samedi, septembre 06, 2008

LE LIVRE DE LA JUNGLE 2 EN EDITION EXCLUSIVE: Entretien avec les compositeurs des chansons Lorraine Feather & Paul Grabowsky

Un nouveau rythme monte du coeur de la forêt : LE LIVRE DE LA JUNGLE 2, qui a réuni près de 3,5 millions de spectateurs en France, vient de sortir en dvd Edition Exclusive ! Car c’est bien de rythme qu’il s’agit avant tout dans ce second opus, comme l’explique le réalisateur australien Steve Trenbirth: « Le jazz vous saisit, il vous donne envie de bouger et de bondir de votre siège pour danser. La musique et les chansons vous attachent aux images et à l’histoire. Nous voulions qu’en regardant ce film, on se sente happé, entraîné dans le tourbillon de l’aventure et des émotions. Non seulement on a envie de regarder LE LIVRE DE LA JUNGLE 2, mais on a aussi envie de l’écouter ! ».
Ce « rythme de la jungle », c’est celui qu’ont su lui donner la parolière Lorraine Feather, dont Billie Holiday fut la marraine, et Paul Grabowsky, compositeur éclectique, pétri de jazz. Tous deux ont ainsi écrit les nouvelles chansons du film, qui nous permettent à la fois de connaître encore mieux les personnages, mais aussi de transmettre à ce nouvel épisode cette énergie débordante qui a séduit tant de spectateurs.
La production du LIVRE DE LA JUNGLE 2 fut longue et complexe, mais toujours passionnante. Walt Disney Records a ainsi eu la bonne idée de faire figurer dans l’album du film toutes les chansons de cette nouvelle production, y compris celles qui furent supprimées durant le processus, et qui apparaissent également dans le DVD du film, présentées par Matt Walker en personne. Comme à notre habitude, nous avons voulu en savoir encore plus et nous sommes allés véritablement au coeur du film en compagnie de Lorraine Feather et de Paul Grabowsky.
Vous sentez ? Le rythme de la jungle vous envahit déjà !

Comment êtes-vous arrivés sur le projet JUNGLE BOOK 2 ?
PG) C’est une histoire intéressante. Mon agent, Maggie Rodford à Air-Edel, était en relation avec Matt Walker, le superviseur musical du projet, qui avait des difficultés à trouver une chanson en particulier pour le film, pour une scène demandant une chanson jazzy, dans la tradition du film original. De toutes les propositions qu’il avait reçues, aucune ne le satisfaisait. C’est ainsi que Maggie a suggéré que je compose quelque chose. Elle a alors contacté également Lorraine Feather, qui figure aussi parmi ses clients. J’étais à Melbourne, Lorraine était chez elle, près de San Francisco et les cadres Disney étaient dans leur studio et ils nous ont dit ce qu’ils recherchaient. A cette époque, Lorraine et moi ne nous étions jamais rencontrés, mais je connaissais son travail, et son père, Leonard, était un célèbre journaliste de jazz. Je savais alors que nous avions des intérêts en commun ! Et après avoir discuté avec Lorraine, je suis allé dans mon studio et ai écrit Jungle Rhythm, que je lui ai envoyé sous forme de dossiers MP3 via internet, sur laquelle elle a écrit des paroles et nous avons décroché ce contrat. Ce fut une sorte de cyber-composition !
LF) C’était assez inhabituel car Paul vit en Australie. Mais le courant est très bien passé dès notre premier contact téléphonique. Nous sommes tout de suite partis du bon pied tous les deux. Je travaille souvent par téléphone et ce ne fut guère différent sur ce projet. Nous en avons ensuite écrites d’autres, dont deux n’apparaissent finalement pas dans le film dans la mesure où leur scène a été supprimée. Mais nous les avons conservées pour l’album. Ce fut donc un long processus et il a finalement été décidé que le film, au lieu de sortir directement en vidéo, serait d’abord projeté en salles, ce qui fut très excitant pour moi dans la mesure où, même si j’avais déjà écrit des chansons pour l’animation, cela n’avait jamais été dans le cadre d’un film Disney destiné au cinéma.

Au départ, Le Rythme de la Jungle n’était pas la chanson de Mowgli dans le village des hommes.
LF) A l’époque, elle devait être chantée par Baloo au milieu du film au moment où Mowgli et lui se retrouvent. Elle était légèrement différente, j’avais écrit quelques dialogues simples qui devaient y être incorporés. Mais le script a évolué pendant un certain temps et cette chanson s’est finalement retrouvée chantée par Mowgli au début du film. Là encore, elle n’était pas exactement comme il a fini par être. Pour elle, notre collaboration a été particulièrement fructueuse. Je suis par exemple venue avec l’idée du pont à la Fred Astaire et Paul a été suffisamment flexible pour le faire. C’est dans cet esprit de collaboration et d’ouverture que nous avons travaillé, et notre vision a été encore modifiée par la suite par les orchestrations de Martin Erskine et les magnifiques arrangements vocaux de Doug Besterman. Tous deux ont apporté leur propre créativité et cette section centrale s’est ainsi enrichie de tous ces apports successifs qui l’ont transformée. Ce fut un vrai travail d’équipe et tous les artistes avec lesquels j’ai travaillé sur ce projet ont été particulièrement gentils, positifs et généreux. Paul tout spécialement. On doit aussi avoir un grand sens de l’humour dans ce genre de situation car c’est un processus très long et semé d’incertitudes. C’est une vraie leçon de vie.

