vendredi, décembre 01, 2006

LA PARADE DE NOËL A DISNEYLAND RESORT PARIS : Entretien avec le compositeur Vasile Sirli

"Chante, c'est Noël.

Sing along, sing a song of Christmas.

Chante, c'est Noël.

'tis that wonderful time of year!"

Après le succès des festivités d'Halloween, la saison de Noël se déroule cette année du 11 novembre au 7 janvier dans un festival de lumières et de musique, avec comme fil rouge les accents entraînants et scintillants de la désormais célèbre chanson de Vasile Sirli, Chante, c'est Noël!, dont le single a déjà battu tous les records de vente et qui enchante chaque jour les visiteurs du Parc Disneyland et en particulier les spectateur de la fameuse Parade de Noël. L'occasion pour nous d'évoquer avec le compositeur et directeur de la musique du resort l'histoire et les secrets de cette chanson magique...

Monsieur Sirli, quelles sont les origines de Chante, c'est Noël! ?
Tout a commencé il y a trois ans, lorsque nous nous sommes interrogés sur ce que nous allions faire pour 2003. J'étais en Norvège début janvier et j'ai imaginé là-bas une belle chanson de Noël que j'ai voulu noter, mais que je n'ai pu retenir suffisamment longtemps. Cela m'a fortement énervé et je me suis dit qu'il fallait que j'écrive quelque chose dont on puisse se souvenir. Quelques jours après, j'ai écrit un thème que j'ai présenté à mes collègues de la direction artistique. Dès le départ, il était clair pour moi que cette chanson devait être interprétée par des voix d'enfants car j'y suis très attaché. L'impression que je voulais donner était celle d’enfants qui se précipitent dans la cour de récréation et expriment leur choix devant la neige qui tombe. Dès le départ, je savais aussi que le message devait être direct, comme l'est "Chante, c'est Noël!", une sorte d'incitation interactive. En marge de ce concept, nous avons également évoqué la possibilité de baser la parade sur un arrangement d'un chant traditionnel de Noël. Nous avons hésité entre ces deux idées durant tout le printemps, puis, au mois de juin, nous avons définitivement opté pour la maquette que j'avais réalisée quelques mois auparavant. Comme je voulais une approche assez dynamique, j'avais alors fait appel à une section rythmique comme dans une chanson pop. Mais je n'étais pas sûr de cette orientation. C'est pour cela que j'ai préparé plusieurs versions. L'une classique, avec une harmonie ad hoc, l'autre pop, avec des séquences typiques de ce style.

La structure de cette chanson change de la structure pop d'un Dancin' (A Catchy Rhythm).
J'ai en effet opté pour une structure en forme de rondo, simplifié pour les besoins du projet. "Chante, c'est Noël / Sing along, sing a song of Christmas / Chante, c'est Noël / 'Tis that wonderful time of year", n'est donc pas un vrai refrain mais une cellule récurrente. J'ai senti le besoin d'utiliser cette forme car elle permet un renouvellement permanent du matériel, sachant que les chansons traditionnelles de Noël sont assez simples, bipartites. Cela peut vite devenir ennuyeux d'avoir ainsi tout le temps la même chose, en particulier dans cette parade accompagnée d'un bout à l'autre par cette musique. Le rondo permet de relancer le discours et même d'introduire une chanson à l'intérieur de la chanson. Il y a donc presque deux chansons dans Chante, c'est Noël, précisément pour casser le rythme et apporter d'autres couleurs. C'était aussi une façon tout simplement de se faire plaisir.

Et à la fin de la chanson, tout en gardant la même pulsation, on a l’impression que tout s’accélère, avec une accentuation surprenante, à contretemps, formant ainsi une conclusion des plus réussies.
Cela me fait très plaisir d'entendre cela. C'est la partie que j'ai écrite tout à la fin afin de trouver un élément qui puisse étonner, comme la cerise sur le gâteau. C'est une allusion à la musique folklorique, à mes racines d'Europe de l'Est. Mais on retrouve également de semblables accélérations dans la musique classique ou le jazz. C'est donc plus un clin d'œil pour fédérer deux ou trois styles différents, prendre à contrepied l'auditeur et terminer en beauté avec un mini feu d'artifices musical.


Comment cette musique a-t-elle été produite ?
La beauté de cette production, c'est que tous mes collaborateurs, interprètes, orchestrateurs, programmeurs, etc, sont rentrés très vite dans le sujet avec un énorme enthousiasme. C'est ainsi que lorsque j'ai envoyé la première maquette à Jay Smith, l'auteur des paroles, j'ai eu son texte en quasi-totalité dans la demi-heure qui a suivi! Quant à Adrian Enescu, l’arrangeur de certaines variations, il a fallu le réfréner car il multipliait les versions (nous sommes même allés jusqu’au rap !), et il en fut de même pour Doru Apreotesei, mon collaborateur de Stokholm. J'ai ressenti cet enthousiasme jusqu'en Californie car des musiciens et des ingénieurs du son célèbres comme Bill Schnee se sont tout de suite proposés pour travailler sur ce projet.

