lundi, décembre 14, 2009

LA-HAUT EN DVD ET BD: Entretien avec l'artiste storyboard Enrico Casarosa

Comment s'est passée l'écriture de Là Haut?
Quand j'ai rejoint l'équipe, ils avaient déjà commencé le premier et le deuxième acte. Je suis donc davantage présent dans le deuxième et surtout le troisième acte. Comme d'habitude, il y a eu beaucoup de ré-écriture. Ce qui a été le plus intéressant sur cette production, c'est que nous avons vraiment travaillé en équipe. Par exemple, très tôt nous avons écrit le troisième acte, son action et son finale, en brainstorming. Le résultat est que cette partie a très peu changé et est restée à peu près la même dans la version finale. Ce fut l'approche de l'histoire la plus large et la plus vaste qu'il m'ait été donné d'avoir. Nous avons tous travaillé sur un grande nombre de séquences différentes en échangeant nos réflexions. Ce fut un tel travail d'équipe qu'il en est difficile de trouver une séquence qui soit mienne. Mais ce n'est finalement pas important dans la mesure où on retrouve des idées à moi plutôt disséminées tout au long du film. Plus spécifiquement, j'ai eu le plaisir de storyboarder le générique de fin avec mon collègue Bill Presing. Un excellent moment!


Cela semble vous avoir particulièrement plu!
Je pense que cela tient principalement à cette collaboration étroite avec Pete Docter et Bob Peterson, dans la mesure où ils ont une sensibilité très proche de la mienne. On se comprend très vite et très facilement. Et puis, ce n'est vraiment pas un film comme les autres! Un film comme ça, cela n'arrive pas souvent dans le métier! Je me sens donc très chanceux d'y avoir participé!

Le premier choc du film vient de cette séquence sans parole racontant la vie commune de Carl et Ellie, puis la disparition d'Ellie.
Le mérite en revient à Ronnie Del Carmen qui a storyboardé la majeure partie de cette séquence. Elle a été façonnée avec beaucoup de soin tout au long de la production. Pour la première projection test, nous avons pu remarquer combien le public réagissait de façon très émotionnelle, et nous nous sommes alors rendus compte que nous avions touché à quelque chose d'essentiel.

Le cœur du film repose sur la relation entre Carl et Russel. Comment l'avez-vous abordée?
Nous savions qu'il faudrait l'aborder avec énormément de soin. Il était très important de faire en sorte que ces deux personnages aillent bien ensemble et que ce petit garçon remue un peu le vieil homme. C'est ce qu'il peut arriver de pire à un vieux grincheux! Il fallait donc garder en permanence un lien entre les deux. Un certain vide dans leur vie respective que l'autre va pouvoir combler. Cet arc a fait l'objet de toute notre attention.

Là-Haut racontre l'histoire d'un vieil homme et d'un jeune garçon, et vous, à Pixar, vous avez majoritairement entre 30 et 40 ans –donc juste entre les deux. Comment êtes-vous parvenus à tisser un lien entre ces deux héros?
Au départ, Pete Docter et Bob Peterson ont essayé de les lier à leur propre vie. Pete s'est vraiment inspiré de son propre grand-père, par exemple. Et puis, ils ont beaucoup étudié en allant visiter des maisons de retraites. Ils leur ont proposé de jouer de la musique. Tous deux sont d'excellents musiciens, notamment Pete, qui joue de la contrebasse. Eux se sont bien amusés et les personnes âgées aussi! Et pendant ce temps, ils les observaient et les étudiaient avec attention, en regardant leurs postures et leurs attitudes. Ils s'imprégnaient de ce qu'était leur vie, leur façon de bouger et de réagir. Malheureusement, ils ont fait cela avant que j'arrive sur le projet. Au final, je pense que ce qu'il y a de très tendre dans cette histoire et ce qui nous a décidé à en faire partie, c'est qu'il nous a fait réfléchir à notre propre vie. J'ai personnellement beaucoup pensé à mon grand-père, et j'ai essayé de rassembler mes souvenirs. Ma grand-mère est décédée pas mal d'années avant mon grand-père et cela a toujours été l'objet d'un ressentiment. Il en a toujours voulu à Dieu de l'avoir obligé à survivre aussi longtemps à elle. On passe toute sa vie avec celle qu'on aime et soudain, quand l'un des deux disparaît, on espère qu'une chose, c'est partir avec elle ou lui. Je suis certain qu'il aurait aimé la rejoindre au plus vite. Cela m'a renvoyé à ma propre épouse et au moment où la vie nous séparera. Ce sont de tristes pensées, mais au final, elles doivent nous donner la force de profiter de la vie, du moment présent.