Comment décririez-vous cette chanson ?
PG) C’est une swing song dans la tradition de Sing, Sing, Sing ou des grands succès de Benny Goodman dans les années 30. Son pont est quant à lui plus proche de Dancing Cheek to Cheek d’Irving Berlin. J’aime beaucoup cette façon qu’à cette chanson d’aller du mode mineur au mode majeur, ce changement d’atmosphère, et inversement.
LF) Quant à moi, j’aimais beaucoup l’idée des rhinocéros frottant leurs yeux à l’aurore !...

D’où vient l’idée du choeur imitant des cris d’animaux ?
PG) C’est l’idée de Lorraine. C’est une chanteuse très intelligente. Elle a fait beaucoup de chansons pour l’animation et je pense qu’elle comprend vraiment bien ce style.

Pour les chansons du film original, les frères Sherman ont beaucoup joué sur les sonorités des mots. Comment présenteriez-vous votre approche en tant qu’auteur ?
LF) Mon style s’enracine librement dans le jazz. Je suis d’ailleurs également chanteuse de jazz. Mon dernier album se composait de musiques de Fats Waller avec mes propres paroles. Je viens vraiment de ce monde et j’aime que la musique swinge et chante, tout comme elle doit représenter une scène et faire avancer l’histoire. Je voulais faire quelque chose à mi-chemin entre le passé et le présent, un parfum de nostalgie, mais qui soit toujours d’actualité.

Et du point de vue musical, quelle fut votre attitude en regard des chansons du film original ?
PG) Ce sont des classiques. Il est quasiment impossible de retrouver cette même spontanéité. C’est pourquoi j’ai plutôt choisi de me concentrer sur ma compréhension des différents genres des nouvelles chansons. J’ai essayé d’imaginer les sentiments, le groove qui étaient les plus appropriés. Il n’était donc pas question d’imitation, mais plutôt de leur apporter un complément. On ne peut recréer une époque. Nous vivons des temps différents. Mais nous avons accès à des éléments historiques qui nous aident à créer un continuum.

La seconde chanson originale présente dans le film est Sauvagerie (W-I-L-D), chantée par Baloo
LF) J’ai toujours rêvé de voir des animaux parfaitement dessinés chanter mes chansons. Elles ont quelque chose de fantaisiste, ce qui convient à merveille pour la jungle ou les animaux des bois. C’est sans doute pour cela que certaines des paroles me sont venues très facilement.
PG) Il y a eu beaucoup de changements, de scénario, de réalisateur... C’était une situation très fluide. Après Jungle Rhythm, on nous a demandé d’écrire une autre chanson, qui est devenue I’ve Got You Beat, que l’on ne retrouve pas dans le film puisque la scène a dû être supprimée. Je me suis rendu à Los Angeles où nous avons eu une importante réunion avec Matt Walker. Elle devait concerner la réalisation d’I’ve Got You Beat, mais Matt est arrivé et a dit : « J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. La scène vient d’être coupée, nous n’avons plus besoin de cette chanson. Cependant, nous avons besoin d’une autre chanson. » Ce fut W-I-L-D. Nous avons beaucoup, beaucoup discuté, puis j’ai demandé où était le studio pour que j’écrive tout de suite cette chanson. Je comprenais parfaitement ce dont ils avaient besoin puisqu’elle devait avoir une touche de rockabilly et de swing. Il y avait un studio juste à côté, et c’est là que je l’ai écrite. Lorraine a écrit les paroles la nuit même et nous avons enregistré la démo le lendemain.

C’est ce qui s’appelle ne pas perdre de temps !
PG) Je crois dans le travail rapide ! Je pense que, si une chanson ne se révèle pas rapidement, en général c’est qu’il y a un problème avec elle. Une chanson doit sortir de vous comme dans une respiration. C’est le cas des meilleures chansons. Je recommande toujours de suivre son instinct.
LF) Ce fut assez amusant, d’autant plus que je chante également dans cette chanson en tant que choriste. Nous étions huit chanteurs qui faisions les parties des animaux. Ce fut très agréable car Disney fait toujours appel aux plus grands chanteurs de studio, enfants comme adultes et l’animation se construisait en même temps sous nos yeux !

