lundi, décembre 18, 2006

NOËL A DISNEYLAND RESORT PARIS : Entretien avec le show director Christophe Leclercq

Show director –et pour tout dire, un peu magicien-, Christophe Leclercq (Le Voyage Fantastique de la Fée Clochette, Wishes…) a créé cette année encore ce Noël de Contes de Fées à Disneyland Resort Paris. De la Parade de Noël (nocturne à partir du 23 décembre) à la Cérémonie des Contes et Lumières, la magie s’empare tous les jours du parc Disneyland, tandis que défilent les princes et princesses Disney, ouvrant la voie au Père Noël, et que d’un coup de poussière d’étoiles, la Fée Clochette illumine le sapin, les réverbères de Main Street, puis le Château de la Belle au Bois Dormant qui semble se couvrir de millions de diamants étincelants.
Un véritable voyage magique, avec le meilleur des guides !


Monsieur Leclercq, d’où vous est venue votre inspiration pour La Parade de Noël ?
Comment ai-je pu imaginer cette parade blanche, or et argent ?… En fait, je me suis replongé dans mes souvenirs d’enfance. Etant natif du Nord de la France, Noël est synonyme de blanc, celui de la neige qui recouvrait le jardin. Petit, j’allais aussi souvent dans les greniers de mes grands-parents, et une fois je suis tombé sur une collection de vieilles boîtes à musique. Je les ai ouvertes, et à l’intérieur, j’y ai trouvé de petites poupées de porcelaine peintes à la main, avec des costumes différents qui tournaient au son de ce carillon. C’est de là que m’est venu l’idée d’utiliser les chars comme des boîtes à musique, avec les princes et princesses en lieu et place des poupées. Puis, en songeant à ces couples princiers, j’ai pensé à la richesse et j’en suis venu à utiliser l’or et l’argent sur des costumes très blancs.

Chaque parade raconte une histoire. Quelle est celle de La Parade de Noël ?
La Parade de Noël est en fait un écrin de velours sur lequel défilent nos princes et princesses. La première boîte à musique est consacrée à Mickey et ses amis. Elle est très victorienne et vraiment caractéristique dans la mesure où les personnages se retrouvent sur une sorte de proscenium surélevé avec une grosse clef dorée et une petite statue qui tourne sur le devant du char. C’est la boîte à musique en couleur qui annonce l’arrivée de notre écrin à bijou en velours : les princes et princesses. Et pour refermer cette parade, on retrouve le Père Noël, dont le traîneau est tiré par de vrai rennes, mais aussi le petit tambour sur son cheval de bois, avec tous les soldats de bois qui représentent pour moi les jouets de la hotte du Père Noël. On a donc de la couleur au début, de la couleur à la fin, et le velours blanc au milieu. C’est donc une sorte de présentation de boîtes à musique, tout en restant très Disney puisque nous avons utilisé en fait nos chars redécorés dans les même tons.

De Cendrillon à Aladdin, c’est en effet un fabuleux défilé de princesses. Mais qu’en est-il de Mary Poppins ?
C’est vrai que ce n’est pas une princesse. Mais la réponse m’est apparue quand j’ai commencé à réfléchir sur le line-up, la succession des chars : elle avait tout naturellement sa place juste avant les rennes du Père Noël car le traîneau survole tous les ans les toits de Londres. De fait, chaque char occupe une place bien précise dans cette histoire, et pour des raisons bien précises. C’est ainsi que j’ai voulu que le char le plus long, celui de Cendrillon, soit le premier des princes et princesses. A priori, l’idéal aurait été de commencer par la Belle au Bois Dormant, mais le char est un dragon, un peu violent pour ouvrir une telle parade ! Dans ces conditions, autant commencer par une jolie citrouille et ces chevaux qui gallopent, tirant finalement dans leur sillage toutes les autres princesses…

Comment avez-vous créé cette parade ?
Tout d’abord, nous sommes partis de chars existant. A nous de les rendre attractifs pour telle ou telle saison. C’est ainsi qu’on les décore façon Halloween pour la Parade des Méchants et façon Noël pour cette saison. J’en ai longuement parlé à notre designer des costumes, Sue Lecash, en lui disant que ce serait vraiment bien que nous ayons une parade de Noël avec des costumes. Pas simplement une musique de Noël avec des décorations de Noël clinquantes, en restant dans le rouge, le vert et le jaune, avec les mêmes costumes que pendant l’été. Le blanc était tellement représentatif de Noël pour moi que je lui ai demandé si elle serait d’accord pour créer des costumes de cette couleur. Elle a trouvé cela fabuleux. Et quitte à faire, si on créait des costumes blancs pour les artistes au sol, on pourrait aussi adapter ceux des princes et princesses sur les chars, tout en gardant la coupe standard. Sue s’est alors mise tout de suite à dessiner, et ce sont ses dessins qui ont tout déclenché. On les a montrés à la direction et je leur ai dit : « voilà, parade blanche, nouvelle musique, nouvelle chorégraphie, tout le monde passe en blanc, or et argent. » Et quand j’ai commencé à sortir les croquis, ils ont fait « Waow ! ». Je leur ai alors dit : « oui, vous pouvez le dire. Moi, avant les dessins j’avais l’image en tête, mais quand je les ai vus sur papier, là je me suis dit qu’on avait un beau produit pour Noël, quelque chose de neuf qui n’avait jamais été fait ailleurs. » Ce sont les costumes qui ont convaincu tout le monde et qui nous ont permis de renouveler ainsi notre saison.

