vendredi, janvier 05, 2007

SCARY MOVIE 4 EN DVD : Entretien avec le compositeur James L. Venable


Une seule règle : n’épargner rien ni personne !
SCARY MOVIE 4, quatrième et -pour l’instant- dernier volet de l’improbable trilogie des aventures de Cindy Campbel et ses amis, fait aujourd’hui de nouvelles victimes parmi les récents blockbusters de l’horreur, sous la direction, pour la deuxième fois consécutive, de David Zucker. Avec Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ?, le réalisateur créait en 1980 un genre inédit de comédie, loufouque et imaginative, mêlant jeux de mots, second degré et humour burlesque. Un film qui a inspiré toute une génération de comédies dont SCARY MOVIE 4 est l’ultime expression.
Mais au fait, cette dérision ne cacherait-elle pas en même temps l’exact contraire ?
C’est ce que laisserait à penser le compositeur James L. Venable, qui nous revient pour son deuxième SCARY MOVIE…et demi ! Entre délire et rigueur, il nous dresse un portrait étonnant et inattendu du travail de compositeur de parodie -ou de « comédie horrifique » comme il aime à le dire lui-même- où se mêlent hommage et irrévérence…


JUST GOT SERIOUS : SCARY MOVIE 3

Comment êtes-vous entré pour la première fois dans l’univers de SCARY MOVIE ?
Je suis arrivé sur SCARY MOVIE 2, mais en fait on a simplement fait appel à moi pour donner un coup de main sur quelques musiques. Les créateurs du film voulaient essayer différentes choses sur certaines scènes. Dans ces cas-là, il arrive souvent que l’on fasse appel à des compositeurs extérieurs pour apporter un regard neuf sur ce qui a été fait. Mon rôle a donc été plus expérimental qu’autre chose, mais il n’empêche qu’ils ont gardé quelques petites choses de ce que j’avais fait.

Comment êtes-vous devenu compositeur principal de SCARY MOVIE 3 ?
Je pense que c’est Bob Weinstein qui m’a recommandé auprès de Bob Weiss et David Zucker.

Avec David Zucker aux commandes, SCARY MOVIE 3 affiche un humour très particulier. Quelle fut votre approche en tant que compositeur?
David Zucker, Bob Weiss et moi-même sommes tombés d’accord sur l'idée qu’une musique prétendument drôle ne l’est en fait jamais. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour une approche plus dramatique : la musique suit les gags au plus près, mais sans jamais essayer d’être drôle par elle-même. Si quelque chose d’effrayant ou de dramatique se passe à l’écran, nous l’avons traité de façon sérieuse. De fait, la musique n’essaie pas de se substituer à l’humour visuel, mais se juxtapose à lui.

Comment s’est passée votre collaboration avec le réalisateur David Zucker ?
J’ai travaillé de façon très classique avec lui. J’ai visionné le film en sa compagnie, nous en avons discuté, puis j’ai réalisé des maquettes que je lui ai soumises. Sa préoccupation principale était que la musique ne vienne pas entraver l’enchaînement des gags. Il fallait faire de la place à ces gags et faciliter le déroulement de l’action.


Quelle fut votre attitude par rapport aux films parodiés dans SCARY MOVIE 3 ?
J’ai absolument voulu rester fidèle à l’esprit des musiques des films parodiés. Pour chacune d'elles, je me suis attaché à rechercher ce qui faisait leur identité musicale. A partir de là mon attitude a été double. D’une part, prendre en compte le langage musical propre à ces films, mais en même temps imaginer ce que j’aurais pu faire si j’avais eu ces scènes à mettre en musique. Prenez par exemple la parodie de SIGNES. Mon travail n’a pas consisté dans le ré-emploi de thèmes, mais bien du vocabulaire que James Newton Howard a créé pour le film. Pour ce faire, j’ai tout simplement utilisé les dvd officiels. Et lorsque le compositeur est interviewé dans les bonus, je prends un maximum d’informations. Je compose alors une musique originale, mais adaptée de tout ce matériel.

Vous est-il arrivé d’avoir recours aux partitions originales ?
Pas très souvent car je me suis avant tout intéressé à la façon dont la musique fonctionne à l’intérieur du film original. Et si j’avais besoin de plus de précisions, j’utilisais plus directement les albums cd.

Cela représente un travail considérable !
En effet, c’est comme si je redevenais étudiant. J’ai fait une véritable étude de style en partant d’un genre -le film d’horreur- et en examinant comment il a été traité par les plus grands compositeurs de ce genre. A force de m'imprégner de tous ces styles si différents, je suis devenu une sorte de caméléon et j'ai énormément appris.