La plupart du temps, les chansons des films d’animation participent activement à la narration. Ici, en particulier avec Sauvagerie, il semble qu’il s’agit plus simplement de s’amuser.
LF) Les chansons qu’on nous a demandées pour ce film n’étaient pas destinées à faire avancer l’histoire, comme c’est le cas traditionnellement –l’exemple le plus caractéristique étant celui de Belle dans LA BELLE ET LA BÊTE, qui est du pur génie et qui dit tout. Pour LE LIVRE DE LA JUNGLE 2, de par la nature musicale du film original, ils voulaient avant tout des « groove tunes », des chansons rythmiques et non pas dans la tradition de Broadway. La notion de rythme est centrale dans ce film et il fallait que cela se sente dans la musique, que son rythme contamine tout.
PG) W-I-L-D n’est finalement qu’un blues en 12 mesures avec un pont. Mais ce moment avait besoin d’une chanson qui ne soit qu’amusement. Il ne fallait surtout aucune sophistication, pour en faire une chanson populaire et facile à comprendre.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire d’I’ve Got You Beat ?
LF) Il s’agit d’une chanson qui devait être interprétée par Mowgli et Shanti. Il devait y avoir une sorte de compétition amicale dans le village entre Mowgli parlant du rythme de la jungle et Shanti lui montrant que le village possède son propre rythme. Chacun montrait ainsi sa propre personnalité, et notamment la force de caractère de la jeune fille, qui avait des choses à enseigner à Mowgli. C’était une chanson ambitieuse car elle devait être très percussive et excitante tant du point de vue de la diversité des percussions que de l’animation, finissant par le sac du village et les habitants les poursuivant ! C’est donc l’idée qui est venue en premier, dans la lignée de Iko Iko.Nous avons alors beaucoup travaillé et retravaillé à cette chanson très dansante avant d’arriver à ce qu’elle plaise à tout le monde... et que la scène soit totalement bouleversée. D’une certaine façon, Jungle Rhythm a pris sa place, mais tout n’arrive pas de la même façon dans la nouvelle séquence. Shanti participe maintenant davantage. Cependant, nous aimions tous tellement cette chanson que nous avons décidé de partir de la démo originale, de lui donner plus de corps et de lui ajouter des voix enfantines pour la faire figurer dans l’album. Je l’ai arrangée et produite avec un ami appelé Yutaka. Il a un studio à Los Angeles où j’ai enregistré les parties vocales de mes propres albums. C’est là que nous avons produit la démo d’I’ve Got You Beat, avec l’aide du percussionniste Zé Bruno. Nous sommes ensuite allés dans un autre studio pour les autres parties vocales.
PG) J’aime beaucoup I’ve Got You Beat. Elle est assez sophistiquée, inspirée par la musique des Caraïbes.

Ce qui peut paraître surprenant pour un film sensé se situer en Inde !
PG) Il y a quelque chose de la Nouvelle-Orléans dans cette chanson. Elle était prévue au départ pour simplement faire taper dans les mains, comme Iko Iko. La scène devait commencer comme cela... pour mieux dégénérer de façon percussive ! On part donc des Caraïbes pour évoluer vers une structure harmonique raisonnablement complexe basée sur question et réponse. Cela peut certes paraître étrange, mais si vous considérez le film original, et sa musique nettement jazz New-Orleans, je ne trouve pas que cette nouvelle évolution soit si étrange que cela !

Braver est sans doute ma chanson préférée.
LF) Je vous remercie ! Elle était destinée au moment où Shanti pénètre dans la jungle pour retrouver Mowgli. Nous voulions très fortement qu’elle reste dans le film, mais elle ne figure finalement que sur l’album pour des raisons de timing de la narration. Cette chanson est l’une de mes préférées. Ce fut la troisième que Paul et moi avons écrite. Au départ, elle devait être plus jazzy mais fut complètement reconçue pour en faire une chanson Disney classique. C’est Windy Wagner, bien connue dans le monde de la musique pour enfants, qui chante merveilleusement Braver et Right Where I Belong.
PG) J’ai écrit cette chanson durant les répétitions d’un opéra que j’avais composé. Je me suis éclipsé un moment tandis qu’on n’avait pas besoin de moi et j’ai fait cette chanson, dans le calme d’une salle de répétition, comme en cachette !... Pour cette chanson, j’ai demandé à Lorraine d’imaginer les paroles en premier.

Son harmonie est également complexe.
PG) Elle l’était davantage au départ ; je l’ai simplifiée. C’est une chanson plus proche du style de Broadway, même si elle est écrite pour une enfant. Je voulais une grande ballade avec un grand finale.