Musicalement, on est passé du Casse-Noisettes de Tchaïkovski à un répertoire créé spécialement pour le parc par Vasile Sirli, Chante, c’est Noël.
Vasile m’a demandé : « cette parade, tu la vois comment ? Comment tu la ressens ?» Je lui ai alors présenté les dessins des costumes, et raconté mon histoire de boîtes à musique et je ai dit qu’il faudrait peut-être une musique du genre système à ressort, « click-clack, click-clack ». De plus, la parade devait avancer, s’arrêter, s’avancer, s’arrêter, sans arrêt, comme un accordéon. Il fallait donc quelque chose d’assez répétitif, qui tourne un peu sur lui même, à l’image des petites poupées. Car, à un moment donné, les personnages ont tous une chorégraphie identique, qu’on retrouve sur chaque unité. Vasile m’a alors dit : « je vois ce que tu veux dire. Et, tu sais, quelque chose qui ferait très Noël, dans cet esprit, ce serait d’avoir des voix d’enfants. » C’était une excellente idée, d’autant plus qu’il avait l’habitude de travailler avec la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Ces derniers ont accepté tout de suite, et on a reçu ces 15 gamins qui ont merveilleusement chanté cette chanson en français et en anglais. Ces petites têtes blondes si turbulentes dans le « break room », la salle de repos, ont changé brusquement d’attitude sous la houlette de leur chef de chœur et ont donné le meilleur d’eux-mêmes en très peu de prises. On a vraiment travaillé main dans la main avec Vasile. Dès la première démo, il avait compris tout l’esprit du morceau et toute la structure en accordéon dont j’avais besoin pour la mise en scène de la parade.

Quelles furent les implications de cette nouvelle musique sur la chorégraphie de la parade ?
Les choses ont bien changé par rapport à ce que l’on faisait d’habitude. Auparavant, c’était assez classique. Là, on est plus revenu à un défilé de costumes, même si c’est chorégraphié. Il y a beaucoup de fontaines, tout en avançant. J’ai voulu quelque chose de simple, de smart, de class. Pas trop dansé parce que la musique est très douce et que je voulais que la parade glisse littéralement sur le sol. C’est comme si les poupées avaient les pieds liés et qu’elles étaient sur un rail. Je ne me suis pas lancé dans des choses trop « hystériques » ( !), à part pour les ramoneurs, pour lesquels je me suis permis de sauter un peu en l’air ! Si on regarde bien les lords et ladies avec La Belle au Bois Dormant, les crinolines et manteaux avec Cendrillon, les orientaux avec Aladdin, on s’aperçoit que cela courrote parfois, mais cela marche finalement beaucoup : ça glisse tout seul. Ce tapis blanc enneigé qui sert de décor à la parade agit aussi comme une sorte de patinoire. De fait, c’est une autre façon de travailler, mais aussi d’expliquer aux danseurs le style qu’on voulait obtenir, et ils ont tout de suite adhérer. Il faut dire que la Parade de Noël est quelque chose de très reposant, tant pour le public que pour les performers. C’est une chorégraphie beaucoup moins fatigante que celle de la Parade des Princes & Princesses, qui les emporte vers un univers cotoneux, doux et chaleureux.

