lundi, novembre 22, 2010

TOY STORY 3 EN VIDEO: Entretien avec le scénariste Michael Arndt

Michael Arndt a rejoint les studios d’animation Pixar en 2005. En 2007, il a remporté l’osar du meilleur scénario original pour son premier film, Little Miss Sunshine. Toy Story 3, tiré d’une histoire de John Lasseter, Andrew Stanton et Lee Unkrich est son premier scénario pour Pixar.

Michael, pouvez-vous nous dire comment vous avez eu votre premier contact avec Pixar? Est-ce vous qui les avez sollicités ou eux qui vous ont sollicité?
Ils m’ont contacté. Début 2005, Pixar cherchait un scénariste pour travailler avec Lee Unkrich sur une idée originale qu’il devait réaliser. Une des personnes du développement de Pixar, Mary Coleman, est tombée sur le producteur de Little Miss Sunshine, Ron Yerxa, au Sundance Film Festival et lui a demandé si il connaissait de bons scénaristes, et il m’a recommandé. J’ai donc été embauché chez Pixar alors que LMS était toujours en post-production. C’est tout à l’honneur de Pixar d’avoir fait confiance à un scénariste qu’ils ne connaissaient pas pour l’un de leur plus gros films.

Avez-vous été surpris du succès de Little Miss Sunshine?
J’ai été infiniment surpris: d’avoir pu le vendre, de voir ce film réalisé, d’avoir été choisi par un producteur et que le public ait suivit. Je l’ai toujours vu comme un scénario très modeste et très personnel, alors le voir aller quelque part c’était une énorme surprise pour moi.

Étiez-vous un fan d’animation avant de travailler pour Pixar? Quels sont vos films d’animation préférés?
J’ai toujours aimé l’animation. J’ai suivi quelques cours d’animation lors de mes études de cinéma [à NYU] et fait quelques courts-métrages animés, mais je n’ai jamais pensé avoir une chance de travailler dans l’animation. C’est dur de choisir un préféré, mais le film d’animation le plus important pour moi est Mes Voisins les Yamada de Isao Takahata. Voir ce film en 2000 m’a poussé à m'assoir et écrire Little Miss Sunshine après l’avoir repoussé pendant des années. J’ai donc un attachement particulier pour ce film (en particulier la version japonaise).

Quels sont les films qui ont eu le plus fort impact sur vous au cours de votre vie?
Un de mes films préférés est Printemps Tardif de Yasujiro Ozu. Pour moi, c’est du grand art cinématographique.

Avez-vous ressenti une forte pression en essayant de livrer un bon troisième film pour la franchise Toy Story?
Je n’ai jamais ressenti autant de pression (et je pense que j’en ressentirai plus jamais autant) dans ma vie professionnelle. Il n’y a jamais eu de moment de panique ou de désespoir, mais je ne voulais vraiment, vraiment pas laisser qui que ce soit tomber, donc la pression était assez insupportable pendant les quatre ans de création du film.

Vous a-t-on mis des limites sur les personnages ou l’intrigue sur lesquels vous avez travaillé?
D’après moi, c’était la chose la plus extraordinaire dans ce travail sur Toy Story 3: il n’y avais aucune limite. Évidemment, quand on travaille sur un film familial, on doit viser quelque chose qui plaise à tout le monde. Mais au delà de ces considérations globales, nous n’avons jamais reçu de directives ou de limites quelles qu’elles soient, à part de “réussir le film”. Je me revois assis dans un bureau avec Lee Unkrich, le réalisateur et Jason Katz, le head of story. Je regardais autour de moi et je me suis dit: “Ne devrait-il pas y avoir un adulte dans la pièce? Ne devrait-il pas y avoir un vice-président, un réalisateur ou un fabricant de jouets avec nous pour nous dire quoi faire?” Il n’y en avait jamais. Nous étions encouragés à laisser libre court à notre imagination, et cela se voit dans le film, je l’espère.