Right Where I Belong, sur un thème magnifique de Joel McNeely a également un statut à part dans ce film.
LF) C’est la dernière chanson que j’ai écrite, et que l’on peut entendre au cours du générique de fin de la version originale. Elle a été conçue à la dernière minute. J’ai reçu un appel de Matt peu avant l’enregistrement de la partition, me disant que Joel avait composé un thème mélodique, et qu’il estimait qu’il devait y avoir des paroles dessus. J’ai écrit ces paroles très vite et on a intégré cette chanson juste après celle de Smash Mouth.

C’est certainement la chanson la plus profonde et la plus signifiante du film.
LF) Je l’adore. Je l’ai trouvée extrêmement touchante du point de vue mélodique, très évocative et j’ai été vraiment ravie qu’une telle chanson ait pu être incluse dans le film. Lorsqu’on m’a transmis cette mélodie, elle était sous-titrée « Mowgli’s Home Song ». C’est donc la chanson de Mowgli. Je l’ai voulue mystérieuse et j’aime beaucoup cette idée de la rivière qui chante pour lui parce qu’il est lié aux animaux et à la jungle toute entière. J’ai voulu peindre une scène, et c’est celle qui m’est immédiatement apparue à l’écoute de cette musique. Nous avons principalement travaillé par téléphone en faisant des adaptations à l’un et à l’autre avant de nous rencontrer pour l’enregistrement que nous avons produit tous deux.

Miss Feather, comment conciliez-vous votre travail d’auteur et celui d’auteur-interprète ?
LF) J’aime assez faire l’aller-retour entre les deux. Tout d’abord, chanter ses propres chansons demande une gestion particulière de votre énergie et de prendre les décisions finales vous-même, c’est un challenge mental très particulier alors qu’écrire pour quelqu’un d’autres, et en particulier pour l’animation, est une autre sorte de défi, un acte encore plus privé dans la mesure où cela ne sort pas physiquement, vocalement de vous. Parfois, je fais des choeurs, mais je ne chante jamais en soliste dans ce contexte. Cela permet de voir d’autres personnes interpréter ce que vous avez écrit. Les deux activités sont différentes mais chacune permet d’améliorer l’autre car il s’agit toujours d’écrire, ce qui est vraiment ce que j’aime faire, m’asseoir à une table et créer à partir de rien. De plus, Paul Grabowsky est lui-même un grand pianiste de jazz et, d’une certaine façon, travailler avec lui n’était pas très différent du travail avec les pianistes à qui j’ai fait appel pour mes albums.

Monsieur Grabowsky, vous évoquiez tout à l’heure votre opéra. Pouvez-vous nous en dire plus ?
PG) Je l’ai écrit avec la librettiste Joanna Murray Smith. Il s’appelle LOVE IN THE AGE OF THERAPY. C’est une comédie avec 7 acteurs, une sorte de chassé-croisé amoureux. Nous l’avons créé à Melbourne en octobre dernier avant qu’il soit donné à l’opéra de Sydney en janvier et qu’il y connaisse un certain succès. Il est écrit pour un orchestre de 20 musiciens, toujours avec une section rythmique. Je dirais qu’il s’agit d’une fusion entre musique contemporaine et jazz. On y trouve des fugues, des passacailles et les chanteurs doivent chanter dans un style opératique, mais dont le phrasé emprunte beaucoup au jazz.

Comment développe-t-on une telle expérience musicale ?
PG) J’ai une formation de pianiste classique au conservatoire de Melbourne mais je suis avant tout un compositeur autodidacte et un musicien de jazz. Je viens d’ailleurs d’enregistrer à New York mon premier album destiné au marché international, Tales of Space and Time, en compagnie de Brandon Marsalis, Joe Lovana et d’autres musiciens new yorkais. En tant que compositeur de musique de films, j’ai travaillé sur de nombreux projets australiens, comme avec le réalisateur australien Paul Cox ou l’anglais John Irvin. Le plus célèbre d’entre eux est Fred Skipsy avec qui j’ai fait LAST ORDERS ou plus récemment IT RUNS IN THE FAMILLY, avec Michael et Kirk Douglas. Sur ces films, j’ai travaillé en tant que compositeur de la partition, et ce dans différents styles. Pour NOAH’S ARK (NBC), par exemple, il s’agissait de musique symphonique. Mais la plupart du temps, on peut y reconnaître une touche de jazz. Je fais souvent appel à un petit orchestre avec une section rythmique. Mais tout dépend de la situation.


En tant que compositeur aussi éclectique, qu’avez-vous retiré de cette expérience disneyenne ?
PG) Ce fut une opportunité passionnante et un grand honneur qu’on me demande de soumettre des chansons pour la suite d’un film qui tient une place tout à fait particulière dans mon enfance. Cela n’arrive pas tous les jours ! Je ne savais pas à quoi m’attendre quand j’ai soumis Jungle Rhythm, et quand elle a été acceptée, ce fut un sentiment merveilleux. J’en suis très fier.

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

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7:08 AM  

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