Cela doit être d’autant plus intéressant quand il s’agit des musiques de vos compositeurs favoris comme c’est le cas avec James Newton Howard.
Absolument, je suis un grand admirateur de tous les compositeurs dont j’ai analysé les partitions tout au long de ce processus et tout particulièrement de James Newton Howard. Il a toujours été un de mes compositeurs préférés et ce fut un honneur de me plonger dans sa partition pour SIGNES et d’essayer de lui rendre hommage dans SCARY MOVIE 3.

SIGNES brille notamment par ses orchestrations subtiles. Les avez-vous ré-employées dans SCARY MOVIE 3?
Nous touchons ici aux limites de la parodie. Certes il faut que l’allusion au film original soit évidente. Mais en même temps, la parodie doit vivre par elle-même. L’un des choix importants que le compositeur doit faire est de savoir jusqu'à quel point il doit être fidèle à la partition originale, tout en prenant en considération que son premier devoir est envers le film sur lequel il travaille. Les orchestrations subtiles de James fonctionnent parfaitement dans SIGNES car c’est un film très subtil. Une comédie comme SCARY MOVIE n’a pas cette subtilité. Il y a un « son » SCARY MOVIE et il fallait le prendre en compte. Je dirai donc que le film est avant tout une comédie horrifique. Les clins d’œil viennent en second.

Une autre parodie est celle du RING.
Absolument. J’ai ressenti la partition d’Hans Zimmer comme très atmosphérique et j’en ai tenu compte. Mais comme je vous l’expliquais, SCARY MOVIE 3 demandait une approche plus orchestrale. Ce fut exactement la même chose pour la parodie de MATRIX. Il y a un hommage évident au film original et à sa musique, mais la folie de SCARY MOVIE reprend vite le dessus. Mon rôle a donc été d’accompagner le film de David Zucker sur son propre chemin.

Que pensez-vous des films que vous parodiez?

Il n'est possible de faire de bonnes parodies qu'avec de bons films à la base. Les parodies de SCARY MOVIE sont de véritables hommages, une véritable reconnaissance de la qualité des films originaux.

Est-ce que tant de parodie ne peut pas nuire à l’expression de votre propre style ?
Quand j’ai commencé SCARY MOVIE 4, je me suis replongé dans ce que j’avais fait dans le 3, pour me le remettre en mémoire et j’ai réalisé que ce film était finalement le tout premier exemple de ma vision personnelle de ce qu’est une comédie horrifique. Cela consiste à prendre au sérieux tous les événements et à faire monter la tension de la même manière que vous le feriez dans un film d’horreur classique. A la différence que toute cette musique est conçue pour évoluer autour d’une action et de dialogues propres à la comédie.



LA GUE-GUERRE DES MONDES : SCARY MOVIE 4

Le passage du 3 au 4 semble avoir été naturel pour vous…
Le fait que l’équipe du film fasse de nouveau appel à moi était surtout rassurant. C’était la preuve que je ne m’étais pas trop trompé sur le 3 ! (Rires). Plus sérieusement, j’ai vraiment été ravi de recevoir ce coup de fil. J’avais aimé travailler avec cette équipe pour le 3. Ce sont des gens très drôles. De plus, de par la nature parodique de la série, ils travaillent toujours sur un matériel nouveau, c’est un plaisir sans cesse renouvelé !

Ce fut donc l’occasion pour vous d’expérimenter de nouvelles choses.
Exactement. A force d’étudier tous ces films, il m’est apparu que la plupart d’entre eux jouent sur des effets instrumentaux largement inspirés de la musique classique du vingtième siècle. Sur SCARY MOVIE 3, j’ai beaucoup expérimenté à partir des effets de cordes que l’on retrouve habituellement dans ce genre de film : limites de la tonalité et quart de tons. Sur SCARY MOVIE 4, j’ai repris les mêmes principes, toujours aux cordes, mais également aux cuivres et aux bois, en expérimentant de nouvelles choses, afin d’obtenir des sons inquiétants avec ces instruments.

Avez-vous un exemple d'expérience à nous proposer?
SCARY MOVIE 3 était basé sur un thème de trois notes tandis que le 4 est basé sur un thème de quatre notes -ce ne fut pas délibéré, c'est juste une coïncidence-. Et ce thème passe par de multiples orchestrations. A un moment, je suis venu face à l'orchestre et j'ai demandé aux bois de jouer ces quatre notes de façon aléatoire selon un schéma rythmique pré-établi afin de créer une tension particulière. Puis j'ai fait la même chose avec les cuivres en leur disant : "éclatez-vous avec ces quatre notes!" Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, mais cette sorte d'improvisation contrôlée fut très intéressante.

