à nos visiteurs les plus jeunes. Nos principaux visiteurs sont des familles. Il était normal de penser à eux dans ce sens.


Après le Visionarium, après Space Mountain et Mission 2, Toon Studio est un nouveau « cocorico » !
En effet. Disneyland Resort Paris s’enrichit une fois de plus d’attractions uniques, développées spécialement pour nous, avec des personnages que Disney n’utilisait pas d’habitude et, pour Crush’s Coaster, des technologies de pointes, des technologies améliorées. C’est même une combinaison de technologies qui, séparément, sont déjà utilisées de façon impressionnante dans nos parcs et qui, là, sont associées pour donner un résultat encore plus surprenant. Même les parties en lumière noire possèdent un degré de détail encore plus élevé que ce qu’on connaît car nous avions vraiment les studios Pixar pour nous donner les instructions. Par exemple, nous avons créé plus de 100 coloris de peinture réagissant à la lumière noire pour les scènes sous-marines. Tout l’univers de Némo était déjà dans la tête des animateurs et dans leurs ordinateurs, avec cette richesse de détail qui caractérise le dessin-animé. De ce fait, ils savaient exactement comment créer ce monde en trois dimensions. C’est presque dommage que l’attraction aille aussi vite tant le souci du détail est important. La technologie est invisible. Où que vous soyiez, à 360°, tout est thémé. On est en « immersion » totale dans le monde de Némo. Même chose pour les scènes dans lesquelles les personnages nous parlent. Dire que ce sont des projections, c’est presque un sacrilège tant leur qualité dépasse de beaucoup ce qu’on a l’habitude de voir. C’est le vrai Némo qui nous parle, animé par Pixar !

Le passage de la partie en lumière noire au roller-coaster s’accompagne d’une modification technique au niveau de la carapace de tortue qui nous sert de véhicule.
En effet. Dans la partie en lumière noire, votre carapace se comporte comme un véhicule classique. Or quand on arrive au point le plus haut de l’attraction et que l’aventure se transforme en coaster (puisque dans l’histoire, vous passez dans le courant Est-Australien), en plus d’être emporté par la gravité, votre véhicule va se mettre à pivoter sur lui-même. Ce qui ajoute à la simple sensation de chute. De plus, en fonction de là où vous êtes dans le véhicule, en fonction des personnes avec qui vous êtes, de leur corpulence, etc, la façon dont le véhicule va réagir sera différente. On est vraiment devant une attraction que vous pouvez refaire dix-quinze fois, si vous n’êtes pas avec les mêmes personnes et au même endroit, vous n’aurez pas les mêmes sensations, même si le circuit lui-même ne change pas.

Cette partie « roller-coaster » de l’attraction est basée sur un parcours standard de la firme allemande Maurer Söhne. Qu’est-ce que Walt Disney Imagineering lui a apporté d’unique ?
C’est vrai qu’il y a une base technique standardisée. Mais Disney a modifié la façon d’utiliser le ride en l’intégrant à l’intérieur d’une histoire, avec toute cette partie en lumière noire et en y ajoutant ce que l’on appelle le « drop », cette partie du ride à l’extérieur. Dans la première scène, en fait, vous ressortez du bâtiment pour mieux y entrer à nouveau. Tout cela a été rajouté par rapport au concept d’origine. Cela participe d’apporter de la vie à Toon Studio. On a une belle boîte, mais on veut savoir ce qu’il y a dedans. Grâce à ce petit drop, les visiteurs peuvent voir les véhicules, voir les gens qui s’amusent dans l’attraction.


Qu’en est-il du point de vue musical ?
La bande sonore est diffusée en continu dans l’attraction et c’est le même compositeur que pour le film, Thomas Newman, qui a écrit une musique supplémentaire pour la partie Est-Australienne.