Comment avez-vous choisi le sens de la parade ?
La Parade de Noël sort de It’s A Small World et parcourt son trajet pour sortir à Town Square-Main Street Est, tout à côté de Kodak. On pourrait la faire démarrer de Main Street, c’est sans soucis, y compris du point de vue musical. Je le vois d’autant mieux que lors des répétitions le soir, je ne fais que des allers-retours. C’est plus compliqué pour Fantillusion, dans la mesure où il y a un programme avec des arrêts bien précis pour respecter les différentes zones musicales. Etant donné que, dans Fantillusion, il y a trois arrêts et trois actes différents –donc trois musiques différentes-, sans compter les voix de characters comme Jafar ou Maléfique, on peut aussi aller dans les deux sens de ce point de vue, mais c’est plus compliqué car il faut une programmation différente à chaque fois. La différence, c’est qu’on part de Main Street pour aller vers It’s A Small World quand il n’y a pas de feu d’artifices. Dès qu’il y en a un, on a le parcours inverse car les gens suivent toujours le dernier char. Pour nous, le choix de ce sens facilite la clearance, la privatisation de Fantasyland et de Castle Stage pour pouvoir tirer le feu, pour des raisons de sécurité. Maintenant, vu que nous sommes plus libres pour La Parade de Noël, je dirai que je préfère démarrer d’It’s A Small World pour descendre Main Street. Pourquoi ? Parce que, si je me place dans Main Street, je vois automatiquement dans ma ligne de vue les chars qui s’alignent avec le Château derrière. L’important pour moi, c’est qu’on voie une parade avec son château derrière. C’est le plus bel axe qui existe !

A partir du 23 décembre, les horaires de la parade changent, ce qui fait qu’elle va défiler de nuit.
C’est une belle première ! On va donc utiliser notre système d’éclairage, qui n’est pas sur les chars, mais sur la route de la parade : les parade poles. C’est un système qui n’est pas visible par les visiteurs. Cela marche comme la musique : c’est une programmation. Les chars vont sortir de It’s A Small World et le premier char va pousser la musique devant lui, d’une certaine façon. C’est ce qu’on appelle une ouverture de zone. Et à chaque fois qu’on passe une zone, on ouvre une fenêtre, qui elle-même va ouvrir les haut-parleurs sur lesquels on va lancer les annonces « dix minutes », « cinq minutes », juste avant la « show announce » qui enchaîne avec la parade. Cette dernière est lancée informatiquement par le char qui pousse la musique devant lui. 150 mètres devant le char, l’annonce est diffusée, avec la musique de la parade juste après. Puis la parade rentre dans cette zone, tandis que les danseurs sont en synchronisation parfaite avec tout cela. C’est le même principe pour les Parade Poles qui se mettent en fonction lors des ouvertures des fenêtres musicales. Dès que l’annonce démarre, les mâts camoufflés dans les toits de Main Street, dans le préau à pop corn de Central Plaza ou encore dans les tours devant Castle Stage, vont se soulever et les projecteurs s’allumer. Il nous arrive de monter les parade poles quand les journées sont un peu grises. Cela permet de donner un peu de luisance aux bâtiments et à la rue, cela fait un peu plus chaleureux.

Comment avez-vous envisagé cette nouvelle lumière ?
Nous répétons toujours de nuit, ce qui fait que je connais bien les effets de la lumière sur les costumes et les chars : c’est flamboyant ! Nous allons faire un petit réglage de la lumière. Bien qu’on reste en plein feu, je ne voudrais pas que l’on mette de gélatine colorée sur les projecteurs, comme on l’a fait pour la parade d’Halloween. Pour la Parade de Noël, il faut absolument que le blanc soit réhaussé.

Venons-en maintenant à la Cérémonie des Contes et Lumières, qui triomphe cette année encore sur Central Plaza. Comment tout cela a-t-il commencé ?
Ma première source d’inspiration a été les Légendes. Je me suis dit que j’aimerais bien avoir des elfes sur scènes. C’est la raison pour laquelle nous avons créé le Jardin des Contes. Pour moi, c’est vraiment la scène centrale avec son tapis de neige autour et ses boules de Noël. C’était un peu dommage d’avoir un décor aussi exceptionnel que le Château et de ne rien avoir sur Central Plaza. Il fallait raconter quelque chose ici et en faire le point de départ de l’illumination du sapin. De là, nous en sommes venus aux princesses et l’idée m’est venue de faire de chaque boule une icône de chaque princesse : la pomme, le soulier, la robe enchantée et la couronne. Et nous avons bien fait de penser à cela car les gens adorent ! Puis, au fil du temps, le concept a évolué. Au début, c’était le Père Noël et les elfes, qui est devenu Princes & Princesses avec Mickey et ses amis venus faire un « Christmas swing-along ».