En ce qui concerne le jeune garçon, ce fut plus difficile de créer un lien personnel avec lui. C'est un personnage davantage inspiré du cartoon, mais il a aussi des problèmes. Sa famille est éclatée, ce qui fait qu'il lui manque également quelque chose. La rencontre de Carl et Russel prend alors tout son sens dans la mesure où tous les deux ont des pièces manquantes dans le puzzle de leur vie. Nous avons donc essayé de faire en sorte qu'ils aient vraiment besoin l'un de l'autre. C'est ce qui fait toute la valeur d'une histoire comme celle-ci. Elle vous permet de réfléchir à des choses aussi importantes que la mort, et vous fait réaliser que vous êtes toujours sur terre, et que vous avez encore quelque chose à faire de votre vie, des rencontres à faire et vivre tout cela à plein!

Un autre élément de l'histoire que j'adore, c'est que, d'une certaine façon, on peut dire que Carl s'en va en Amérique du Sud pour y mourir ; c'est en quelque sorte son dernier voyage. J'ai toujours vu pour ma part les choses comme cela. Et ce petit garçon est là pour lui redonner le goût de vivre. Carl essaie de réaliser le dernier vœu de sa femme, mais il essaie dans le même temps de la rejoindre dans ce voyage insensé. Bien sûr, cela apparaît en filigrane, mais j'ai toujours aimé cette vision des choses. C'est cet enfant qui lui permet de réaliser que peut être Ellie ne veut pas que Carl la rejoigne tout de suite, et qu'il doit encore accomplir des tas de choses. C'est vraiment une histoire profonde, subtile, avec une dimension émotionnelle essentielle. Mais, j'y pense: on parle vraiment d'un film, là?

Comment avez-vous intégré ces personnages dans cet environnement très spécial que sont les tepuis d'Amérique du Sud?
Depuis le début, nous avons pensé qu'il fallait aborder les tepuis et tout cet environnement montagneux comme un personnage à part entière. Ce fut un de nos défis à relever. Comment le réaliser? C'était un défi dans le sens où cet endroit était si inconnu, si différent de ce qu'on peut imaginer. Pete, Ronnie et différents artistes de la production ont pu s'en rendre compte sur place. L'idée était de rendre crédible cet endroit incroyable. Il faut dire que certaines formes de rochers sont vraiment bizarres. Donc, le département artistique a mis tout son talent à faire en sorte de donner le sentiment que cet endroit existe bel et bien.


Il n'y a pas que l'environnement qui est spécial. Kevin l'est aussi!
C'est un personnage qui a beaucoup changé au cours de la production. Au départ, il devait avoir quelque chose d'un dinosaure dans la mesure où il devait être très spécial, et devait être le chaînon manquant entre les dinosaures et les animaux actuels. Nous avons donc joué avec cette idée et d'autres. Nous avons beaucoup cherché pour trouver qui était Kevin en réalité et nous sommes passés par des designs différents. Et puis, par rapport à Muntz, le méchant de l'histoire, il fallait faire comprendre que cet oiseau était suffisamment spécial pour que quelqu'un le chasse depuis des années. A un moment, il était même question pour Kevin d'avoir des oeufs et d'être liée à la Fontaine de Jouvence. Nous étions vraiment du côté du fantastique. C'est alors que nous nous sommes rendus compte que, pour intéressantes qu'étaient ces idées, cela tournait un peu grotesque et ne correspondait pas vraiment aux thèmes que nous voulions traiter dans notre histoire. C'est pourquoi je pense que l'idée d'un oiseau plus classique fonctionne beaucoup mieux au final. On a toujours cette idée que Kevin est le chaînon manquant et c'est la raison pour laquelle nous l'avons abordé comme un croisement entre les dinosaures et les oiseaux. C'est de là que viennent ces pattes immenses. Nous avons également eu des autruches qui sont venues quelques heures dans les pelouses de Pixar pour se faire "croquer" par nos dessinateurs, afin de servir de référence. Ce fut également intéressant de trouver le bon équilibre pour sa personnalité. Il fallait qu'on la perçoive comme un véritable oiseau et lui donner un comportement qui ne fasse pas trop humain.


Pouvez-vous nous dire maintenant quelques mots sur Cars 2, qui est actuellement en préparation?
Il y a plus de choses que je ne peux pas vous dire que de choses que je peux! Et je suis actuellement sur un autre projet en développement donc je peux encore moins vous parler! Ceci dit, Cars 2 est très prometteur! Il y a beaucoup de nouveaux personnages géniaux. Et puis, il y a quelque chose de très excitant dans le fait de représenter le monde entier dans le style de Cars. Tout ce que j'ai vu donne vraiment envie! Toutes les principales villes du monde vont être transformées selon cette philosophie "automobile". Ce sera un film d'action international dans la mesure où de nombreux pays vont pouvoir voir leur version "car-ifée". Ce sera très sympa!

1 Comments:

Anonymous Alex said...

Encore une excellente interview et très instructive. :)

Bravo!!

Alex

11:23 PM  

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