Cars Quatre Roues Rallye est lui-aussi basé sur une technique standard, mais Disney lui a apporté une touche de magie en plus…
Cela repose sur la façon dont on a « thémé » le lieu. Grâce aux animateurs de Pixar, nous avons un décor très détaillé et très fidèle. Quant aux véhicules, ils n’existent pas dans le film et ont été spécialement créés par Pixar pour l’attraction. Quand vous allez à Cars Quatre Roues Rallye, vous ne montez pas dans une des voitures du film, mais dans une voiture totalement originale imaginée par les mêmes créateurs. Vous savez, cette attraction s’adresse plutôt à un jeune public… et ce sont nos critiques les plus redoutables ! Les enfants ont vu le dvd en boucle et connaissent par cœur toutes les scènes et toutes les répliques. Avec eux, il faut être encore plus précis. C’est pour cela que tous les décors de l’attraction reprennent avec une minutie extrême les moindres détails des décors du film. Même les proportions entre les véhicules et les bâtiments sont respectées. Nous parlions tout à l’heure du mobilier urbain de Toon Studio. Certes, les lampadaires sont tordus, etc, mais malgré cette joyeuse pagaille apparente, tout est strictement identique au film ! C’est très impressionnant ! Et nous, adultes, nous voyons cela à une certaine hauteur. Honnêtement, ce serait intéressant de rabaisser sa vision à la hauteur des enfants pour être encore plus immergé dans cet univers proportionné à leur taille. Les yeux des véhicules sont à la même hauteur que les leurs, et cela donne ainsi l’impression d’être soi-même un toon en trois dimensions !

Vous évoquez les personnages. Comment participent-ils à l’attraction ?
A l’extérieur, on retrouve tout naturellement Luigi avec sa fameuse pyramide de pneus, et à l’intérieur, Flash McQueen et Aston Martin, l’un s’adressant au public en français et l’autre en anglais, pour encourager nos jeunes pilotes. Il faut savoir que, dans le film, Flash McQueen a énormément de problèmes à conduire dans le désert et à faire des dérapages, à tel point qu’il finit toujours dans les cactus ! Notre idée, avec les véhicules qui tournent sur eux-mêmes, c’est que nos visiteurs viennent apprendre à maîtriser leurs réactions lors de dérapages dans le désert. Maintenant que l’on se situe après le film, Flash peut se permettre de donner des conseils !


Musicalement, on retrouve également l’un des créateurs de la musique du film : l’orchestrateur de Randy Newman, Jonathan Sacks. Que du beau monde !
Absolument ! Sur ces attractions, vu qu’il s’agit de films récents, nous avons voulu rester le plus près possible du concept d’origine.


Le fait que John Lasseter dirige de concert les Walt Disney Animation Studios et Walt Disney Imagineering n’y est peut-être pas non plus étranger…
Effectivement. C’est beaucoup plus facile pour nous. De l’extérieur de la Walt Disney Company, on a l’impression que c’est tout pareil puisque tout est « Disney ». Mais de l’intérieur, c’est vraiment tentaculaire. Or, maintenant, nous avons la chance d’avoir très facilement accès aux deux mondes, celui des films et des attractions, pour le plus grand bénéfice de nos visiteurs.

Est-ce que le fait de situer ces attractions dans un parc dédié au cinéma a induit une approche particulière de l’histoire ou des décors ?
Quand vous arrivez devant Crush’s Coaster, vous découvrez un bâtiment qui, même s’il est dans des tons de bleu avec tout un travail de rochers sous-marins en extérieur, se trouve être bien un studio de cinéma, à l’instar d’Animagique ou Studio 1. De plus, comme sur les Tapis Volants, la file d’attente reprend l’idée que vous entrez « backstage » avant d’arriver sur la scène. Sur Cars Quatre Roues Rallye, on se retrouve plus directement sur le plateau. Mais, dans la façon dont le fond est fait, on retrouve cette fameuse technique du « mate painting » où on peint le décor sur une toile en arrière-plan. A travers ces effets visuels sur la longue distance, on comprend qu’on est dans un décor de cinéma, avant de se retrouver dans le film, dans l’immersion totale cette fois. Les visiteurs ne sont pas seulement invités à vivre une expérience au cœur de l’histoire, mais également à découvrir et à comprendre comment, mis bout à bout, tous les éléments de la fabrication d’un film permettent de donner vie à cette histoire.

Nous arrivons maintenant au bout du land, là où se trouve l’entrée « toonesque » de Toon Studio.
Dans la majeure partie du land, on retrouve généralement des tonalités de bleu. Or, là, on a des couleurs plus vives, dans les jaunes-oranger, sur les façades. Ces façades en deux dimensions s’élèvent vers des collines hollywoodiennes… sauf que ce sont celles de Toon Town. On a ainsi un grand écran presque en trois dimensions, fait d’éléments en deux dimensions mis en perspective les uns derrière les autres. Même si c’est à plat, cela donne l’impression d’être en relief, sans qu’on puisse vraiment savoir si c’est dessiné, si c’est vrai. C’est vraiment le monde des toons. C’est cette accroche visuelle qui fait que, lorsqu’on se trouve au milieu du land, on remarque tout de suite ce lieu et cela donne envie d’aller le voir.
Arrivé là, vous trouvez un portail, comme si c’était le portail des studios, allant dans la ville de Toon Town. C’est l’entrée réservée aux Toons. Et de ce portail vont sortir des personnages avec des points photo. L’un pour les VIP (Mickey et ses amis) et l’autre pour l’événementiel, les sorties cinéma.