Le procédé créatif pour un film d’animation est assez différent de celui pour un film live. Cela vous a-t-il empêché d’apporter votre vision dans toutes les étapes de la création de Toy Story 3 ou avez-vous été impliqué tout au long de la réalisation?
J’ai été impliqué tout le long des trois ans qu’a duré la rédaction du scénario de Toy Story 3. Une fois qu’il a été fini, cela a pris encore un an pour réaliser le film. Je ne me suis donc jamais senti exclu du processus de création du film, alors que c’est quelque chose qui peut arriver souvent dans les films live.

Avez-vous travaillé sur la version finale du scénario? A quel point les autres auteurs étaient-ils impliqués sur la version finale?
J’ai travaillé sur toutes les versions du script, et il y en a eu plusieurs douzaines. C’était vraiment un travail collaboratif: Lee Unkrich en a guidé chaque étape, John Lasseter et Andrew Stanton nous gardaient sur les rails, et toute une équipe d’artistes nous suggérait des idées et des gags.

Avez-vous présenté une version du script à un jeune public avant d’écrire la version finale?
Nous avons fait une projection-test du film quand il était quasiment fini (environ neuf mois avant sa sortie), devant un pare-terre choisi de jeunes enfants. J’avais peur que le film ne soit un peu trop sombre pour un public familial, mais tous les enfants qui l’ont vu semblaient vraiment l’aimer, nous n’avons dont rien changé. C’est toujours malin d’essayer de voir le film à travers le regard de gens de tout âge, juste histoire de vérifier qu’il ne manque aucune facette.

Avant de connaître le succès du film, avez-vous à un moment craint de ne pas vous conformer au “standard Pixar”?
Presque tout le temps qu’a pris l’écriture du script (trois ans), j’ai eu peur de ne pas me conformer au “standard Pixar”.

Combien de versions avez-vous écrites avant d’avoir la version finale?

Chez Pixar, on coupe les scripts en 20 ou 25 séquences séparées. L’une d’elle, qu’on appelait “La chasse au trésor” (quand Woody est dans la chambre de Boonie, et qu’il planifie son retour à la maison), a été écrite en seulement 6 ou 7 ébauches. La plupart des séquences sont écrites en 20 à 30 ébauches. La réunion d’ouverture, que nous avons appris “L’âge adulte”, a requit 60 ébauches.

Vous avez dit dans d’autres interviews que même les comédies devaient raconter une histoire, ou avoir des valeurs et prendre position. Quelles sont d’après vous les valeurs ou positions que vous avez défendues en écrivant Toy Story 3?
Un des plus gros défis de Toy Story 3 était de trouver comment le héro, Woody, allait évoluer au fur et à mesure de l’histoire. Dans le premier Toy Story, Woody a du apprendre a partager avec Buzz. Dans Toy Story 2, il a fait face et accepté sa propre mortalité. Pour Toy Story 3, ce que nous avons réalisé c’est que Woody commence l’histoire en pensant que son amour pour Andy signifie qu’il doit toujours être là pour lui. Comme Lotso, il ne différencie pas l’expression de l’amour avec une présence physique. C’est pourquoi il maintient que les jouets doivent absolument rester avec Andy.

C’est seulement à la toute fin, quand il voit Andy et sa mère dire au revoir, que Woody réalise que l’on peut aimer quelqu’un et pourtant le laisser partir. C’est même parfois la meilleure chose que l’ont peut faire si on aime cette personne. C’est une expérience universelle: Nous croisons beaucoup de gens dans nos vies (amis d’enfance, amoureux à l’école, professeurs à l’université, collègues de travail...) auxquels on peut s’attacher fortement pendant un période, mais que l’on doit quitter pour avancer dans la vie. Admettre cela, et apprendre à l’accepter, c’est un sentiment très mature pour Woody, et je trouve que cela complète bien toutes les facettes du personnage qu’on a connues dans les trois films.

Avez-vous un quelconque rituel quand vous commencez à écrire un scénario?
Oui: J’aime commencer chaque scénario en montant le plus possible ma confiance en moi. Elle s’estompe assez vite, mais c’est ma façon à moi de me mettre au travail sur un script.