Comment avez-vous géré ces improvisations du point de vue du timing?
J'ai envisagé très précisément le nombre de mesures et le tempo de ces improvisations, comme pour un dessin animé. Les musiciens savaient exactement où ils devaient commencer à improviser, et où ils devaient reprendre la partition normale, le tout toujours sous la battue du click et du chef qui gérait l'augmentation progressive de la tension que devaient créer les musiciens.

Vous évoquez l'animation, avec laquelle vous avez fait vos débuts, principalement sur des séries animées comme les POWERPUFF GIRLS, à l'influence très stallingienne. Cela vous a-t-il aidé dans votre traitement des gags de SCARY MOVIE?
Absolument. Carl Stalling avait deux façons de traiter l'humour. L'une d'elle consistait à faire appel à des sonorités instrumentales comiques, comme avec les trompettes bouchées. L'autre, c'était de construire une progression dramatique vers un moment clef, et là, au lieu de faire un climax, il laissait tout retomber brusquement. C'est cette seconde approche que j'ai utilisée sur SCARY MOVIE, la première, trop cartoon, ne correspondait pas à l'esprit de la musique du film. En règle générale, on évite d'y recourir dans un film en prises de vue réelles.


Quels sont les autres thèmes principaux du film, en dehors de ce motif de quatre notes dont vous parliez?
Chaque personnage a son propre thème et une approche spécifique, à commencer par Cindy Campbel. C'est une sorte de love theme qui la relie à son amoureux chaque fois que leur relation est évoquée dans le film. Plus généralement, je dirais que mes thèmes ont trait tout à la fois aux personnages et aux situations.

Dans la mesure où la saga SCARY MOVIE fait toujours appel aux mêmes personnages principaux depuis le début, avez-vous utilisé des thèmes des films précédents?
Non. Il n'y avait aucune obligation à cela et j'ai donc privilégié la nouveauté.

Devant tant de musiques différentes parodiées, avez-vous fait appel à différentes tailles d'orchestre?
Non, tout a été enregistré avec un ensemble de 75 musiciens. Cela me permet d'organiser plus facilement mes sessions sans avoir le souci d'un orchestre A et d'un orchestre B.

Avec LA GUERRE DES MONDES, abondamment parodiée dans le film, vous vous attaquez cette fois à forte partie!
Je suis un très grand fan de John Williams. Face à lui, nous avons tous l'air de débutants! Et chaque fois que je travaille sur un projet qui le touche de près ou de loin, que ce soit CLONE WARS ou celui-ci, je tremble dans mes baskets! Ceci dit, pour les séquences parodiant LA GUERRE DES MONDES, je me suis demandé quelles étaient les techniques de composition employées dans le film de Steven Spielberg et comment je pouvais les appliquer à mon thème de quatre notes. J'en suis arrivé à la conclusion que sa partition était très emprunte d'atonalité, voire de dodécaphonisme, dans une approche entre Stravinki et Schönberg. Je ne prétends pas que c'est ainsi que John Williams a travaillé, c'est juste mon sentiment. J'ai donc développé mon thème dans ce sens, en le faisant passer par des mesures inégales et des rythmes irréguliers.

Comment cela s'est-il passé pour LE VILLAGE?
Là, mon objectif a toujours été de reprendre mon thème de quatre notes, mais de l'intégrer à une musique basée sur l'association entre l'orchestre traditionnel et des sonorités de synthèse inquiétantes.


Les partitions originales de THE GRUDGE et SAW sont davantage atmosphériques.
J'avais créé pas mal de sons électroniques pour SCARY MOVIE 3 et je les ai réutilisés ici pour la plupart. Pour ces films, je dois dire que la parodie visuelle de ces films dans SCARY MOVIE 4 est assez éloignée des originaux. De fait, musicalement, mes musiques, mêmes si elles renferment des clins d'œil, sont très différentes des originales, compte tenu également que notre film est bien moins psychologique que les originaux, et beaucoup plus agité, ce qui ne permettait pas un traitement aussi progressif et subtil que dans les films parodiés.

Vous amusez-vous autant que le public durant la production d'un tel film?
La plupart du temps, oui! Je suis un très bon public pour les films de David Zucker. J'adorais ses premiers films, et c'est un honneur de pouvoir travailler avec lui aujourd’hui. Il sait vous faire rire avec tant de choses!

Seriez-vous près à rempiler pour SCARY MOVIE 5?
Absolument! Sans l'ombre d'un doute! Il n'y a rien d'officiel à ce jour, mais le fait est que si le public est toujours au rendez-vous, il n'y a aucune raison de s'arrêter en si bon chemin!

1 Comments:

Anonymous Bessie said...

Good for people to know.

12:56 PM  

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