Quelle histoire cette cérémonie raconte-t-elle ?
Nous avons alors imaginé Minnie comme maître de cérémonie et qui va amener ses copains pour chanter des chants de Noëls connus de tous. Mais dans le même temps, notre compère Dingo veut fabriquer son arbre de Noël. Sur ces entrefaites, Mickey arrive avec une grande surprise : c’est son amie Clochette qui va illuminer le Château. Sa poussière d’étoile descend le long du Château, parcourt le Jardin des Contes, scintille sur les lampadaires et les toits de Main Street pour mieux exploser de mille feux sur le sapin, de retour à Town Square. A partir de là, pour mieux replonger les visiteurs dans l’esprit de ce Noël familial et chaleureux au coin de la cheminée, nous avons eu l’idée d’une nouvelle chanson originale, Ring The Bells, pour accompagner l’illumination des lampadaires. On s’est dit qu’on avait sous la main des chanteurs lyriques de tout premier ordre et qu’on pouvait faire appel à eux pour cette production. Ce qui fait que tous les jours, les Christmas Carollers s’entendent chanter !…Enfin, on éteint le programme sapin-lampadaires pour retourner au Château, et là c’est l’apogée avec l’illumination du Château.

La Cérémonie est plus courte cette année que l’année dernière.
On pourrait faire mille choses avec les princesses, mais à cette époque de l’année, il fait froid, et les gens ont attendu debout parfois pendant une heure pour avoir une bonne place. Il nous fallait donc quelque chose d’énergique, de percutant, de coloré, et de pas trop long. Nous avons donc opté pour une cérémonie de 12 minutes, et cela semble satisfaire tout le monde. L’année dernière, nous avions eu d’excellents échos, mais les gens trouvaient que c’était long, malgré tout. Il y avait un prologue avec des danseurs en costume victorien. Beaucoup on d’ailleurs pensé que c’était Mary Poppins ! Pour éviter la confusion, on a donc décidé de supprimer cette partie. De la même façon, en ce qui concerne les princesses, on a décidé de se concentrer sur One Man’s Dream, de raccourcir à peine la musique pour mieux parler de Disneyland, du Château, de la rencontre des princes et princesses, de garçons qui savent voler comme Peter Pan, de marionnette comme Pinocchio. Cette année, les gens se disent « c’est déjà fini ? ». Mais il vaut mieux cela que s’ennuyer.

L’autre grande nouveauté, c’est le changement de place du sapin, qui regagne Town Square !
Grande victoire ! Le sapin était à Town Square depuis l’ouverture du parc ! Il faut savoir que le sapin est le même depuis 15 ans, que c’est toujours la même technologie : des ampoules à réchauffement, avec un filament. Ce qui a son charme, mais le fait est que le Château et les lampadaires sont traités aujourd’hui en LED, une technologie puissante et solide, et totalement différente. Quand on a commencé à travers sur la Cérémonie, le problème de la place du sapin s’est posé : soit on assistait à la cérémonie depuis Town Square, on ne voyait pas le Château car les arches bouchaient la vue, soit on y assistait depuis Central Plaza et on ne voyait plus le sapin. C’est la raison pour laquelle j’ai suggéré de changer le sapin de place. On a alors lancé les travaux, on change le sapin de place, et on passe une année comme cela, et ça fonctionne. Or, l’année d’après, on me dit : plus d’arches, on développe un nouveau concept de lumière. Les lampadaires arrivent. D’un coup, je me retrouvais avec un champ de vision totalement ouvert depuis Town Square : on voyait le Château, mais on ne voyait plus le sapin. En remettant le sapin à son emplacement original, on avait deux icônes de part et d’autre du champ de vision, et toute la cérémonie était visible. C’est ce que j’ai suggéré cette année, et tout le monde a été d’accord avec moi !

Quant aux lampadaires, ils sont différents de l’an passé.
J’ai en effet reprogrammé le tout, ce qui prend des nuits et des nuits car il faut prendre en compte le temps de réchauffement de l’ampoule (parfois jusqu’à 15 minutes), ce qui complique passablement le tout. De plus, on n’est plus simplement en blanc ; on est en bleu et blanc. Avant, c’était joli, mais on ressentait une certaine froideur avec tout ce blanc, à peine réchauffé par ces camays dorés. Aujourd’hui, avec la possibilité de changer les couleurs à l’intérieur du pilier imaginée par notre designer lumière, on obtient une profondeur inédite. Il fallait changer des guirlandes pour réhabilitation, et ce fut l’occasion de tenter de nouvelles expériences. On a fait des essais sur un lampadaire et tout le monde a été convaincu !

Que peut-on vous souhaiter pour ce Noël ?
Tout simplement la santé, pour pouvoir créer toutes ces choses, mais également pour pouvoir profiter de ma famille que je vais retrouver avec bonheur pour les fêtes !

1 Comments:

Anonymous De fazio Fabrizio said...

Merci, tout simplement merci... Toutes vos idées sont remarquables, nous nous sommes d'ailleurs offerts des passeports dream pour profiter de toutes vos créations lors de chaque période, carnaval, Halloween ou encore Noël. Nous nous réjouissons déjà de voir cette année les nouveaux shows!

7:40 PM  

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