C’est donc là que l’on retrouvera Remy & Emile de Ratatouille et Lewis & Wilbur Robinson…
Par exemple…

On a le sentiment que c’est une nouvelle vie qui vient alimenter les Walt Disney Studios.
Cette nouvelle vie n’a pas commencé avec l’ouverture de Toon Studio. Depuis un certain temps, Walt Disney Imagineering a fait grandir l’univers et la thématique des Walt Disney Studios par rapport à quelque chose voulu très réaliste à l’origine, à l’ouverture en 2002, très réaliste. Progressivement, l’idée est venue de rajouter de la magie et de l’imaginaire. Toon Studio en est une manifestation éloquente, mais ce processus a vraiment commencé bien avant, quand on a rhabillé les pilonnes qui se trouvent sur le chemin de la parade. Ces pilonnes étaient là pour montrer justement le côté « industrie » du cinéma. On a finalement décidé de les habiller avec des posters pour ajouter de la couleur. On a également ajouté un certain nombre de lieux pour les personnages : le trône de la Sorcière Blanche de Narnia, Chicken Little et surtout Monstres & Cie, qui a tout de suite été très populaire –davantage que ce qu’on prévoyait. Depuis lors, on peut vraiment dire qu’il y a une grande dynamique sur les Studios, et cela apparaît de façon encore plus concrète avec Toon Studio.

Toon Studio signe une nouvelle réussite dans la fructueuse collaboration qui unit WDI France et WDI Glendale.
C’est devenu pour nous une façon habituelle de travailler. On a toujours les « blueprints », le gros œuvre, qui vient des Etats-Unis puis notre mot à dire pour « européaniser » tout cela. Un exemple de cela, les mouettes du Monde de Némo. Dans le film en version française, elles ne savent que dire « à moi », « à moi »…. pour se l’approprier. Et dans la version anglaise, elles disent « mine ». Pour bien faire, mes collègues américains ont eu l’idée de leur faire dire leur texte une fois en français, une fois en anglais. Mais, quand c’est sorti du contexte, qu’on ne voit pas les mouettes et qu’on entend « à moi » quelque part dans l’attraction, on a plutôt l’impression que quelqu’un appelle au secours ! C’est là que nous entrons en jeu et que nous intervenons pour qu’il n’y ait pas de malentendu.

Et finalement…
Finalement, on est à Sydney. Elles parlent donc anglais. Les enfants français connaissant le film par cœur, si on fait dire aux mouettes des choses différentes du film dans leur langue, ils vont se dire que ce ne sont pas les vraies et ils auront raison. Le bilinguisme est quant à lui conservé dans la scène entre Némo (qui parle français) et Squiz (qui parle anglais).

Maintenant que Toon Studio vient juste d’ouvrir, quel est votre sentiment ?
Déjà, quand Toon Studio était en chantier, nous avions le sentiment que c’était quelque chose de vraiment nouveau et d’inclassable. Maintenant que le public commence à arriver, nous voyons les réactions très positives des premiers visiteurs et cela confirme notre idée que nous avons un très bon mini-parc dans le parc. C’est un très bel univers qui s’ouvre. Et même quand on fait le rapprochement avec les Toon Town américains, ce qui est inévitable, on sent vraiment qu’on a un lieu nouveau, une ambiance nouvelle. Un lieu vraiment unique !


Photos (c) Disney et Kristof (Photos Magiques), avec nos remerciements. Merci également à Isabelle (Disneyland Resort Paris)

2 Comments:

Blogger roberta said...

Salut Laurent,
Ici roberta. Je me demande si tu te rapelle de moi...On a travaille ensemble chez l'hotel new york a l'epoque de chantale et de martin pot....J'ai chercee ton nomsur google et decouvert ton blog. C'est GENIAL !!!! Ecoute, j'aimerai bien reprendres les contacts avec toi.

Un gros bisous et ocngratularion pour ta carriere fantastique !!!

Roberta

3:38 PM  
Blogger Jeremie NOYER said...

Chère Roberta,
Laurent serait heureux de reprendre contact avec vous.
Je vous propose de me transmettre vos coordonnées par message personnel sur le forum Disney Central Plaza (mon pseudo : Philharmagic) et je les lui transmettrai avec plaisir.

7:46 AM  

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