Vous prenez votre temps pour terminer un scénario, et cette méthode semble payer. Sur combien de scénarios pouvez-vous travailler en parallèle?
Je peux travailler sur deux scripts en parallèle, mais je préfère n’en faire qu’un à la fois. Par contre, j’ai toujours cinq ou six idées de récit dans ma tête à chaque moment, donc il arrive que ça se bouscule là-dedans.

Certains films d’animations utilisent des clins d’oeil humoristiques à la culture populaire... Pixar semble éviter cette approche. Quelles autres méthodes sont utilisées par un film comme Toy Story 3 pour être intemporel?

Une des choses que j’adore dans les films Pixar, et ce qui les dissocie d’autres films d’animation, c’est que la plupart des acteurs parlent avec leurs propres voix. Personne ne prend une voix “marrante” sous prétexte que le personnage est animé. Tom Hanks par exemple, double Woody avec sa voix naturelle. Nous essayons de rendre l’histoire et les personnages les plus réels possibles, et l’utilisation de la voix naturelle des acteurs y est pour beaucoup. Cela aide, nous espérons, le film a être intemporel.

Avez-vous pris part aux décisions autour du choix des doubleurs des personnages?
Comme à peu près tout chez Pixar, le casting est une décision d’équipe. J’ai donc eu mon mot à dire, avec Darla Anderson, la productrice, John Lasseter, et le reste du noyau dur. A la fin, c’est le réalisateur, dans notre cas Lee, qui a le dernier mot. Mais c’était très sympa, en tant qu’auteur, de prendre part à ces discussions.

Après avoir travaillé sur les personnages Disney/Pixar dans ce projet, avez-vous un personnage préféré?
J’aime beaucoup Edna, dans les Indestructibles, juste parce que j’adore entendre Brad Bird faire sa voix.

Je ne me rappelle pas avoir déjà vu un bonus DVD si accessible sur l’art de l’écriture d’un script. Etait-ce amusant pour vous de briser les secrets de l’écriture et de fouiller les classiques Pixar, dont votre propre Toy Story 3?
Faire le bonus DVD était encore plus amusant que d’écrire le script. Quand tout se passe bien, il n’y a rien de mieux ni de plus amusant que l’écriture. Mais quand ça ne va pas, cela peut devenir un cauchemar.

Pouvez-vous nous dire sur quoi vous allez travailler ensuite, ou est-ce top-secret?
C’est top-secret. Désolé.

Avez-vous des conseils à donner à des auteurs qui débutent, pour les mettre sur les rails?

Soyez patients. J’ai écrit pendant dix ans avant de vendre mon premier script. Je sais que la règle des 10 000 heures de Malcolm Gladwell est un peu cliché, mais pour moi elle est 100% exacte. Cela m’a effectivement pris dans les 10 000 heures de travail avant de rencontrer le succès.

Quelle part de vos expériences personnelles influence votre écriture?
Vous mettez forcément une part de vous dans tout ce que vous écrivez. Ce n’est pas tellement des moments ou des expériences bien spécifiques, mais plutôt des souvenirs d’émotions particulières, des émotions qui peuvent être privées ou personnelles. Mais d’après mon expérience, le plus vous êtes sincères dans ces souvenirs ou ces émotions, le plus le public y répondra positivement. La meilleure écriture vient vraiment de la part la plus profonde, la plus intime de vous.

Avez-vous envie d’une carrière qui équilibre le côté familial de Pixar et le côté plus adultes de films comme Little Miss Sunshine?
J’ai envie de vivre ma carrière quelle qu’elle soit. Evidemment, j’aimerait continuer à faire partie de la famille Pixar, tant qu’ils voudront bien de moi. Mais je voudrais aussi faire une diversité de films live.

Michael, avant de clore cette table ronde virtuelle, avez-vous une dernière chose à rajouter à propos de Toy Story 3?
Je suis immensément reconnaissant envers Pixar de m’avoir laisser prendre part au projet Toy Story 3, et j’espère sincèrement que nous nous sommes montrés dignes de l’héritage des deux premiers films!


Merci à Angeline pour sa traduction!

1 Comments:

Anonymous Alex said...

superbe!!! :)
Et encore une fois félicitations pour cette belle nouvelle.
Je serai un des premiers à acquérir ces futures merveilles; :)

Alex

8:12 PM  

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