Une production aussi internationale a dû être complexe à gérer !
Je travaillais en même temps avec la Suède et la Californie. Il est très agréable d'opérer comme cela. Ce fut également un grand plaisir de travailler à Londres avec The Saint George's Chapel Choir du château de Windsor, la chorale de la reine d'Angleterre, des garçons adorables qui ont chanté magnifiquement bien, ainsi que la Maîtrise des Hauts-de-Seine, chœur d’enfants de l'Opéra de Paris et que nous avons enregistré ici dans notre studio. Il y a vraiment eu de la magie autour de cette chanson, et de la chance car tout s'est enchaîné naturellement, sans aucun effort pour avoir la bonne solution.

La couleur du St George's Chapel Choir est très différente de celle du Babette Langford's "The Young Set" de Disney's Toon Circus.
C'est un tout autre type de voix. The Young Set était un chœur mixte composé de garçons et filles de 6-7 ans jusqu'à des jeunes filles de 17-18 ans car les voix plus adultes permettent de mieux fixer la justesse et d'avoir une couleur plus précise. Pour Chante, c'est Noël, je voulais une sonorité plus ronde, avec des voix de garçons. C'est ainsi que je me suis tourné vers un chœur classique. Mais je voulais également un mélange de chorales : l'une anglaise pour le texte anglais et l'autre française pour les passages dans notre langue. Quant aux solistes, Jack et Amarantha, ils ont été proprement étonnants, en particulier Amarantha qui donne toute sa spécificité à la chanson. Enfin, Monica Löfgren est une merveilleuse soliste de Stokolm proposée par Doru. Elle s'est proposée pour faire la démo, et lorsque je l'ai entendue, j'ai trouvé qu'elle était aussi parfaite pour chanter en soliste dans la version finale.
J'ai vraiment cherché à développer le côté enfantin de cette chanson, dans la veine d'It's A Small World, et c’est ainsi que j'ai fait appel à un jeune orchestrateur et compositeur qui travaille beaucoup pour Disney en Californie, Scott Erickson. Nous avions déjà travaillé sur beaucoup de musiques pour le parc comme Dancin' (A Catchy Rhythm). A l'époque, il était assistant de production, le bras droit de Robbie Buchanan.

Chante, c’est Noël s’accompagne de différentes variations, à commencer par celle pour quintette de cuivres, que l’on découvrir plus tard dans la journée, lors de l’illumination du sapin.
Après avoir réalisé mes deux premières démos, je me suis dit que ce serait intéressant de décliner ce même thème pour quintette de cuivres, avec une approche harmonique totalement différente, de type anglo-saxone du début du vingtième siècle, avec un certain néo-classicisme tout en intégrant toutes les conquètes harmoniques opérées à la fin du dix-neuvième, dans l'esprit de Benjamin Britten ou de Paul Hindemith. De plus, il s'agissait de concevoir l'ensemble plus comme une polyphonie à la Jean-Sébastien Bach que comme une harmonie au sens purement vertical du terme, avec des voix qui dialoguent, en y incorporant des notes de passages induisant de petites dissonnances.

Comment avez-vous créé ce merveilleux enchevêtrement de voix ?
J'ai conçu de tête tous ces petits conflits. De plus, j'ai pu compter sur l'aide d'Adrian Enescu, l'arrangeur du quintette. Nous nous sommes toujours connus, nous avons fait nos études ensemble et nous avons travaillé ensemble il y a des années. Il travaille à Bucarest, mais également à Amsterdam ou en Espagne, et la technologie nous permet d'être toujours en contact.

On trouve dans le single de la musique de la Parade de Noël encore deux autres plages que l'on n'entend pas dans le parc, les versions Piano et Dreamy de Chante, c'est Noël!.
Il s'agit d'une sorte de bonus, un cadeau que m'a fait Doru, et j'ai pensé que ce serait une bonne idée de les intégrer dans le single qui fait ainsi plus de 22 minutes. Au début, j'ai pensé à en faire une plage fantôme dans le même style que celle du dernier single d'Halloween (bonus caché en plage 2), puis j'ai finalement préféré l'annoncer. Doru est d'origine roumaine comme moi. Nous avons beaucoup travaillé ensemble et souvent, lors d'enregistrements, nous nous mettions au piano au moment des pauses entre les séances et nous improvisions dans ce style pour nous amuser. En Roumanie, il avait un groupe de jazz-rock, mais aujourd'hui, il vit à Stokholm et est donc plus versé dans le New Age. C'est dans cet esprit qui a élaboré ces deux versions. En ce qui concerne la version Piano qu'il interprète lui-même, il ne s'agissait en rien de sombrer dans un arrangement à la Richard Clayderman, mais il a su concevoir une version simple, pas intellectuelle, "relax". Pour moi, c'est une façon de prolonger la magie quand les visiteurs rentrent chez eux en voiture. J'imagine les enfants tombant de fatigue à l'arrière se laissant bercer par ces musiques que je conçois comme des bisous avant de s'endormir…

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